<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178</id><updated>2011-05-10T20:26:36.154+02:00</updated><category term='Méthode Coué'/><category term='Suicide'/><category term='esthétique'/><category term='fellation'/><category term='site de rencontres'/><category term='doute'/><category term='Jogging'/><category term='possession'/><category term='jalousie'/><category term='Baiser'/><category term='les non dits'/><category term='biodiversité amoureuse'/><category term='service'/><category term='Déclaration d&apos;amour'/><category term='fidélité'/><category term='jeune'/><category term='aventures extraconjugales'/><category term='père homosexuel'/><category term='tchat'/><category term='dépression'/><category term='Couple hors normes'/><category term='bisexualité'/><category term='diversité amoureuse'/><category term='Drague à la gare'/><category term='Alzheimer'/><category term='footing'/><category term='Dire je t&apos;aime'/><category term='normalité'/><category term='Niquer'/><category term='Niker'/><category term='aventures éphémères'/><category term='coming out'/><category term='Pédé'/><category term='lune de miel'/><category term='Déprime'/><category term='insulte homophobe'/><category term='beauté physique'/><category term='Culpabilité'/><category term='séparation amiable'/><category term='paternité'/><category term='égocentrisme'/><category term='rencontres'/><category term='roman'/><category term='jeu de piste'/><category term='coup de canif'/><category term='chasse à l&apos;homme'/><category term='droit à l&apos;indifférence'/><category term='Amour dans le bain'/><category term='gamineries'/><category term='provocation'/><category term='charme'/><category term='fiction'/><category term='homosexualité'/><title type='text'>Roman de gare à quat' sous</title><subtitle type='html'>Fiction</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>86</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-2090505162772220966</id><published>2009-02-21T13:03:00.003+01:00</published><updated>2009-02-21T13:45:12.332+01:00</updated><title type='text'>Chap XIX Le fin mot de l'histoire</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;19 &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Un lourd, très lourd silence pèse dans le bureau du commissaire Jason. Ce dernier va, vient, tourne en rond dans le bureau, revient s’asseoir dans son fauteuil. Quelques instants il regarde la jeune femme assise en face de lui, droite comme un I, le visage figé, les yeux vides. Brillants mais vides. Il n’a encore jamais eu, assise à cette place, une personne avec une telle violence intériorisée. Jamais. En près de quarante ans de carrière. Il domine les frissons qui cherchent à l’envahir de la tête aux pieds, et se relève.&lt;br /&gt;Il reprend ses rondes autour du bureau et de la prévenue. Epiant chaque fois qu’il passe dans son dos le moindre raidissement, le plus infime frisson, la plus légère inclinaison de la tête ou du torse. Rien. Rien. Ce n’est pas une femme qu’il a fait asseoir dans ce bureau. C’est une statue de sel. Sans âme. Mais prête à exploser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a été interceptée et interpellée, seule, dans les rues du vieux Bourg. Lamaison sillonnait toutes les rues remontantes de la gare et les environs de la maison des Bergonses. Au cas où le couple aurait voulu s’y rendre. Il avait d’ailleurs placé un Gardien de la Paix discrètement posté à proximité du domicile. Ce n’avait été qu’un coup de chance. Il cherchait un couple, avait en tête la stature du jeune Vanneaux. Mais la démarche rapide de la passante, sa silhouette, même noyée dans un grand manteau de demi-saison, a immédiatement attiré son regard. Cette femme a une telle prestance ! En les voyant, elle s’est figée. Très vite elle a plaisanté : « Ah… Vous ! C’est vraiment difficile de faire une promenade tranquille avec vous !... ». Lui ne plaisantait pas. Son instinct, Jason dirait son flair, lui a tout de suite fait remarquer que venant de la gare du Bourg, elle faisait comme un grand détour pour éviter le domicile Bergonses. Or, comment pouvait-elle savoir où habitaient Nicolas et Suzy Bergonses ? Il l’a invitée à monter dans la voiture. Elle n’a fait aucune résistance. Mais elle n’a plus prononcé un seul mot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jason recommence à parler lorsqu’il se trouve dans le dos d’Annie Lasvalès. Il ne hausse pas le ton. Au contraire, il essaye que sa voix n’ait aucun des petits frémissements qui trahissent la colère. Il parle lentement, calmement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Votre silence me laisse perplexe, mademoiselle… S’il ne s’agit que d’une petite escapade, pourquoi refusez-vous de m’expliquer simplement les raisons qui vous ont fait volontairement fausser compagnie à nos hommes ? Et pourquoi ce voyage brusque à Evry, où vous disiez n’avoir jamais mis les pieds ? Juste ces deux petites questions…&lt;br /&gt;Ce n’est pas la mer à boire, il me semble ?&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas un frémissement. Même pas une raideur supplémentaire qui pourrait vouloir dire « Cause toujours mon bonhomme ! » Rien. La statue de sel ne bouge pas.&lt;br /&gt;Il s’est jusqu’à présent bien gardé de révéler qu’ils étaient au courant de son rendez-vous avec le jeune Vanneaux. Où est-il celui-là ? Ses hommes ne l’ont pas vu à la gare de Courcouronnes. Ils auraient pu prendre des trains différents avec ces deux destinations distinctes. Vanneaux semble utiliser plutôt la ligne qui le fait arriver à l’Agora. C’est là qu’il était descendu le soir du drame. La demoiselle aurait pris l’autre destination afin qu’ils ne soient pas vus ensemble ? Pourquoi ? Et où devaient-ils se rejoindre ? Pour le moment, aucun signe de vie du garçon. Jason reprend :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Hé bien, je vais donc devoir faire la conversation tout seul… Ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai un peu d’imagination… Je vais réfléchir à haute voix, tenez…&lt;br /&gt;Avant de fausser compagnie à votre ange gardien, (entre nous, vous qui avez un peu connue la Maison, les jeunes d’aujourd’hui ne sont plus ce qu’ils étaient ! On les berne trop facilement !)…. Je disais donc, avant de disparaître, vous avez passé un coup de téléphone… Je ne vous demande pas à qui. Vous ne me répondriez pas. Certainement à quelqu’un d’Evry à qui vous avez donné rendez-vous… Et vous alliez à ce rendez-vous… Vous vous êtes certainement trompée de train, et vous pensiez arriver à Courcouronnes. Alors vous vous dirigiez à pied vers l’Agora… Pourquoi à pied ? Et en faisant un sacré de drôle de grand détour ! Le chemin des écoliers, quoi !&lt;br /&gt;Mais c’est vrai que vous ne connaissez pas la ville. Vous n’y étiez jamais venue… Alors vous vous êtes un peu égarée… Pourtant, lorsque le lieutenant vous a vue, vous donniez l’impression de savoir où vous alliez… C’est étrange… A moins que vous cherchiez à éviter la maison où a eu lieu le drame, au cas où il y aurait une surveillance ? Car vous contourniez exactement le quartier… Vous êtes au courant ?... Non, bien sûr… Vous ne pouvez pas savoir où se trouve cette maison, puisque vous ne l’avez jamais vue… Le hasard… Sans doute…&lt;br /&gt;Je n’aime pas le hasard.&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jason allait tranquillement continuer ainsi à jouer au chat et à la souris… Elle est forte, très forte cette fille ! On dirait vraiment qu’elle s’est préparée à affronter une telle situation. Qu’elle a anticipé toutes les questions possibles. Seulement voila, le commissaire est costaud lui aussi. Et patient.&lt;br /&gt;Lorsqu’il est inopportunément interrompu par le capitaine qui lui fait signe de sortir. Qu’a-t-il à lui dire ? On a enfin intercepté le garçon ?&lt;br /&gt;Le patron sort et demande à un gardien de se poster à l’entrée de son bureau. « Et ne la lâche pas des yeux, surtout ! Pas désa-gréable comme consigne, non ? Mais sur le qui-vive, hein ! Ne baisse pas la garde une minute ! »&lt;br /&gt;Henri insiste et lui fait signe de le rejoindre dans un autre bureau. Fichtre ! Le frisson. Le mauvais frisson cette fois, dans les épaules. Son adjoint a sa gueule des mauvais jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- On a retrouvé le jeune Vanneaux…&lt;br /&gt;- Ah…&lt;br /&gt;- Dans le train de Milly… Dans les toilettes… Une balle en plein cœur… Tué net. Vraisemblablement le même calibre 38… J’ai envoyé une équipe avec Justin…&lt;br /&gt;- Merde ! Ce môme aussi !&lt;br /&gt;- Pourquoi aussi ?? Il y a encore quelqu’un d’autre ?!&lt;br /&gt;- Rien, rien… Une idée… Juste une idée.&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Maintenant, son silence s’explique… Attend ma petite vieille ! Attend un peu !&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jason prend deux minutes pour retrouver toute la sérénité requise. Il va lui falloir jouer serré. Comme dans ses meilleurs jours. Il n’a dans l’immédiat aucune carte en main. Aucune piste précise. Quelques informations, éparses et difficilement concordantes. Non recoupées. Juste un brouillard bien, bien flou. Mais il a aussi son flair. Son fameux flair !&lt;br /&gt;Il n’obtiendra rien de cette fille s’il se confronte directement à elle. Un roc. Et si elle ne dit rien, ça peut être long. Très long. Trop long.&lt;br /&gt;Une seule solution. La faire craquer. Briser son armure. Trouver la faille de sa cuirasse. Il y mettra le temps qu’il faut. Le tems nécessaire et suffisant.&lt;br /&gt;Il prend une grande respiration, bloque ses poumons, tourne la tête dans tous les sens en martyrisant et faisant craquer ses cervicales.&lt;br /&gt;Et il vide au maximum sa poitrine, avant de reprendre une respiration normale. «Allez, on y va !». Il remercie le planton et se réinstalle dans son fauteuil. Il se balance… Traine… Tarde… Enfin :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Excusez-moi, mademoiselle… Vous savez ce que c’est… Quand on est chef, il faut être partout à la fois… On ne peut pas se passer de vous…&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Remarquez, la chose avait son importance… On a retrouvé le jeune Vanneaux que nous n’arrivions pas à joindre… Des petits soucis… Bah… Mais tout ça ne vous concerne pas… Où en étais-je ?... Ah ! Oui !... Vous alliez vers l’Agora…&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Mais si, je réalise, bien sûr que vous êtes concernée par ce jeune homme ! Il a été votre compagnon pendant quelques temps ! Où avais-je la tête ? Il a même été question que vous vous retrouviez à nouveau, non ?... … Pourtant, vous avez dit à nos inspecteurs des choses pas très gentilles sur lui et ses performances… Ah ! Tiens, à propos ! C’est vrai !...&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Mes enquêteurs on vaguement abordé le sujet avec madame Vanneaux, la belle-sœur… Et elle ne partage pas du tout votre avis !... … Enfin, je veux dire… Elle a déclaré que ça ne correspond pas du tout à ce que lui confiait madame Bergonses. Vous savez qu’elles étaient très liées, n’est-ce pas ? C’est Aline Vanneaux qui a fait se rencontrer madame Bergonses et son beau-frère… Enfin, bref… Donc, madame Bergonses lui aurait confié que le jeune Nicolas était un merveilleux, même aurait-elle dit, un « prodigieux » amant. Non seulement beau, ça chacun peut avoir sa propre appréciation, (moi, personnellement…) mais également tendre, attentionné, très sensuel, fort bien pourvu et particulièrement endurant… La perle rare, quoi ! Il fallait bien ça pour supplanter le mari en titre… Parce qu’il semblerait que celui-là… Il a l’expérience et l’entraînement… Bref… C’était juste pour vous dire… C’était peut-être vous, qui ne l’inspiriez pas particulièrement, ce garçon ?...&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Enfin, ce n’est pas vraiment mon problème… Vous verrez ça entre vous le moment venu… Ah… Il faudra attendre un peu qu’il se remette… Parce que là, il est blessé par balle… Assez gravement… Il a été conduit à l’hôpital de Melun… Ses jours ne sont pas en danger, mais il va falloir patienter un peu… Vous voyez ? Et puis, moi, je voudrais comprendre… Je n’aime pas du tout les blessures par balle… Un accident probablement… Mais encore faut-il se trouver à proximité d’une arme… Il y des gens qui sont d’une imprudence !...&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Et puis, que faisait-il dans un train pour Evry ? Alors qu’on lui avait demandé de rester à disposition de la police chez son frère à Paris ? Qu’y faisait-il ?...&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Remarquez, j’ai une petite idée… Il a été profondément affecté par la mort de sa femme… De sa compagne si vous préférez. Ils étaient très unis, vraiment très unis. Ils s’aimaient énormément. Depuis le meurtre il n’avait qu’une idée en tête : trouver le coupable. Trouver l’ignoble assassin qui a si odieusement brisé son rêve ! ... … Et voyez-vous, je soupçonne qu’il ait eu des informations… Et qu’au lieu de nous prévenir, il ait voulu se faire justice lui-même ! D’où ce coup de feu… Et voila où ça mène !... Enfin, nous en saurons davantage lorsque nous pourrons l’interroger… Mon adjoint est parti à l’hôpital… C’est pour ça qu’il voulait me parler…&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Rien, rien de rien. Jason n’a pas perçu la moindre émotion ! La moindre réaction ! Ni quand il a fait allusion aux performances de l’ancien amant, ni quand il a mis en doute ses capacités à elle, ni à l’annonce qu’il n’était que blessé. Pourtant, là, sur ce dernier point il est sûr de lui ! Il est convaincu que c’est cette femme là qui a tiré, qui l’a abattu comme un lapin ! Il faut laisser mûrir. Un peu de silence, maintenant. Laissons la pression un peu monter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon sang de bonsoir ! Quand même ! Il aura fallu qu’il attende d’être aux portes de la retraite pour se planter aussi grossièrement dans ses premières évaluations ! Car, ici, dans la minute, il n’a plus aucun doute. Cette femme est la meurtrière de Suzy Bergonses. Et donc Albert, le mari, est innocent. Victime lui aussi. Comment a-t-il pu se laisser aveugler à ce point ? Tout à l’heure encore, dans le bureau de la juge, il soupçonnait ce type d’essayer de manipuler la magistrate !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Allons ! Je ne suis pas tout à fait, tout à fait le seul responsable. La mère Filipoint a aussi sa part ! Oui, mais justement, c’est quand même là que le bât blesse. Je suis rentré bille en tête dans son jeu ! Pire ! Sachant ce qu’elle allait penser, j’ai anticipé et adhéré direct à ses analyses ! Comme un gamin !&lt;br /&gt;Putain, aussi, si ce mec avait été un mec normal ! Oui, normal… Hé, oui, voila où j’ai déconné. Bordel ! Dans mes tripes je ne peux pas accepter qu’un gars qui se fait enfiler à quatre pattes puisse être un mec normal ! Et même si c’est lui qui pointe !&lt;br /&gt;Bordel ! Bientôt soixante ans, et j’ai encore un sacré chemin à faire !&lt;br /&gt;Je dois le dire bordel ! Me regarder en face ! Ce mec, tout pédé qu’il soit semble vraiment un gars bien. Et il aimait sa femme comme peu d’hétéros savent le faire. Et il se révèle un bon père. Et il se comporte en citoyen responsable, respectueux de l’autorité et de la loi. Et… Je suis un gros con ! J’ai toujours marché dans la vie avec des œillères, droit devant. En imaginant que j’étais un type ouvert parce que je savais encaisser toutes les turpitudes qui passaient par ce bureau. Mais je ne suis qu’un gros con !&lt;br /&gt;Bien sûr que j’aurais dû faire comprendre à la juge. Bien sûr !&lt;br /&gt;Et celle-là, là, maintenant. Elle va le cracher le morceau ? C’est clair, putain, les choses sont claires ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le scénario commence à bien prendre forme dans sa tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Annie Lasvalès regrette son ancien amant et veut le récupérer. Elle effectue une opération de charme, une opération commando à Nantes en quelque sorte, et elle gagne la première manche… Mais je ne serais pas surpris qu’elle ait crié victoire trop tôt. Ça lui ressemblerait assez ! Peut-être aussi craché trop vite sa méchanceté contre la compagne en titre. Peut-être oublié la prudence de mise et laissé poindre une dose d’égocentrisme… Toujours est-il que le garçon fait machine arrière. Grave. Et que l’opération commando se termine par un échec.&lt;br /&gt;Et puis des appels téléphoniques, elle s’accroche… Le jeune Nicolas, profitant de pouvoir rentrer plus tôt sur Paris ; lui donne un rendez-vous pour mettre les points sur les « i ». Pas un rendez-vous de la dernière chance ! Une fin de non recevoir ! Elle l’a très bien compris ainsi. Et ne l’accepte pas.&lt;br /&gt;Comment a-t-elle trouvé l’adresse des Bergonses ? Pas très difficile. Elle téléphone et demande à rencontrer Suzy. Celle-ci accepte de la recevoir, pensant je suppose jouer la consolatrice… Elle annule sa sortie prévue et l’attend…&lt;br /&gt;Annie Lasvalès prend avec elle une des armes de service de son père. Pourquoi ? Déjà l’intention de tuer, ou pour intimider, pour faire peur ? Pour menacer de se suicider devant sa rivale ? Qu’importe au fond !&lt;br /&gt;Madame Bergonses oppose à l’excitation de sa visiteuse sa gentillesse coutumière. Elle devait être convaincue de pouvoir ramener à la raison cette gamine turbulente. Elle, l’excellente pédagogue. Et peut-être bien qu’elle a conservé tout son calme lorsque l’autre a sorti son arme. Tout sourire elle s’est approchée d’elle en disant… (Oui, bon sang, je l’entends presque !) « Allons, allons, Annie, voulez-vous ranger cet ignoble engin ? Allons… Nous n’allons pas nous étriper parce que nous aimons le même homme ! »… Et le coup part… Cinquante-cinquante… Accident et jalousie meurtrière…&lt;br /&gt;… …&lt;br /&gt;Ah… Mais non, ça ne vas pas ! Ça cloche ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les mutilations ! Pourquoi les mutilations ?… Rien ne tient si cette énigme n’est pas résolue ! Pourquoi une femme s’attaquerait-elle à la poitrine d’une autre femme ? C’est quasi contre nature !&lt;br /&gt;Côté mec, le plus souvent ce sont des femmes qui coupent les parties génitales d’un cadavre pour les lui mettre dans la bouche. Par vengeance. Parce que l’homme leur a fait du mal. C’est vrai aussi qu’il est arrivé que ce soit des hommes. Mais parce que la victime était un sous-homme, un pédé ou l’un de ces putains de pédophiles. Parce que la soi-disante victime avait mal utilisé ses attributs. Mais là ! Pourquoi une femme s’acharnerait-elle sur la poitrine d’une autre femme ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« J’approche… J’approche Nom de Dieu ! Je dois trouver une explication cohérente ! »&lt;/em&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Tout en laissant son cerveau, sa machine de guerre, carburer à plein régime, Jason s’est relevé et a repris les cent pas autour du bureau et de la jeune femme. Quand il passe dans son dos, il l’observe discrètement… Rien ! Rien ne bouge, ni dans son attitude, ni dans la position de ses membres. Il n’a jamais rencontré une telle capacité d’immobilisme !&lt;br /&gt;En moment donné, par provocation, par jeu, pour dominer sa lassitude, il reste derrière elle et s’appuie des deux mains sur la chaise du témoin… Il soupire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Ah… C’est dur, c’est très dur… Toute cette histoire est bien difficile… Bien pénible…&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Et disant cela, il s’appuie plus fort sur le dossier, en équilibre vers l’avant… Il la surplombe, en quelque sorte… Et là…&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Nom de Dieu ! Nom de Dieu de Bordel de Merde !... Elle a le sein droit nettement plus petit que l’autre ! Comment ne m’en suis-je pas aperçu ? Comment personne ne l’a jamais signalé ? »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il retourne dare-dare s’asseoir face à elle. Il la regarde. Droit dans les yeux. Puis son regard descend explicitement vers la poitrine de sa vis-à-vis.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Les vêtements amples et froufroutants. Effectivement, elle est toujours décrite comme ayant des hauts amples et froufroutants et des robes suggestives et presque transparentes. Le rideau de fumée ! La tenue de camouflage ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se recule de nouveau, les mains derrière la tête, il s’allonge amplement. Comme il aime à le faire lorsqu’il est seul. Pourquoi se gêner après tout ? C’est comme si elle n’était pas là ! Comme si elle était un meuble. Il murmure, se parlant à lui-même :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- C’est dingue cette affaire… Madame Bergonses était une très belle femme… Une très, très, belle femme… De longs cheveux noirs, un corps admirablement proportionné. Une poitrine splendide !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Nicolas Vanneaux est un fort bel homme. Athlétique, plein de charme et de séduction…&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Monsieur Bergonses est semble-il un séducteur irrésistible…&lt;br /&gt;- … …&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Jason rit franchement : « Mais ils vont finir par nous filer des complexes, à nous, Nom de Dieu !»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Silence.&lt;br /&gt;Silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça change tout ! Il bâtissait un scénario sur un drame de la jalousie. Il n’y était pas du tout. C’est un crime de psychopathe ! Une femme bourrée de complexes, doutant de tout et d’elle-même, qui ne s’est pas remise de la mort d’un père qu’elle vénérait, et qui s’est enfermée dans ses obsessions et dans ses doutes ! Sa recherche effrénée du plaisir. Son besoin permanent de mettre les hommes sous le charme, de les séduire, ensuite éventuellement de les casser. Le jeune Nicolas première mouture... Les tentatives de charme sur son frère… Le « vieux » Lebofranc qui passait par là… Nicolas-bis à Nantes… Les inspecteurs lorsqu’ils sont allés l’interroger chez elle… Des dizaines d’autres sans doute dont nous n’entendrons jamais parler… Tout devient clair. Les femmes moins belles qu’elle reçoivent son mépris. Ainsi madame Olivier Vanneaux. Les femmes plus belles subissent sa haine. Exit madame Bergonses !&lt;br /&gt;Oui. Ça change tout. Ça change tout. Reprenons…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Bon, elle relance Vanneaux à Nantes. Ça, c’est acquis. Le pauvre garçon se laisse séduire et cède. Mais que ce soit pour une raison ou une autre, il se ressaisit très vite. Il semble quand même qu’il aimait très sincèrement sa compagne. Le séjour à Nantes de la belle se termine par un fiasco. Elle n’aime pas ça, la belle, les fiascos ! Sa fierté en prend un coup. Son orgueil est bafoué. Un homme ose résister à ses charmes ! Il va le payer. Cher. Le maximum !&lt;br /&gt;Elle n’a pas de stratégie bien définie… Mais elle sait qu’elle va trouver… Il va payer… Ils vont tous payer… Sa haine monte, gonfle… Elle l’entretient en relançant continuellement son ex au téléphone. Elle va l’user… Elle va le faire craquer…&lt;br /&gt;Le malheureux Vanneaux lui offre l’opportunité qu’elle attendait en lui proposant un rendez-vous en revenant sur Paris. Bonne occasion que ce retour plus tôt que prévu !&lt;br /&gt;Depuis sans doute un bon moment déjà elle a fait sa petite enquête et s’est renseignée sur la nouvelle compagne de Nicolas. Peut-être même avant d’aller à Nantes. Sans doute même. Car comment a-t-elle appris qu’il n’était plus en vacances, mais en mission en Vendée ? Que madame Bergonses était seule chez elle, sans ses enfants ? Oui, elle devait être au courant de tout...&lt;br /&gt;Alors elle contacte Suzy Bergonses. Raconte une quelconque salade, pleurniche au téléphone. Réussit sans problème à émouvoir la brave femme qui lui propose de parler de tout ça en tête à tête… Et lui offre de la recevoir avant le retour de Nicolas.&lt;br /&gt;La stratégie se met en place. Elle prend l’arme de son père. Pas au cas où… Dans le but clair et précis de tuer. De faire mal, de détruire ce monstre qui ne lui a pas cédé. En supprimant l’objet de sa passion. De cette passion qui l’aveugle, lui, et l’empêche de la voir, elle. Et tant qu’à faire, en faisant éventuellement en sorte qu’il soit soupçonné… Qu’il soit accusé… Qu’il soit traîné dans la boue ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Le criminel avait bien vu… C’était une bonne idée de commettre le crime dans un moment où le jeune Vanneau n’avait pas d’alibi véritable… Bah… L’assassin ne pensait pas qu’il resterait si longtemps dans un même café, se construisant involontairement un alibi… Il ne pouvait pas prévoir non plus que le mari de la victime viendrait d’une certaine façon se jeter dans la gueule du loup en remontant, justement ce jour là, sur la capitale… Sans prendre la précaution d’avoir, lui, un alibi solide… Dommage…&lt;br /&gt;- … …&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Elle ne devait pas s’attendre à être submergée par la haine à ce moment là… De voir sa victime allongée ainsi les bras en croix, toujours aussi belle, encore plus belle avec ses yeux grands ouverts et son expression d’étonnement… Elle n’a pas supporté. Rageusement, elle a arraché le fin chemisier et s’est saisie d’un couteau pour détruire ce que cette femme avait, à ses yeux, de plus beau qu’elle : la poitrine. C’est son inconscient sans doute qui a dirigé les coups vers le sein droit… Il est vrai que l’autre était déjà maculé de sang… C’est toute la poitrine qu’elle voulait éradiquer ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Le meurtrier s’est acharné sur la poitrine de la malheureuse bien inutilement… Ah… Vous ne savez pas, bien sûr… Mais madame Bergonses avait un cancer justement à ce sein là… Dans quelques semaines elle aurait vraisemblablement subi une lourde intervention avec ablation de la glande mammaire… Si elle avait vécu, le corps médical aurait fait le travail… Dommage…&lt;br /&gt;- … …&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Elle a dû être retardée, pour une raison quelconque… Il faudrait voir s’il n’y a pas eu des problèmes de train de banlieue ce jour là. Parce qu’en laissant longtemps le garçon dans le même café, elle lui offrait la possibilité d’avoir un alibi… Ouais… Elle n’avait pas dû prévoir d’être absente aussi longtemps… Vanneaux avait pourtant un portable… Elle le connaissait, puisqu’il en était arrivé à ne plus l’allumer pour la fuir… Elle aurait pu modifier le rendez-vous pour le faire bouger… Ouais… Mais elle n’est pas tombée de la dernière pluie… elle sait très bien qu’un éventuel appel aurait pu être localisé… Et elle ne tenait pas à laisser de trace tant qu’elle était en banlieue…&lt;br /&gt;Elle n’est pas entrée dans le café. Elle lui a fait signe du dehors… En se montrant discrète. Comment aurait-elle pu penser qu’un garçon de café pédé ne cessait de zieuter Nicolas ? Et du coup la remarquait, elle ?&lt;br /&gt;Mais nom d’un bon sang, elle a bien su se ressaisir, et son audition, chez elle, par l’équipe d’Henri est un bijou dans le genre ! Comment manipuler les hommes ? Chapitre 1, règle 1-a…&lt;br /&gt;Lamaison semble d’ailleurs s’y être laissé moins prendre que les autres… Bon point pour lui.&lt;br /&gt;En apprenant l’arrestation du mari, elle a dû réagir… Elle a construit son alibi en embrouillant la date de sa rencontre de la veille, ayant eu lieu aux heures qui pouvaient convenir. Trop simple. Trop simple ? Elle le sait, j’en suis certain. Le plus simple est le plus efficace. Elle a recommencé à relancer le jeune Vanneaux. Elle a repris son rôle d’amoureuse éperdue… »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Ah, tiens, j’y pense… Ce monsieur Le Gilecq, de l’association « Droit à un Logement Décent »… C’est un drôle d’administrateur efficace… Rigoureux et précis dans son organisation. Il a bien confirmé… C’est le lundi que vous vous êtes rencontrés… Et non le mardi du drame…&lt;br /&gt;- … …&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Et c’est là que j’ai fait la bourde du siècle… Quand j’ai demandé à Henri que ses hommes reprennent leur filature à visage découvert… Je pensais la pousser dans ses retranchements… Je l’y ai poussée… Nom de Dieu… Je ne pouvais pas imaginer que sa haine irait jusqu’à tuer de nouveau. Un homme qu’elle avait aimé !&lt;br /&gt;Et j’avais en plus connement imaginé qu’elle s’était d’ores et déjà débarrassée de l’arme. C’était bien mal la connaître. Je ne la connais effectivement pas, d’ailleurs… Jusqu’où irait-elle Bordel de Merde ?&lt;br /&gt;Elle a pris son arme, a entraîné notre homme dans les Galeries… Un coup de téléphone pour donner rendez-vous à Vanneaux… Traîner encore un peu… Oh, elle a dû sacrément minuter son opération ! Et après avoir faussé compagnie à l’inspecteur, elle a rejoint son ancien compagnon à la gare de Lyon… »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Mes hommes ont tout de suite téléphoné chez les Vanneaux lorsque vous leur avez faussé compagnie… Et madame Aline Vanneaux leur a dit que vous aviez donné rendez-vous à son beau-frère à Evry… Nous vous attendions en quelque sorte tous les deux… Ça juste pour vous dire… Ben, oui, quoi… Pas tout à fait nunuches les policiers de banlieue…&lt;br /&gt;- … …&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Là, à mon avis, elle ne l’a pas abordé. Parce que l’échange aurait pu tourner court et Vanneaux refuser de monter dans le train. Non… Elle l’a suivi. A distance. Et elle est restée planquée jusqu’à ce qu’il y ait moins de monde dans le train. Pour pouvoir agir. Donc pas avant Juvisy, puisqu’ils ont pris cette ligne… C’est là que le train se vide à moitié, au moins…Pourquoi cette ligne ? Sans doute Vanneaux, qui pensait la retrouver à Evry, se croyait seul, et souhaitait-il arriver là où il n’était pas attendu. Par derrière en quelque sorte.&lt;br /&gt;Mais là encore, tout ça n’a pas dû se dérouler comme elle l’avait prévu. Parce qu’il ne fait aucun doute qu’elle aurait préféré descendre avant Evry pour retourner au plus vite vers Paris. Seulement voila… et une fois le meurtre commis, elle ne pouvait plus s’éterniser dans le train ! Pourtant. Si elle était restée jusqu’à Corbeil, nous ne l’aurions pas interceptée et elle aurait pu faire immédiatement demi-tour. Dommage pour elle. Du moins le pense-t-elle peut-être. Mais ça n’aurait pas changé grand-chose : mon dos m’avait prévenu… »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Vous avez dû être ennuyée de vous retrouver au Vieux Bourg. Il y a relativement moins de trains en retour pour Paris… Vous deviez donc rejoindre la gare de Courcouronnes. Et passer près de la maison des Bergonses… Ça n’a pas dû faire votre affaire. Ah, si vous aviez patienté jusqu’à Corbeil… Mais de toute façon, vous savez, les deux lignes étaient sous surveillance…&lt;br /&gt;- … …&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Ce n’est pas possible Bordel ! Cette nana n’est pas possible ! Rien ne la fait réagir… Rien ! Pourtant mon dos me dit que je suis sur la bonne piste ! Mais rien ! Invraisemblable !&lt;br /&gt;Quand même. Ce qu’elle a fait montre de quel effroyable sang froid elle peut faire preuve ! Je ne suis pas sorti de l’auberge !&lt;br /&gt;Lorsqu’elle a jugé le moment opportun, elle a dû se découvrir aux yeux de Nicolas… Et battre en retraite vers les toilettes… Il l’a suivie. Ils ont échangé, ou non, quelques mots… Elle a fait mine de vouloir entrer dans la cabine. Il a voulu l’en empêcher, et elle en a profité pour l’y pousser, lui… Et pour tirer… A bout portant. Comme pour madame Bergonses… Quelle haine ! Quel sang-froid !&lt;br /&gt;Bah, je pourrais me montrer plus clément… Imaginer qu’ils se sont retrouvés dans le sas pour pouvoir discuter au calme… Qu’elle a essayé de le faire craquer… Que la discussion a mal tourné… Qu’elle a sorti l’arme par désespoir… Que le coup est parti seul… Et qu’ensuite elle a réussi à cacher le cadavre dans la cabine… Mais non… Ce garçon était trop lourd pour qu’elle puisse le traîner, même sur quelques mètres… Et Henri semble bien affirmer que le malheureux a été abattu sur place. Froidement.&lt;br /&gt;Mais Nom de Dieu, la seule vrai question sans réponse, c’est : cette femme, jusqu’où irait-elle ? Où et quand a-t-elle commencé son délire meurtrier ? Madame Bergonses la première ? Non.. Non… Mon dos me dit que non… Suzy Bergonses a été prise dans un processus déjà engagé. Dans une folie qui ne pouvait déjà plus trouver de frein… Oui, bien sûr… »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Oui… Tout se tient… Tout est cohérent. J’ai tout devant les yeux comme si j’étais en train de lire votre déposition… Il n’y a qu’un truc qui n’est pas clair encore…&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Le corps de monsieur Lebofranc… Je me demande où nous allons le trouver… Car vous n’avez pas pu le détruire, n’est-ce pas ? Mais il est où ? Dites-moi ? Où est-il ?...&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allez savoir. Allez comprendre ! Brusquement Annie Lasvalès s’effondre. Elle s’affale sur le bureau du commissaire et éclate en sanglot. Enormes. Effroyables. Qui mettent le commissaire aussi mal à l’aise que le silence figé de cette femme quelques instant plus tôt, depuis des heures !&lt;br /&gt;Le policier se lève et fait le tour de son bureau. Il pose sa main sur l’épaule droite de la jeune femme. Attend une courte accalmie. Et murmure doucement :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Tu t’es trompée d’orgueil ma petite… Tu t’es trompée d’orgueil…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;FIN&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-2090505162772220966?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/2090505162772220966/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=2090505162772220966' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2090505162772220966'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2090505162772220966'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xix-le-fin-mot-de-lhistoire.html' title='Chap XIX Le fin mot de l&apos;histoire'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-4652531134292553083</id><published>2009-02-16T10:23:00.004+01:00</published><updated>2009-02-21T13:49:25.077+01:00</updated><title type='text'>Chap XVIII Annie et Nicolas</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;18&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Aline est revenue précipitamment de son stage d’orchestre. Lorsque son mari lui a téléphoné pour lui apprendre la nouvelle, elle n’a pas pu rester une demi-journée de plus avec les jeunes qu’elle avait en formation. Elle n’était plus capable de penser musique. De se concentrer. De faire acte pédagogique. Le minimum. Elle n’a pris que le temps d’organiser son absence et son départ. C’était les derniers jours du stage. Le plus gros du travail était fait. Elle ne verrait pas le spectacle de clôture. Quelques éphémères regrets. On ne zappe pas sans état d’âme le résultat de toute une cession de travail, de toute une année, même. Mais tout ceci s’avère tellement secondaire dans ces cir-constances !&lt;br /&gt;Suzy était la meilleure amie qu’elle n’ait jamais eue. Ouverte, confiante. Attentive, curieuse, cultivée. Généreuse. Sérieuse. Trop peut-être. Mais jamais triste. Jamais.&lt;br /&gt;Cette amitié aura été si courte ! Quelques années à peine. Aline ne parvient pas à complètement réaliser que Suzy n’est plus. Ne sera plus jamais. Elle l’entend encore rire, lorsque cet été elles se racon-taient leurs petites fadaises sur la plage, en laissant les hommes s’occuper des enfants. « Oui, fais-moi rire », disait Suzy. « Tu sais combien je suis trop sérieuse. Et je suis heureuse ! Heureuse ! J’ai tellement envie de vivre et de rire, de rire ! ». Et elle, Aline, plaisantait. Pour le plaisir d’entendre le rire cristallin de son amie, si justement placé, si justement modulé. A chaque fois, elle pensait à la Reine de la Nuit. Suzy aurait dû faire du chant. Mais elle faisait déjà tellement de choses ! Elle était engagée dans de si nombreuses associations !&lt;br /&gt;Aline frémit. Frissonne. La gorge nouée, des larmes plein les yeux. Comment aurait-elle pu se douter ? Suzy n’est plus. Ne sera plus jamais. Jamais.&lt;br /&gt;La jeune femme consacre toute son énergie à s’occuper de son jeune beau-frère. Un peu sans doute pour tromper son chagrin, beaucoup parce que lui aussi, elle l’aime énormément. Il a toujours montré une très grande confiance en elle. Ils se sont toujours très bien entendus. Au début de son mariage, et donc de leur rencontre, il était encore un jeune homme fougueux et un peu tête en l’air. Un grand adolescent dans un corps d’adulte.&lt;br /&gt;Tout naturellement, sans que ni l’un ni l’autre n’en prenne réellement conscience, elle est devenue sa confidente. Il lui racontait tout. Ses envies, ses projets, ses amours, ses peines. Et il écoutait ses conseils. Probablement comme ceux d’une grande sœur qu’il n’avait jamais eue.&lt;br /&gt;Il n’y a que pour Annie, là, il ne l’avait pas écoutée. Il était vraiment tombé amoureux fou. Méconnaissable. Cette fille le menait par le bout du nez. Aline, d’ailleurs ne l’aimait pas. Elle avait, dès le premier jour, éprouvé une forte défiance pour cette jeune femme au regard vicieux. Oui, c’est ça, elle avait le regard vicieux. Toujours besoin de se sentir regardée par les hommes. N’avait-elle pas tenté de jouer de ses charmes auprès d’Olivier ? Celui-ci, comme toujours, ne percevait rien. Il ne voyait en elle qu’une gamine dont son frère était amoureux. Bêtement amoureux. Et cela le faisait sourire. « Tu crois ? » demandait-il à sa femme d’un ton dubitatif lorsque celle-ci exprimait ses réserves.&lt;br /&gt;Annie et Nicolas se sont installés ensemble. Aline n’a rien dit. Elle ne se sentait aucun droit de remettre en cause le bonheur de son jeune beau-frère. Elle a reçu le jeune couple dans la plus totale neutralité. Essayant d’être parfaitement aimable avec sa nouvelle « belle-sœur ». D’autant plus attentive à son attitude, qu’un jour Nicolas lui dit en riant qu’Annie la soupçonnait d’être jalouse d’elle.&lt;br /&gt;Lorsque cette fille l’a brutalement quitté, de façon absolument odieuse, le garçon éperdu s’est naturellement réfugié auprès de son frère et d’elle-même. Et c’est elle, qui a voulu qu’il vienne en vacances avec toute la famille. Chez Albert.&lt;br /&gt;Comment aurait-elle pu se douter ? Deux ans, il y a seulement deux ans qu’elle a vu lentement éclore, sous ses yeux, cet amour entre sa meilleure amie et Nicolas. Comment aurait-elle pu se douter ?&lt;br /&gt;Son cœur est noué. Son âme chamboulée. Aline regarde le jeune homme affalé dans le canapé, la télécommande en main, qui zappe et papillonne. Rien ne l’intéresse. Il faut presque le forcer à faire sa toilette et à s’habiller. Il faut réellement le forcer à manger. Il refuse de sortir. « Où ? Pour quoi faire ? » Il attend.&lt;br /&gt;Il attend près du téléphone. Espérant un appel des policiers qui lui révèlerait le nom de l’assassin. Car comme eux tous, il n’a pas cru un seul instant à la culpabilité d’Albert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas se rend bien compte qu’il est responsable de l’inquiétude et de l’air soucieux de sa belle-sœur. Mais il n’y peut rien. Il se réfugie dans la douleur comme dans un cocon protecteur. Il ne veut surtout pas que cette souffrance pourtant quasi insupportable cesse. Si elle venait à s’atténuer, la réalité, la vérité prendrait sa place. Et il le supporterait bien moins encore.&lt;br /&gt;Suzy n’est pas vraiment morte. Ce cadavre effroyablement mutilé, ce n’était pas elle. C’était une mise en scène. Pour l’éprouver. Pour lui faire prendre conscience de son amour. Et il l’aime. Il l’aime ! Il renverserait des montagnes qui oseraient se mettre entre elle et lui !&lt;br /&gt;Elle ne peut donc pas être morte.&lt;br /&gt;Il écraserait comme une vulgaire limace cette Faucheuse, si elle osait se montrer devant lui ! Suzy ne peut donc pas être morte !&lt;br /&gt;Si elle avait été réellement décédée, Il l’aurait prise dans ses bras, il aurait posé ses lèvres sur son front. Un baiser l’aurait réveillée comme s’était réveillée Blanche Neige. Suzy n’est pas morte.&lt;br /&gt;Sinon, il l’aurait conduite en terre. Suzy est toujours là. Quelque part.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Vas-y, souffrance, dévore-moi mes entrailles. Rend mes muscles en guimauve, transforme mon cerveau en eau de boudin, grille mes câbles. Que je ne puisse plus sentir, comprendre, bouger. Vas-y souffrance. Chasse la réalité… Chasse mes démons…&lt;br /&gt;Mais laisse-moi un souffle de vie ! Je veux être encore là quand la vérité se fera jour. Je veux que mes oreilles entendent le nom de l’assassin. Je veux plonger mon regard dans le regard de ce monstre. Non, je ne le tuerai pas ! Suzy ne le veut pas. Mais il mourra sous les feux de mes yeux. Il mourra quand il me verra ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas ne pense pas aux enfants. Y penser serait, là encore, regarder la vérité en face. Et il ne le peut pas. En un éclair, quand il était au commissariat avec ce jeune policier il a pensé à eux. Il a été rassuré. Domi s’occupe d’eux. Ils n’ont pas besoin de lui. Il n’a plus à s’en inquiéter. C’est très bien ainsi. Il peut se livrer pieds et poings liés à sa douleur. Sa compagne fidèle depuis le drame. Il ne veut pas qu’elle s’en aille.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Souffrance, fais-moi encore mal ! Encore ! Encore ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout à son délire, Nicolas est véritablement brisé, fourbu. Depuis un moment déjà, il a laissé tomber la télécommande et il s’est allongé sur le canapé, son bras droit cachant ses yeux. Car il ne supporte pas la lumière. Elle est trop lucide, la lumière. Il ne s’est pas rasé depuis son retour. Il ne supporterait pas de se regarder en face dans un miroir. Il verrait ses yeux. Ses yeux peut-être sans l’image de Suzy dans la pupille. Il ne le peut pas !&lt;br /&gt;Pourtant. Pourtant il s’est toujours considéré comme un garçon solide et réactif. Il n’est pas dans ses habitudes de pleurer sur son sort. Lorsqu’Annie l’a quitté, il a également été très affecté. Elle avait rembler trouver un tel plaisir à le mettre plus bas que terre : « Pourquoi je te quitte ? Pourquoi je te quitte ? Mais parce que tu es un mauvais coup au lit mon pauvre ! Un très mauvais coup ! Je m’ennuie avec toi ! Je compte les moutons ! »… Mais il était remonté très vite. Très vite. Faut dire que la présence de Suzy… Suzy ! Non ! Non !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ce moment que le téléphone choisit pour sonner. Aline répond. Et se tourne vers Nicolas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- C’est pour toi Nicolas, c’est Annie…&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas fait désespérément des signes négatifs de tout le haut de son buste, sans retirer le bras qui cache son visage. Aline rend compte du refus mais très vite se retourne de nouveau vers le garçon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Nicolas… Elle insiste. Elle dit que c’est très important.&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brutalement, là, sans trop savoir expliquer pourquoi, le jeune homme bondit sur ses pieds et va vers le téléphone. Une rage sourde l’habite. Il tient Annie pour, au moins en partie, responsable du drame. Si elle n’était pas venue le relancer à Nantes, ou si elle ne lui avait pas donné rendez-vous, ou même si elle était venue à l’heure au rendez-vous fixé, peut-être serait-il rentré chez lui à temps pour éviter le drame !&lt;br /&gt;Le ton de sa réponse contient toute cette agressivité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Oui, c’est moi. Hé bien, qu’est-ce qu’il y a ? Je t’ai déjà dit que nous n’avons plus rien à nous dire !&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aline ne peut entendre la réponse d’Annie. Mais Nicolas ne raccroche pas. Il écoute. Enfin il conclue :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Tu es sûre ? Tu ne me mènes pas encore une fois en bateau ? Si je viens maintenant, là, à Evry, tu me diras tout ce que tu sais ? Tu as trouvé des preuves ? Vraiment ? Bon. J’arrive. Mais si tu t’es encore fichu de ma poire, tu vas le regretter !&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et Nicolas raccroche. L’air dur, fermé. Il monte rapidement dans sa chambre se changer, et se prépare à sortir. Aline essaye de le dis-suader :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- N’y vas pas. Elle ne peut que te faire du mal ! Nicolas ! Tu n’es pas assez costaud pour retourner à Evry maintenant, seul. Tu n’as rien mangé à midi… Nicolas !...&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Nicolas sort. Sans un seul mot. Le regard dur. Mais vide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Irène Filipoint revient à pas pressés vers son bureau. Elle n’est pas en avance. Elle sera même un peu en retard, contrairement à tous ses principes. Elle ne pouvait pas prévoir. Elle est descendue, selon son habitude, se détendre à la cafétéria du Palais entre deux rendez-vous. En espérant bien boire un bon thé citron brûlant. Mais elle s’est trouvée nez à nez avec le Procureur. Visiblement, celui-ci attendait la première occasion pour lui parler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Chère amie ! Comment allez-vous ? Vous semblez en pleine forme. Et toujours en train de courir ! Soyez sans crainte, vos dossiers vous attendront ! Personne ne les traitera à votre place !&lt;br /&gt;- Mon cher, je ne cours pas… Je trottine… J’ai une image de marque à préserver, que voulez-vous ! Non, sérieusement, je n’ai que peu de temps pour boire mon thé.&lt;br /&gt;- Vous avez une audition dans les minutes qui viennent ?&lt;br /&gt;- Pas vraiment. Je reçois madame Bergonses mère, à sa demande insistante. Je ne pouvais refuser perpétuellement, bien que je ne sais que trop ce qu’elle va me demander, et tout autant la réponse que je devrai faire !&lt;br /&gt;- Ah ! Toujours cette déplorable affaire ! Justement, je souhaitais vous voir à ce sujet…&lt;br /&gt;- Oh, mon cher… Rien de neuf pour le moment. Des pistes, toutes aussi vaines. Je ne pourrai rien vous dire de plus que vous ne sachiez, hélas.&lt;br /&gt;- Je sais bien… Mais il ne se passe pas une journée sans que je reçoive un appel de la Préfecture. Ils restent très vigilants sur les suites de cette affaire. Je suppose que le Député y est pour quelque chose.&lt;br /&gt;- Monsieur Bergonses a d’évidence beaucoup de… soutiens. Malheureusement, jusqu’à nouvel ordre, il reste le seul véritable suspect. Nous avons obtenu que la presse se montre discrète, présente les faits comme un regrettable drame de la passion, je ne pense pas souhaitable de ré aviver les curiosités en procédant à une libération anticipée du seul suspect.&lt;br /&gt;Laissons Jason et ses hommes faire leur travail.&lt;br /&gt;- Oui, bien sûr, bien sûr… Mais le temps passe. Et pas les bruits de couloir…&lt;br /&gt;- Quels bruits ? Rien n’est parvenu jusqu’à mon oreille !&lt;br /&gt;- Oh, rien que de très classique quand il s’agit d’un personnage quasi public, tels que monsieur Bergonses. D’aucuns se plai-sent à affirmer que le dossier est vide, sans preuve tangible, et que c’est plus la personnalité du prévenu que les faits qui lui sont reprochés et qui empêchent sa remise en liberté.&lt;br /&gt;- Allons donc ! Mon cher, vous avez toutes les informations pour répondre à ces malveillances. Relisez mon dossier…&lt;br /&gt;- Mais Irène vous savez très bien que… Le souci, c’est que la rentrée approche, et si cet homme reste incarcéré, ce sont une trentaine d’emplois qui risquent d’être remis en cause !&lt;br /&gt;- Tss, tss ! Ses bureaux sont sur Paris. Ni le Maire ni le Préfet n’en subiraient les conséquences ! Mais, je vous ai entendu. Je vous ai entendu…&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La juge n’a même pas pu siroter sereinement son cher thé de dix heures ! Elle a dû le boire d’un trait, avant de se presser vers son rendez-vous. Et cette femme, qu’espère-t-elle au juste, en demandant à parler au juge d’instruction ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Mais je ne demande aucun passe-droit madame la juge ! Je souhaite comprendre, et entendre de votre bouche les faits qui sont reprochés à mon fils !&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Madame Bergonses savait pertinemment, en venant à cet entretien que sa tâche serait difficile. Maître Serino ne lui avait caché, ni la personnalité rigide et autoritaire du magistrat, ni la dramatique con-jonction de circonstances qui rendait Albert particulièrement suspect. Mais elle se devait de faire quelque chose. Et la présence d’une femme âgée et digne pouvait avoir plus d’impact que la simple lecture d’un procès-verbal de commission rogatoire. Du moins l’espérait-elle. Elle voulait que la juge se confronte à la douleur d’une mère. Elle ne s’attendait toutefois pas à un accueil aussi sec, aussi impersonnel !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p align="justify"&gt;- C’est en effet souhaitable madame. Vous comprendrez aisément que je ne peux prendre en compte tous les liens affectifs d’un prévenu. Le pire des assassins a toujours autour de lui des personnes qui l’aiment et le soutiennent, même en sachant ce dont on l’accuse. Et je dois même dire que c’est une bonne chose. Mon rôle de juge d’instruction est d’instruire à charge et à décharge. Je le ferai, avec toute la rigueur et l’objectivité dont je dispose.&lt;br /&gt;- Mon fils n’est ni pire ni meilleur ! Il n’est pas un assassin ! C’est ce que j’ai voulu venir vous dire !&lt;br /&gt;- Madame, ce ne sont là que des affirmations parmi d’autres. Malheureusement, vous ne m’apportez aucune preuve ?&lt;br /&gt;- Mais une intime conviction, oui, madame la juge ! Une intime conviction ! C’est bien ainsi que vous dites, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;- Hé bien moi, madame, j’ai l’intime conviction, à la lecture du dossier, que votre fils est un dépravé, sans morale et sans loi, qui a trompé allègrement sa femme pendant des années avec tout, je dis bien tout ce qui lui tombait sous la main. Et cet individu pervers n’a pas supporté d’être rejeté au profit d’un autre ! Voila ma conviction, madame.&lt;br /&gt;Et je trouve regrettable qu’une mère, même au nom de l’amour maternel, donne blanc seing à de tels débordements !&lt;br /&gt;- Madame la juge ! Je suppose que vos propos ne figureront pas sur le procès-verbal d’audition. Car ils relèvent de la loi de novembre 2001 contre l’homophobie ! Mon fils est homosexuel, et alors ?&lt;br /&gt;- Libre à vous de défendre de telles mœurs ! Autant que je sache, la loi que vous citez ne vise pas les audiences de jus-tice. Pour ma part, je garde un minimum de sens moral !&lt;br /&gt;- Voila bien les points que, si nécessaire, je souhaitais pouvoir aborder avec vous.&lt;br /&gt;Vous imaginez donc qu’une mère, qu’une femme de soixante-seize ans, a pu, sans se poser de questions, découvrir un jour que son fils, l’enfant né de ses entrailles, aimait les personnes de son propre sexe ? Mais j’ai souffert, madame, plus que je ne puis le dire !&lt;br /&gt;- Pourtant, à vous entendre, vous me semblez accepter fort bien la situation et la présence du compagnon de votre fils !&lt;br /&gt;- Maintenant, oui ! Mais après combien d’interrogations ? De crises de culpabilité ? « Qu’ai-je fait de mal pour qu’il soit ain-si ? », « Que n’ai-je pas fait pour qu’il ne soit pas comme les autres ? », « Mon mari a-t-il été trop sévère, trop laxiste ? », « Moi-même l’ai-je gardé trop près de moi ? Est-ce parce que je lui ai appris à faire la cuisine, parce que je lui demandais de m’aider à faire la vaisselle quand il était enfant ? Qu’ai-je fait de mal ? Mais qu’ai-je fait de mal pour qu’il soit ainsi ? »&lt;br /&gt;- …&lt;br /&gt;- Pendant des mois, des années !&lt;br /&gt;Et puis je l’ai regardé vivre. J’ai dû reconnaître qu’il était le meilleur des fils. Attentionné, affectueux, sérieux, travailleur, bon vivant, heureux de vivre. Je l’ai vu plein de tendresse envers les enfants, avec des filles aussi, avec sa sœur. Et puis j’ai vu ses yeux, j’ai lu son cœur quand il m’a présenté son premier compagnon, Jean-Yves.&lt;br /&gt;Je me suis dit alors : « J’ai peut-être raté quelque chose, mais l’ensemble est plutôt réussi ! ».&lt;br /&gt;Il m’a fallu des années, madame, des années ! Et quand je commençais à mieux accepter et à m’habituer, il nous a présenté Suzy… Et il nous a offert trois merveilleux petits enfants… Alors…&lt;br /&gt;- Et vous n’êtes pas plus choquée que ça d’apprendre que votre fils trompait son épouse en faisant perdurer des pratiques qui n’avaient plus lieu d’être ?&lt;br /&gt;- Je n’apprends rien du tout. Je savais. Je l’ai toujours su. Il n’a jamais trompé sa femme.&lt;br /&gt;- Il vous le disait, et vous le croyiez ?&lt;br /&gt;- Non ! Suzy m’en parlait !&lt;br /&gt;Il m’a fait le plus merveilleux des cadeaux en me donnant une nouvelle fille. J’ai aimé Suzy comme mon troisième enfant. Et elle me le rendait au centuple. Elle me confiait toutes, vous entendez, toutes ses difficultés. Qui n’étaient pas celles que vous dites. Pour ça, Suzy acceptait, oui, elle n’était pas résignée, elle acceptait cet état de fait. Elle me disait : « Al, ne serait plus Al, s’il ne pouvait plus se confronter à l’amour des autres hommes. Or, j’aime Al. Alors j’accepte ce qui fait partie de lui-même… » Et, en riant elle ajoutait toujours : « Je crois que je serais beaucoup moins tolérante, s’il s’agissait d’une autre femme ! ».&lt;br /&gt;- Elle a pourtant choisi de le quitter !&lt;br /&gt;- Mais pas à cause de ses aventures ! Parce qu’elle ne le reconnaissait plus depuis qu’il avait créé sa Société. Elle a beaucoup souffert de l’attendre, de l’attendre continuellement.&lt;br /&gt;Et puis, la vie est si étrange ! On ne commande pas son cœur. Elle a aimé un autre homme. Et elle a été heureuse, très heureuse de nouveau…&lt;br /&gt;Je suis reconnaissante envers mon fils d’avoir su se montrer digne et respectueux de sa femme dans ces circonstances !&lt;br /&gt;- Je dois le reconnaître, madame. L’affection et le respect que vous manifestez envers votre fils me touche, et me parle beaucoup.&lt;br /&gt;Mais malheureusement dans ce que vous dites, rien ne vient étayer le fait qu’il soit pour rien dans le drame qui nous occupe aujourd’hui !&lt;br /&gt;- S’il avait fait quoi que ce soit, je le saurais !&lt;br /&gt;- Comment auriez-vous pu le savoir ?&lt;br /&gt;- J’aime… J’aimais Suzy comme ma propre fille, je vous l’ai dit. Albert le sait très bien. Il n’aurait jamais pu me regarder dans les yeux et m’embrasser ce soir là, s’il lui avait fait le moindre mal !&lt;br /&gt;- …&lt;br /&gt;- Et au contraire ! Nous n’avons parlé que d’elle. Il m’a appris son cancer du sein. Ses doutes et son inquiétude…&lt;br /&gt;Suzy m’avait téléphoné pour me dire qu’elle viendrait le samedi suivant avec Nicolas. J’ai compris ce soir là que c’était pour me parler de sa maladie. Albert était inquiet, madame la juge. Inquiet. Pas coupable !&lt;br /&gt;- Vous étiez au courant au sujet du cancer ??!&lt;br /&gt;- Je viens de vous le dire, oui. Albert m’en a parlé ce mardi soir. Suzy ne m’avait rien dit au téléphone. J’avais bien senti qu’il y avait quelque chose. Mais quoi ? Je lui faisais assez confiance pour attendre la fin de la semaine.&lt;br /&gt;J’avais juste pensé qu’elle allait peut-être m’annoncer que Nicolas et elle attendaient un enfant. Ils en avaient tellement envie ! Et moi donc… Un nouveau petit fils !&lt;br /&gt;- Mais vous n’auriez pas été sa grand-mère !&lt;br /&gt;- Il aurait été mon petit fils !&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le capitaine et Jason font un rapide point sur le dossier avant que le commissaire n’aille rencontrer la juge. Ils doivent parler de la toute dernière enquête, une lamentable histoire de tentative de braquage d’un bureau de poste par des mômes à peine majeurs. Ils se sont fait prendre la main dans le sac, sans la moindre résistance. Le bureau était surveillé depuis plusieurs jours, des allées et venues suspectes ayant été remarquées par le personnel !&lt;br /&gt;Mais le commissaire ne doute pas que la magistrate va le questionner sur les derniers éléments de l’affaire Bergonses. Comme à chaque fois qu’ils se rencontrent. C’est vraiment la patate chaude du moment. Chacun voudrait bien s’en débarrasser et la refiler au copain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p align="justify"&gt;- Attends… Tu dis pas de nouvelles ? Pas de nouvelles du tout ? Ce type ne s’est pas évanoui dans la nature quand même !&lt;br /&gt;- Quand nous avons commencé les investigations à propos de la jeune Lasvalès, j’ai naturellement voulu rencontrer ce monsieur Lebofranc. Tu te souviens, elle avait déclaré à Justin qu’ils s’étaient séparés d’un commun accord, en restant les meilleurs amis du monde. Il était soi-disant parti en Provence, dans l’une de ses maisons secondaires.&lt;br /&gt;- Oui, oui, je me souviens.&lt;br /&gt;- Rien ne pouvait laisser supposer qu’il touche de près ou de loin à notre affaire, mais je voulais mieux cerner la personnalité de cette Lasvalès !&lt;br /&gt;- Quand se sont-ils séparés dis-tu ?&lt;br /&gt;- Il semblerait qu’il n’y a qu’une dizaine de jours ! Aussitôt après elle serait allé reprendre contact avec Vanneaux à Nantes. C’est ce qui m’intrigue assez. Il semble qu’elle ait des décisions rapides, la demoiselle !&lt;br /&gt;- Bon, alors, ce type, il a quand même une vie sociale ! Il ne passe pas sa vie sous les couettes des jeunes filles en fleur !&lt;br /&gt;- Ben, ce n’est pas si évident. Ce monsieur n’a pas vraiment d’activité régulière. Il vit de ses rentes en quelque sorte. A part quelques conseils d’administration de temps en temps… Il ne s’occupe même pas vraiment de son patrimoine. Il a un chargé d’affaire qui s’occupe de tout. Je l’ai vu, celui-là. Il n’a aucune nouvelle de son patron depuis deux semaines. Mais il ne s’en étonne pas. Ce n’est pas la première fois !&lt;br /&gt;- Mais bon sang, il a bien des coordonnées pour le joindre en cas d’urgence !&lt;br /&gt;- Un portable, qui ne répond pas. Sinon, en général il sait à peu près où il se trouve, et là il le croyait effectivement en Provence.&lt;br /&gt;- Là-bas, pas de nouvelles non plus ?&lt;br /&gt;- Le gardien que j’ai eu au téléphone n’a pas davantage vu son patron. Il y a une quinzaine de jours, celui-ci lui a demandé de préparer la maison, il comptait y venir. Depuis, plus rien.&lt;br /&gt;- Et ce gugusse ne s’inquiète pas plus que ça ?&lt;br /&gt;- Lebofranc a l’air assez fantaisiste. Et il n’a pas qu’une résidence secondaire ! Pas à plaindre le malheureux ! Bref, le gardien a pensé qu’il avait changé d’avis et était ailleurs.&lt;br /&gt;- Pas à plaindre, pas à plaindre ! Passablement intrigante cette disparition quand même ! Coup de tête, fuite, ou … ?&lt;br /&gt;Redoublez la surveillance de cette minette ! Je la sens pas trop ! Et allez-y franco. On verra bien comment elle va réagir en se voyant surveillée. Prudence quand même, hein ! On ne sait jamais…&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voila. Une fois les affaires courantes expédiées, comme prévu la mère Filipoint remet sur la table l’affaire qui les obsède tous plus ou moins. Lorsqu’il était arrivé, elle l’avait d’ailleurs prévenu : « Ah, Jason, rappelez-moi avant de partir que je dois vous parler de madame Bergonses mère. ». Ils y étaient. Comme de bien entendu, le commissaire n’a pas eu à rappeler quoi que ce soit. La magistrate a une mémoire d’éléphant. Ou de mule corse. Au choix…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p align="justify"&gt;- Et bien entendu, je voulais vous parler de « notre » affaire. J’espère que vous avancez, Jason, car pour ma part, je commence à en avoir par-dessus la tête !&lt;br /&gt;- Les officiels qui ne vous lâchent pas ?&lt;br /&gt;- Oh, eux ! Vous savez parfaitement ce que j’en pense. Le Préfet saute comme un cabri, le Procureur trouve chaque jour mille prétextes pour entrer dans mon bureau et me demander des nouvelles. Mais vous vous en doutez, Jason. Comme disent nos clients, « Je m’en tape ! ».&lt;br /&gt;Non, c’est plus grave ! Je vieillis, Jason, et je vieillis mal ! Il va falloir que je pense très sérieusement à la retraite !&lt;br /&gt;- Madame la juge !&lt;br /&gt;- Je suis parfaitement lucide mon cher, parfaitement ! Tenez, ce nouveau témoin sorti d’un chapeau, la Jeune Lasvalès… Vous vous rendez compte que je n’avais pas fait le rapprochement avec son père !&lt;br /&gt;- Mais personne ne l’a fait, madame Filipoint ! Moi en premier ! Et je ne vois pas ce que vous trouvez d’extraordinaire à ça ! Il n’y a pas qu’un âne qui s’appelle Martin comme on dit !&lt;br /&gt;- Mais ce n’est pas si vieux que ça, et c’est moi qui avais représenté ce tribunal à la cérémonie d’hommage faite aux Invalides. Et vous le savez bien, vous en plaisantez assez : je me souviens toujours des noms et des dates, même des années après ! Enfin… Je me souvenais…&lt;br /&gt;- Tsss, tsss ! Madame Filipoint a une crise de blues ! Faut que je fasse une croix sur la cheminée de mon salon…&lt;br /&gt;- Vous pouvez plaisanter ! Et ce Bergonses… Une être pervers et abject, orgueilleux et prétentieux. Hé bien figurez-vous que par moment je finis par lui trouver des aspects sympathiques !&lt;br /&gt;Bon, ce n’est pas la première fois qu’un prévenu se révèle attachant. Et j’ai toujours su raison garder. On me le reproche bien assez ! Mais là, c’est autre chose. Le sentiment de m’être planté. Pour la première fois de devoir douter de mon sixième sens !&lt;br /&gt;- Vous ne devriez plus lire sa correspondance ! J’ai l’impression qu’il vous manipule allègrement !&lt;br /&gt;- Me manipuler, moi ! Jason ! J’ai dit que j’avais pris un coup de vieux ! Pas que je devenais sénile ! Non, non… Il y a des accents de sincérité dans son attitude et ses comportements sonnent juste. Et cette confiance absolue qu’il affiche à propos de la découverte de la vérité. et sa mère…&lt;br /&gt;- Oui ? Vous vouliez me parler d’elle ?&lt;br /&gt;- C’est une femme remarquable. Très forte personnalité. Intelligente et cultivée. Et de tout son être émane une confiance absolue en l’innocence de son fils. Très troublant !&lt;br /&gt;- C’est une mère !&lt;br /&gt;- C’est bien au-delà de cette évidence ! Mais ce dont je voulais vous parler, c’est d’un fait découvert au hasard de la discussion et qui me semble avoir quelque importance.&lt;br /&gt;- Je vous écoute ?&lt;br /&gt;- Elle est au courant du cancer de sa belle fille. Son fils lui en a parlé ce fameux soir. Elle affirme même qu’ils n’ont parlé que de ça, de son inquiétude, et c’est pour elle la preuve absolue qu’il ne peut lui avoir fait du mal.&lt;br /&gt;Jusqu’ici, nous pensions que personne n’était au courant de la maladie, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;- En effet, c’est très troublant. Ça aurait pu être un alibi pour Bergonses, si nous l’avions su dès le premier jour. Mais là… Cette femme peut l’avoir appris après, et monter toute une stratégie !&lt;br /&gt;- Je ne le pense pas. Mais laissons venir. Du côté de la jeune Lasvalès, où vous en êtes ?&lt;br /&gt;- Comme vous le savez, nous l’avons mise sous surveillance. Son téléphone et son portable sont sur écoute. Mais elle n’est pas née de la dernière pluie, et rien ne bouge. C’est à côté que nous relevons des choses troublantes…&lt;br /&gt;- A côté ? Que voulez-vous dire ? Allez, je vous écoute ?&lt;br /&gt;- Henri continue l’enquête de voisinage et a voulu entendre celui qui a été son compagnon ces deux dernières années. Un certain monsieur Lebofranc.&lt;br /&gt;- Ah, oui, le riche qui n’a pas été choisi parce qu’il était riche mais pour… disons… sa vivacité d’esprit, c’est bien ça ?&lt;br /&gt;- Si vous voulez… Hé bien ce monsieur a disparu. Envolé dans la nature !&lt;br /&gt;- Ah ?...&lt;br /&gt;- Totalement… Et des témoins qui disparaissent ainsi dans une enquête… Vous et moi savons qu’alors tout redevient possible. Responsabilité dans l’affaire ? Fuite ? Complicité ? Je ne vois pas encore trop le lien, mais comme il semble bien que la jeune Lasvalès ait un alibi béton… Cela mérite de regarder le cas de ce monsieur de plus près.&lt;br /&gt;- Son alibi à elle est donc vérifié ?&lt;br /&gt;- Absolument ! Tenez, je vous apporte la lettre du responsable de l’association caritative. Nous venons de la recevoir. Il confirme catégoriquement sa rencontre avec Annie Lasvalès ce jour… le jour….&lt;br /&gt;- Le jour en question ?&lt;br /&gt;- Nom de Dieu !!!&lt;br /&gt;- Quoi ! Qu’y a-t-il ?&lt;br /&gt;- La date !&lt;br /&gt;- Hé bien ?&lt;br /&gt;- La date ! Je n’y avais pas prêté attention ! Il dit avoir rencontré Annie Lasvalès de façon impromptue le mardi 18 Août !&lt;br /&gt;- Hé bien oui, le mardi ?&lt;br /&gt;- Mais le 18 Août c’est le lundi ! La veille ! Nom de Dieu !&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout deux restent silencieux quelques secondes pour mesurer toutes les conséquences de cette découverte. Y a-t-il erreur de date ? Dans quel sens ? Est-ce le lundi ou la mardi qu’a eu lieu cette rencontre ? Un seau d’eau froide vient de leur tomber sur les épaules. Nom de Dieu !&lt;br /&gt;Le brave greffier toujours aussi introverti, gauche et maladroit, pense que ce silence lui offre la possibilité de glisser un message :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Excusez-moi commissaire…&lt;br /&gt;- Oui ? Je vous écoute Leclerc ?&lt;br /&gt;- Le capitaine a téléphoné il y a quelques minutes… Je n’ai pas voulu vous déranger… Il demande que vous le rappeliez le plus vite possible.&lt;br /&gt;- Mais vous auriez dû me le passer ! Je l’appelle !&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jason, quelque peu surexcité se lève pour aller décrocher le téléphone du greffier. Il compose le numéro de son adjoint. Il faut que celui-ci vérifie au plus tôt cette histoire de date ! Ça pourrait tout changer.&lt;br /&gt;Son échange au début est bref et sec. Puis il se prolonge. Il répond par mono syllabes. Très vite il tire une chaise pour s’asseoir, le dos de plus en plus courbé comme s’il recevait des coups de bâtons. La juge ne perçoit que des bribes de la conversation. « Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? », « Nom de Dieu ! », « Il faut tout de suite joindre… », « Quoi ? Lui aussi ? », « Où ça ?... », « Tu sais exactement ?... », « Elle t’a dit vers quelle heure ?... », « Envoie toutes les équipes dispo, j’arrive.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;- Alors, que se passe-t-il ?&lt;/blockquote&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La juge connaît trop bien le commissaire. Pour qu’il perde son flegme de cette façon, il faut que les choses soient sérieuses. Mais elle veut savoir avant qu’il ne s’échappe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;- En deux mots, parce que là, je fonce sur le terrain ! La jeune Lasvalès a trouvé le moyen de semer son ange gardien. Elle l’avait entraîné dans les grands magasins. Elle a passé un coup de fil d’une cabine, et puis après avoir chiné quelques instants dans les rayons, elle est entrée dans les salons d’essayage avec des vêtements et… plus personne ! Ridicule ! Bernés comme des apprentis ! Ils étaient trop en confiance ! Bref. Je demande donc à Henri de joindre aussitôt Vanneaux. Histoire de voir. Mais en attendant que je le rappelle, il l’avait déjà fait. Et là, il apprend qu’après avoir reçu un coup de fil de cette fille, il est sorti sans un mot. Sa belle-sœur a juste entendu qu’il devait se rendre d’urgence à Evry. Des histoires de preuves ?! Elle a essayé de le dissuader, lui disant qu’il était encore trop faible, mais il n’a rien voulu savoir et est parti. Cette femme est inquiète. J’y vais !&lt;br /&gt;- Mais où ? Où avez-vous dit à Henri d’envoyer les voitures ?&lt;br /&gt;- Vers la gare du Bourg, et vers celle de Courcouronnes, à l’Agora. Ils ne peuvent arriver que dans l’une de ces deux gares. Je ne sens pas trop le truc, madame la Juge. Je ne le sens pas du tout, même. J’y vais. Je vous tiens au courant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xix-le-fin-mot-de-lhistoire.html"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XIX)&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-4652531134292553083?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/4652531134292553083/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=4652531134292553083' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/4652531134292553083'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/4652531134292553083'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xviii-annie-et-nicolas.html' title='Chap XVIII Annie et Nicolas'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-1844529878061301165</id><published>2009-02-13T12:03:00.003+01:00</published><updated>2009-02-16T10:53:42.604+01:00</updated><title type='text'>Chap XVII La prison</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;17&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;La prison. Albert, un genou posé sur la tablette fixée au mur, pour pouvoir s’approcher de la minuscule fenêtre à la vitre blindée qui donne sur l’extérieur, regarde la cour. Une autre aile de la maison d’arrêt est en promenade. Trop de détenus pour qu’ils puissent sortir tous ensembles. Il y a deux services, comme à la cantine de l’école de Nadège.&lt;br /&gt;Dans son dos, il entend l’œilleton qui s’ouvre. Un gardien l’observe, en silence. C’est là le plus pénible, le plus insupportable. Quel que soit le moment, quelle que soit l’heure, ils savent qu’ils peuvent être observés. Impossible de s’isoler, de se retrouver seul face à soi-même. Même la radio, qui permet de diffuser une musique de fond si le détenu le souhaite est en réalité réversible et sert d’interphone. Les gardiens, dans leur poste de garde, peuvent donner une consigne au détenu, mais aussi écouter ce qui se passe dans l’une ou l’autre des cellules. Rien, aucune intimité. Aucune vie personnelle. Qu’il soit sur la cuvette des WC, qu’il soit allongé en train de lire un livre, que l’image lancinante de Domi le pousse à des caresses intimes, à tout instant l’œilleton peut s’entrouvrir et le regard d’un type qui reste lui, caché, d’un inconnu, d’un voyeur, peut se poser sur lui et observer la moindre de ses mimiques. Il n’y a pas un seul recoin dans cette minuscule pièce où il pourrait se replier. Insupportable.&lt;br /&gt;Le premier soir, après avoir senti plusieurs fois des regards curieux ou qu’il considérait comme tels, il avait pété les plombs et masqué l’œilleton avec le couvercle de la poubelle. Malgré les injonctions, il l’avait laissé. Les gardiens, pour des raisons de sécurité semble-t-il, n’ont pas de clef sur eux pendant le service de nuit. Le surveillant avait donc dû alerter son chef. Branle-bas de combat !&lt;br /&gt;Le lendemain matin il avait été convoqué chez le Directeur. Admonestation et menace de passer en conseil ! Comme un bambin. Comme un irresponsable. L’intervention de la juge avait très certai-nement limité les dégâts. D’autres détenus lui ont dit par la suite que, normalement, il aurait dû écoper de trois jours de gnouf. Comme un vilain loubard qu’il est !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour l’heure, il feint de ne rien entendre, et poursuit son observation. Le surveillant s’attarde. Cherche-t-il à voir s’il fait des signes, ou se complait-il à observer son arrière train mis en valeur par la position ? L’idée le fait sourire. C’est déjà ça.&lt;br /&gt;Rien que de très anodin dans ses observations. Il a le bourdon, et de voir un peu de vie lui fait du bien. Même s’il faut une bonne dose d’optimisme pour appeler « vie » cette marche en rond autour de la cour, passablement abrutissante. Au centre de la cour, quelques privilégiés (privilégiés par qui, au fait ?), jouent au volley-ball. Autour du terrain, la plupart des autres détenus marchent d’un pas soutenu, pour conserver un minimum de forme physique. En groupes, tout en discutant, certains accompagnent leur déplacement par des mouvements d’athlétisme. Les groupes se font et se défont, en fonction sans doute des discutions, mais aussi, a-t-il appris, pour noyer le poisson. Les gardiens dans leurs miradors observent les rapprochements. Il n’est pas souhaitable de se faire remarquer en parlant toujours avec les mêmes. Cela pourrait éveiller des soupçons, et l’un ou l’autre serait transféré dans une autre aile. De même, les codétenus qui partagent les cellules ne restent pas ensemble. Leur trop grande promiscuité pourrait sembler douteuse, et, c’est vrai, ils ont aussi envie de voir d’autres trombines.&lt;br /&gt;Lui, Albert, n’a pas ce problème. Il est un privilégié. Pas vraiment à l’isolement, puisqu’il peut sortir en promenade, mais seul en cellule. Compte tenu de son dossier, la direction a dû avoir peur de ce qu’il pourrait se passer si elle lui adjoignait un compagnon ! Ou la juge a donné des consignes. Allez savoir.&lt;br /&gt;Pendant la promenade, il ne tourne pas en rond. Il a rejoint ceux qui, bien en vue pour montrer qu’ils n’ont rien à cacher, s’assoient et jouent aux cartes. Il a redécouvert le tarot. Avec un certain plaisir, les habitudes de la cour de l’école d’ingénieur sont revenues. C’est aussi qu’il se sent protégé dans ce groupe. La première sortie n’avait posé aucun problème. Mais dès la seconde, il avait nettement ressenti l’animosité de ses codétenus. Œil noir, parfois même haineux. Bousculades visiblement volontaires. Personne ne lui parlait. Il ne comprenait pas. En moment donné, la tension était devenue particulièrement forte. Il était prêt à en venir aux mains. Cela lui semblait inévitable. Et puis un grand mec sec, bien bâti mais sans plus, est intervenu. « Il est avec moi ». Et l’a invité à venir jouer aux cartes. Les autres n’ont plus bronché. Il y a bien encore de temps en temps des regards chargés de menace. Mais plus aucun geste déplacé.&lt;br /&gt;Il a remercié son sauveur, tout en éprouvant le besoin d’affirmer qu’il était prêt à faire face à tous ces abrutis. L’autre a souri.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je n’en doute pas. Tu ne me sembles pas être le genre de mec qui se laisse marcher sur les pieds. Mais crois-moi. Ils t’auraient pourri la vie.&lt;br /&gt;- Mais je ne leur ai rien fait ! Qu’ont-ils à me reprocher ?&lt;br /&gt;- Cherche pas à comprendre. Classique. Pour se faire bien voir, quelque gardien a dû distiller aux caïds des informations sur ton dossier. Et ce qu’on te reproche ne plaît pas beaucoup aux droits communs ! Ils sont très attachés aux « valeurs morales » !&lt;br /&gt;- Mais je suis innocent des accusations dont je fais l’objet !&lt;br /&gt;- Mort de rire ! Ces mecs, ils ne sont pas juges ! Mais toucher à une femme et avoir des mœurs spéciales…&lt;br /&gt;- On dit ça de moi ??&lt;br /&gt;- Ne t’affole pas. Avec le temps, ça va leur passer. Ils vont t’observer. Reste sûr de toi, paisible, surtout pas agressif ni hautain. Et un autre nouveau occupera très vite leur attention.&lt;br /&gt;- Et pourquoi, toi, tu ne réagis pas comme eux, puisqu’apparemment les nouvelles sont aussi venues jusqu’à toi ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe, puisque c’est ainsi qu’il se prénomme, sourit d’un air mystérieux. Un court silence, le temps de distribuer un tour de cartes, et il donne l’explication du mystère :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je ne suis pas, nous ne sommes pas tous les quatre, des « droits communs ». Nous, nous sommes ce qu’ils appellent des « pointeurs ».&lt;br /&gt;- Traduis ?&lt;br /&gt;- Accusés de viol. C’est un peu à part dans la hiérarchie de la prison. Les femmes sont toutes bonnes à baiser pour eux… Donc, d’une certaine façon un violeur est un innocent à leurs yeux. Le genre de truc qui pourrait leur arriver à eux. Et par là, nous avons prouvé que nous avons des couilles et que nous savons nous en servir !&lt;br /&gt;- … … Excuse-moi ! Je ne suis pas sûr de partager cet avis. Aller contre la volonté d’une femme me choque énormément !&lt;br /&gt;- Qui te dit que je pense le contraire ? Je te parle de leur raisonnement à eux !&lt;br /&gt;- Et à cause de ça ils vous foutent la paix ?&lt;br /&gt;- Oh… J’ai quand même dû faire ma petite place ! Je suis entre autre moniteur de Karaté à l’extérieur. Une seule explication a suffit.&lt;br /&gt;- … … Et ce que la justice te reproche est vrai ?&lt;br /&gt;- Tu seras surpris si je te dis non ? Ici, tous ceux à qui tu poseras cette question te répondront NON ! Il n’y a que des innocents en maison d’arrêt, c’est bien connu !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Maintenant, tu me croiras si tu veux ou non, ça m’est égal, vraiment non… Je n’ai violé personne. C’est une touze qui a mal tourné. Connement.&lt;br /&gt;- Mais la fille vous accuse, ou non ?&lt;br /&gt;- Ben, pourquoi je serais là, sinon, hein ? Mais je précise, j’étais seul. Eux, c’est pour une affaire différente.&lt;br /&gt;- Et pourquoi ment-elle cette nana ?&lt;br /&gt;- C’est pas vrai ! Nous avons le même âge à peu près, mais tu es candide, candide !&lt;br /&gt;- J’ai besoin de comprendre, simplement !&lt;br /&gt;- Bon, Ok…&lt;br /&gt;La fille était mineure, et je ne le savais pas. A voir son tour de poitrine, je te jure qu’on pouvait pas se douter ! Dans une soirée, elle m’a chauffé un max, et ça s’est terminé sur la pelouse près des voitures. Soudain, nous avons été surpris dans les phares d’une bagnole qui arrivait.&lt;br /&gt;C’était son père qui la cherchait partout ! Et bien sûr elle a dit que je l’avais forcée ! Histoire de se blanchir…&lt;br /&gt;- C’était facile de prouver le contraire, non ?&lt;br /&gt;- Ben… Faut croire que non ! Surtout quand le père est un député de la majorité ! Et ça, je ne le savais pas non plus !&lt;br /&gt;- Putain…&lt;br /&gt;- Elle, ou moi ?&lt;br /&gt;- Con…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ils sont devenus amis. Enfin. Pour autant qu’on puisse l’être en prison. Philippe est chaleureux, mutin, il plaisante facilement. Dans le « civil » il est marié, patron d’une petite auto école, et accessoirement moniteur au club sportif de la ville. Tout son entourage multiplie les témoignages favorables. Même sa femme, qui a affirmé aux policiers qu’il n’avait jamais exercé la moindre violence sur elle. En vain.&lt;br /&gt;Putain de France.&lt;br /&gt;Ils se moquent de ce que peuvent penser les gardiens. A chaque promenade, ils se retrouvent tous les cinq dans le même coin pour des parties de tarot joyeuses et ludiques. Pas d’argent en jeu. Juste le plaisir. Le perdant de la partie est condamné à offrir un paquet de clopes aux quatre autres : Ils fument comme des pompiers. Albert, pendant ces quelques jours, n’a pas encore perdu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La prison… Les séances de jogging dans le bois de Saint Eutrope, le malaise qu’il éprouvait lorsqu’ils approchaient de la masse lugubre de la prison, ressurgissent soudain. Etait-ce de la prémonition ? Pourquoi, alors qu’il n’avait rien à se reprocher, subissait-il cette phobie ? Il le disait : priver un individu, quel qu’il soit, de liberté, des libertés élémentaires est intolérable. Inadmissible. Mœurs de primates primaires !&lt;br /&gt;Aujourd’hui, il le voit bien. Il y a ceux qui disent : « Mieux vaut des innocents en prison qu’un coupable en liberté » ; ceux qui affirment : « les innocents ne sont que des coupables qui n’ont pas encore été démasqués » ; et très peu, trop peu qui osent affirmer : « Rien ne justifie une erreur judicaire. Le doute doit toujours bénéficier à l’accusé » !&lt;br /&gt;Non, simplement, comme toujours. Il y a ceux qui sont du côté du manche, et ceux qui se trouvent toujours… Sous la cognée !&lt;br /&gt;Cette dernière pensée le fait brutalement rougir. « Hypocrite. Sale hypocrite ! Tu as toujours été, jusqu’à présent, du côté du manche. Reconnais-le. Tu ne verras plus les choses de la même façon maintenant. Reconnais-le aussi. Quoi qu’il arrive dans les jours à venir, cette expérience te sera salutaire. Peut-être seras-tu un peu plus humble. Un peu plus modeste ! Un peu plus solidaire avec les mal lotis. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Albert est assis à la table, tournant le dos à la porte et à l’œilleton. Il n’a pas le choix. Tous les meubles sont fixés au mur ou au sol. Ou il est couché, face à la porte, ou il est assis à la table, dos à l’œil espion.&lt;br /&gt;Il vient de terminer une lettre aux enfants. Avec une nouvelle histoire. « Les Jumeaux des Pinèdes se rebiffent ». Il essaye d’insuffler à sa progéniture à la fois l’acceptation du sort qui lui est, qui leur est réservé, et la conviction qu’il est normal et humain de se révolter face aux injustices. Respecter la loi tout en condamnant ses dérives. Il marche sur des œufs, là. Mais il n’est pas mécontent du résultat.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;« Cigalon, Cigala,&lt;br /&gt;Si méchant tu as été, là ou là&lt;br /&gt;Ne dis pas que tu ne savais pas,&lt;br /&gt;Cigala, Cigalon,&lt;br /&gt;Du mal que tu as fait sans raison,&lt;br /&gt;Toi aussi tu souffriras jusqu’au pardon ! »…&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Et,&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;« Cigalon, Cigala,&lt;br /&gt;Si injuste, ton injustice est prouvée, là&lt;br /&gt;Ne dis pas que tu ne voulais pas,&lt;br /&gt;Cigala, Cigalon,&lt;br /&gt;Vite, vite, demande pardon,&lt;br /&gt;Ou toutes nos foudres nous t’enverrons ! »&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;L’intrigue a été plutôt laborieuse à élaborer. Il ne fallait surtout pas faire un parallèle évident avec l’affaire en cours. Il pense avoir trouvé le bon équilibre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant, encore une fois, il passe en revue tous les événements de cette effroyable journée. Ce n’est pas possible. Il doit bien y avoir une explication quelque part ! Quelque chose lui échappe ! Il reste persuadé qu’il devrait pouvoir trouver, seul, l’explication. Ici, enfermé dans cette cellule de moins de neuf mètres carrés.&lt;br /&gt;Réfléchir… Il doit vider son esprit pour mieux réfléchir… Mais il bute toujours sur les mêmes murs.&lt;br /&gt;Suzy était chez elle. Alors qu’elle avait dit à Nico qu’elle comptait sortir ce jour là. Elle a donc reçu de façon impromptue quelqu’un qu’elle connaissait d’une manière ou d’une autre. Maître Serino lui a parlé de son visage qui exprimait la surprise. Qui pouvait-elle recevoir ? Aucun de leurs familiers n’était dans les parages. Nicolas à Nantes, Olivier à son travail, Aline à son stage d’orchestre, Thomas au centre de loisirs, Dominique à Mimizan, Jean-Yves dans un TGV.&lt;br /&gt;Et ce cancer… Ce putain de cancer ! Personne n’était encore au courant. Et Suzy ? Pourquoi Suzy qui n’était que générosité ? Pourquoi cette haine ? Car il en est sûr. Il y a de la haine dans cet acte. Une haine effroyable !&lt;br /&gt;Las de buter continuellement sur des obstacles, son esprit essaye de prendre une autre direction. Et lui, Al, qu’a-t-il fait exactement cette après-midi là ? Il n’y a donc personne qui puisse témoigner qu’il était bien à Paris ? Sur les Champs puis dans ses bureaux ? Personne, il n’avait vu personne !&lt;br /&gt;Pour la énième fois il repense à cet ex, rencontré quelques instants quand il sortait du Georges V. Si au moins il avait ses coordonnées ! Mais il avait viré tous les numéros de portables de ses rencontres occasionnelles lorsque la relation avec Dominique s’était installée dans la durée. Il n’est même plus certain du prénom de ce mec. Christian ? Jean-Christophe ? non, celui-là il ne l’avait jamais revu à son grand regret… Benoît ? Non, c’était un mou… Patrick ? Oui peut-être bien Patrick… Mais comment le retrouver ? Et obtenir qu’il témoigne ? Ah !… S’il avait accepté les galipettes ! S’il l’avait suivi au Sun, comme le gars le lui proposait, pour jouer quelques instants dans une cabine du sauna ! Là, il y en aurait eu des témoins !&lt;br /&gt;Non, il ne regrette rien. Dominique… Dominique ! Combien il lui manque ! Ses doigts cherchent inconsciemment la douceur d’une peau, le frémissement sensuel d’un muscle. Instinctivement, sa main gauche effleure sous la chemise les rondeurs de son épaule droite. Là où un coin glabre de sa peau lui évoque un peu, un tout petit peu, le satiné du corps de celui qu’il aime. Celui qu’il aime ! Il a envie de le crier à la cantonade. Dominique ! Je t’aime ! Je t’aime !&lt;br /&gt;Epuisé, brutalement et douloureusement brisé de partout, Al se laisse tomber sur la banquette. Il n’a même pas le courage de se mettre en pyjama. Son esprit vagabondant entre d’improbables hypothèses, il s’endort. D’un coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un drôle de bruit le réveille. Il s’est endormi avec la lumière. Il regarde sa montre, ce n’est pas encore l’heure du couvre-feu. Ce bruit étrange… On dirait une souris qui grignote ? Une souris ? Non, pas ici ! Quelqu’un gratte la paroi. Il se retourne. Et voit la mince tige, une sorte de paille, qui entre et sort du mur. Son voisin de cellule lui fait signe par le trou de la cloison.&lt;br /&gt;Ce sont des orifices bien nets, bien réguliers, d’un peu moins de deux centimètres de diamètre réservés dans les lourdes plaques de béton armé pendant leur fabrication. Lors de la construction de l’édifice, ils permettaient d’y glisser de solides barres d’acier afin que la grue soulève les énormes murs préfabriqués et ainsi les mette en place. Pendant la finition ils ont bien entendu été bouchés, mais les détenus n’ont pas tardé à repérer ces fragilités qu’ils se sont empressés de rouvrir. Au début, l’administration a essayé de l’empêcher, en multipliant les sanctions. Mais les « holes » étaient sans cesse repercés. La direction a abandonné la lutte. A moins qu’elle ne se soit rendu compte qu’il y avait plus d’avantages que d’inconvénients à permettre un minimum de communication entre voisins de cellules. Que pouvaient-ils se passer par un si petit orifice ? Des cigarettes, des bombons, des timbres, une petite note écrite… Un regard, quelques paroles, l’un des prisonniers ayant l’oreille collée au mur et l’autre soufflant ses confidences dans le long tuyau. En contrepartie, la tension était moindre.&lt;br /&gt;Albert attrape la paille et approche son œil. Son voisin colle sa bouche à l’ouverture, et Al se met donc en position d’écouter. Un étonnant dialogue s’engage :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Salut. Tu fais quoi, là ? Tu lis ?&lt;br /&gt;- Non. Rien. Je dormais…&lt;br /&gt;- Faut pas. Sinon tu vas te réveiller dans la nuit, et là, seul, c’est l’horreur…&lt;br /&gt;- Je dors bien, t’inquiète ! Et toi, tu fais quoi ?&lt;br /&gt;- Devine… Je me paluche…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Al est surpris. Il ressent un profond malaise. Tout son être crie « Danger ! Danger ! ». Il voit bien qui est son voisin. Un rebeu de la trentaine, grand, puissamment musclé, au visage dur et sombre. Le plus souvent, il tourne en promenade avec ceux qui dans les premiers jours lui ont cherché des noises. C’est vrai. Celui-ci n’a jamais eu le moindre geste déplacé. Mais il est paraît-il très violent. C’est pour cela qu’il est seul en cellule. Albert répond donc sur un ton pour le moins réservé :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- C’est humain… Si ça te fait du bien !&lt;br /&gt;- Tu veux voir ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Le silence qui suit laisse à penser qu’il n’a pas attendu la réponse. Al plaque son œil à l’orifice, et dans l’étroit champ de vision il peut observer son voisin qui s’est éloigné de la cloison pour être vu, et qui, appuyé à l’autre mur, le short baissé, d’une main soulève son tee-shirt et de l’autre baisse au maximum une tige fièrement dressée qui, lorsqu’il la lâche vient violemment se plaquer sur des abdominaux impressionnants… Al le voit revenir vers lui, et tend son oreille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ça te plait ?&lt;br /&gt;- Tu es plutôt beau mec…&lt;br /&gt;- Ça te plaît ou non ?&lt;br /&gt;- Ce n’est pas désagréable à regarder…&lt;br /&gt;- Tu veux me voir cracher ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nouveau silence. Albert se remet en position d’observation, presque malgré lui. Contre sa volonté également cette violente érection qui l’oblige à se mettre plus à l’aise ! Le garçon a repris sa position appuyé à l’autre mur. Il a relevé son tee-shirt par-dessus sa tête, le short doit être aux chevilles. Sa main gauche caresse ses pectoraux et ses abdominaux pendant que la droite astique lentement la tige à son comble. De temps en temps il lâche le braquemart frémissant et sa main remonte vers la tête. Al ne voit pas le haut, mais il comprend que le gars crache dans sa paume. Le mouvement tournant qu’il produit ensuite sur son gland ne laisse pas de doute ! Sensuellement, le mec fait durer. Sans doute amoureux de son corps. Sans aucun doute exhibitionniste. Peut-être avec des sentiments troubles : il sait parfaitement que son voisin spectateur aime les hommes. Et pourtant, Al n’a aucun doute. S’il rencontrait ce garçon dans le « civil », et s’il se risquait au moindre geste déplacé, il se retrouverait immédiatement avec une tête au carré !&lt;br /&gt;Malgré ses 1 mètres 85, il ne ferait pas le poids.&lt;br /&gt;Mais jusqu’où peut conduire la privation de toute activité sexuelle ? Albert se souvient de cet ancien détenu de longue durée, qu’il avait rencontré lors d’une conférence sur les libertés individuelles. Au sujet de son expérience d’incarcération, il avait écrit un livre, « La guillotine du sexe ». Jacques Lesage… Oui c’est ça ! Très exactement, Jacques Lesage de la Haye.&lt;br /&gt;Prise de risque pour prise de risque, Al ne perd pas une miette du spectacle, l’oreille tendue pour repérer les pas du gardien qui pourrait s’approcher de l’œilleton.&lt;br /&gt;Le moindre des muscles du garçon est violemment bandé. Par moment, sa respiration se bloque, son estomac se creuse, faisant ressortir encore plus une plaquette de chocolat insupportablement excitante. Soudain, il abandonne le massage de son téton droit, il plaque ses deux mains sur son membre congestionnée, le place en position presque qu’horizontale, comme s’il visait avec une arme le trou dans la cloison. Quelques mouvements de plus en plus lents, quelques saccades incontrôlées du bassin, et Al voit jaillir violemment plusieurs jets d’une semence qui traversent presque la pièce.&lt;br /&gt;Sans même reprendre son souffle, le garçon se précipite vers le trou de communication.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Alors ? Tu as joui toi aussi ?&lt;br /&gt;- Désolé, non… Tu es très excitant, mais ça, je le réserve pour quand je pense à mon ami. Pardonne-moi !&lt;br /&gt;- C’est toi qui vois… Moi, ça m’a super excité ! Plus que quand je me paluche tout seul !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Hé !!&lt;br /&gt;- Quoi ?&lt;br /&gt;- Je suis pote avec le détenu qui distribue la bouffe. Il m’a dit les menus !&lt;br /&gt;- Et alors ?&lt;br /&gt;- Demain soir, il y a des raviolis !&lt;br /&gt;- Ah ? Tu aimes ça ?&lt;br /&gt;- Putain, tu connais rien ! Les raviolis, c’est sensas pour prendre son pied !&lt;br /&gt;- Quoi ??&lt;br /&gt;- Ben, tu remplis un gant de toilette avec les raviolis, tu attends qu’ils soient tièdes, et tu rentres ta queue dans le gant pour te branler ! C’est trop !&lt;br /&gt;- Quoi ?? Tu te fous de moi !&lt;br /&gt;- Putain non ! Tous les détenus savent ça ! Ça fait exactement comme une chtouille de meuf ! Les mêmes sensations ! Putain c’est super… Vivement demain !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Albert reste sans voix. A ce point. Descendre à ce point ! Ignoble prison ! Une boule gonfle dans sa poitrine. Il a envie de vomir. Il a totalement débandé. Ce n’est pas ce soir qu’il pourra fantasmer sur son amoureux ! Bordel infâme. Monde dit civilisé. Donneurs de leçons de morale. Laquelle ? Justice. Quelle justice ?&lt;br /&gt;Brusquement la musique d’ambiance cesse. C’est l’heure de l’extinction des lumières. Albert enfile rapidement son pyjama, et se couche en chien de fusil, appelant désespérément le sommeil. Des raviolis… Putain de merde… Demain soir il ne pourra pas manger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son repas bâclé en quelques minutes, Albert s’est ré allongé sur ce qui lui sert de lit. Il feuillette un livre. De la science fiction. C’est tout ce qu’il a réussit à trouver, qu’il n’avait pas encore lu, dans la malheureuse pile proposée par le bibliothécaire sur un chariot semblable à ceux de la cantine. Albert n’a pas vraiment le cœur à lire. Avant la promenade du matin, il a trouvé le temps d’écrire à Dominique, par la voie officielle. Une lettre qu’il voulait intense, mais qu’il n’a pu rédiger qu’en toute retenue. Il y a tellement de gens qui vont la lire, avant son amant ! Il aurait voulu parler de l’expérience surprenante de la veille au soir. Hors de question. Bien sûr. Tout au plus, en évoquant des « discussions », y a-t-il fait une courte allusion : « Je découvre chaque jour combien ici la sexualité est ramenée dans le plus sordide. Dans le plus triste. Désolation effroyable de ce que je peux appeler de la misère sexuelle ! » . Très vite cependant, il a redressé la barre, et fait vibrer les violons en pensant à la juge en train de lire. « Mais ce n’est pas de sexe dont je veux te parler. J’ai soif de toi, de ta tendresse, de ta douceur, de tes attentions. Je voudrais sentir ta tête, là, au creux de mon épaule, à sa place, tendrement abandonnée pendant que nous lisons tous les deux dans notre canapé. Interrompre de temps en temps ma lecture pour poser mes lèvres sur ton front et sentir ton abandon confiant et complice. Ou je voudrais préparer de petits plats et faire une jolie table pour que, chaque soir comme un jour de fête, nous puissions dîner en tête à tête en échangeant les nouvelles de la journée, en nous racontant la dernière de Nadège ou des jumeaux. Je voudrais… Mais cela n’est plus, ne sera plus… Je suis devenu un paria, qui doit supplier pour obtenir le droit de se doucher ou un tout petit peu de cire pour pouvoir conserver propre ces quelques mètres carrés qu’il piétine à longueur de journée ! Je divague. Je voudrais te parler d’Amour, et je ne dis que ma désespérance. C’est aussi ça, la prison ! »&lt;br /&gt;Il a pu donner les deux lettres à temps, celle-ci et celle pour les enfants. Elles devraient être sur le bureau de la juge avant le soir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est surpris par la porte qui s’ouvre. D’habitude, lorsqu’on vient le chercher pour le parloir avocat ou pour descendre à l’administration, il est prévenu un peu avant par interphone : « Bergonses, parloir avocat, préparez-vous ! ». Ils n’ont pas que ça à faire, de l’attendre, ces messieurs !&lt;br /&gt;Un petit bonhomme tout timide, en uniforme de gardien, entre dans la cellule, et congédie le collègue qui lui a ouvert la porte en murmurant « vas-y, ferme, je te ferai signe par l’interphone dans un moment… »&lt;br /&gt;Bergonses s’est assis sur le lit et regarde l’intrus avec un air surpris et méfiant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Oui ?... …&lt;br /&gt;- Bonjour… Excusez-moi de vous déranger… Je voulais vous rencontrer, et vous dire que… …&lt;br /&gt;- Mais qui êtes vous ?&lt;br /&gt;- Oh… Excusez-moi… Mon prénom est Alain, et je suis affecté à la surveillance du courrier de ce bâtiment… J’ai lu vos lettres ce matin… C’est mon boulot, excusez-moi…&lt;br /&gt;- Et vous rendez visite aux détenus, comme ça, pour tailler un petit bout de gras avec eux au sujet de leur correspondance ? Ou l’administration vous envoie, lorsque vous signalez que l’auteur a un petit coup de déprime ??&lt;br /&gt;- Oh… Non… Non… L’administration ne sait rien ! Surtout pas ! Le gardien est un copain de ma promo à l’école. Il aurait des ennuis si son chef savait !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Albert ne comprend rien. Il regarde le malheureux qui piétine, les jambes serrées, tordant ses genoux comme un bachelier devant un jury d’examen. De temps en temps, le jeune gardien qui est resté appuyé à la porte, allume brièvement la radio… Ah… Oui… Pour vérifier qu’ils ne sont pas sur écoute. La diffusion de la radio cesse, lorsque le système est en position interphone.&lt;br /&gt;Ce garçon lui fait pitié. Il n’est pas beau. Pas laid. Quelconque. Ordinaire, et cela n’a rien de péjoratif, non. Triste et sans saveur. Quand même ! Il lui a fallu une sacrée dose de volonté, ou d’inconscience, pour demander ce service à son collègue, pour venir se glisser dans une aile où il n’est pas en service, pour finir entrer dans la cellule d’un inconnu… Poursuivi quand même pour meurtre ! La témérité des gens le surprendra toujours. Qu’espère ce pauvre garçon ? Al abandonne son air bougon, plaque un large sourire sur son visage, remonte la jambe droite sur le lit, il noue ses mains autour de son genou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je vous écoute ?&lt;br /&gt;- Rien… Rien… Je voulais juste vous dire que j’avais lu vos lettres, et que j’avais été très bouleversé. Ça se voit que vous êtes innocent ! C’est évident ! Mais bien sûr, moi, je ne suis pas la juge !&lt;br /&gt;- En effet… Je crains fort que vous ne puissiez pas grand-chose pour moi ! Mais dites-moi… Est-ce l’innocent accusé à tord que vous vouliez réconforter, ou l’homosexuel assumé que vous vouliez voir de près ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Le malheureux garçon devient brutalement écarlate. Sa jeunesse apparaît brusquement évidente. En oubliant l’uniforme, il a quoi ? Vingt-six, vingt-sept ans ? Un gamin. Bien sûr qu’il doit être gay lui aussi. Et il doit avoir du mal à l’assumer dans le milieu professionnel qu’il a choisi. Pauvre môme ! Al s’empresse de banaliser sa vacherie passablement injuste. Ce garçon a quand même fait preuve d’un sacré courage !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Pardonnez ma mauvaise plaisanterie. Mais vous devez bien savoir qu’en prison, on devient tous plus ou moins méchant ! Non, en vrai, je suis très sensible à votre démarche, et ça me fait du bien de savoir qu’au moins, la lecture de la lettre à l’homme que j’aime n’a pas été accompagnée de plaisanteries graveleuses… Merci.&lt;br /&gt;- Oh… J’essaye de me montrer le plus discret possible en faisant ce travail. Nous devons regarder s’il n’y a pas des objets illicites dans les enveloppes, et si ce qui est dit est conforme aux règlements… Mais je respecte toujours les écrits qui me passent entre les mains. Là, ce matin, c’est vrai que votre courrier m’a beaucoup touché. Même l’histoire pour vos enfants… Et j’ai pris le temps de le relire avant de l’envoyer à la juge. Et je voulais vous le dire… Voila…&lt;br /&gt;- Cela prouve de votre part une grande honnêteté. Et beaucoup de gentillesse… Malheureusement, nous sommes chacun d’un côté d’une frontière qui ne permet pas beaucoup les rapprochements… Sympathiques !&lt;br /&gt;- Vous n’en parlerez pas, n’est-ce pas ? Surtout dans une lettre ! Je ne suis pas toujours de service, et je pourrais avoir de gros ennuis.&lt;br /&gt;- Ne vous inquiétez pas. Et repassez quand vous voulez !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le malheureux gardien timide a appuyé depuis quelques minutes déjà sur l’interphone. Son collègue lui ouvre et il se glisse dans le couloir. Sans doute sacrément soulagé. Et probablement les jambes tremblantes.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« La prison. Quelle merde. Ici tout est dénaturé. Il ne peut pas y avoir de sentiment anodin. Je crois même qu’il ne peut pas y avoir de sentiment du tout ! A part de la haine. A la rigueur. Et encore ! »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Ce jeune homme, Al ne l’aurait sans doute jamais rencontré, et le brave garçon n’aurait sans doute jamais osé lui parler ailleurs qu’ici. Il souffre en silence, sans espoir d’aucune aide. Toujours sur la défensive, avec la peur d’être découvert.&lt;br /&gt;« La société se modernise et devient plus tolérante » ! Tu parles. Pour ceux, encore une fois, qui en ont les moyens. En liberté et en indépendance. Psychiquement. Moralement. Et aussi, bien sûr, financièrement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La prison. Après cette entrevue, les premières images ressurgissent brutalement. Al frissonne. Les trois inspecteurs qui l’ont conduit ici n’ont pas jugé utile de lui passer les menottes. Ils veulent par là lui manifester encore un peu de considération. A l’étroit dans la petite Clio, le voyage se passe en silence. A l’approche de Fleury, Bergonses ne peut s’empêcher de soupirer :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Quand même… C’est dingue… Une seule personne a ainsi le droit de priver une autre de liberté, seulement sur des présomptions, sans aucune preuve tangible... C’est dingue…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Le capitaine, qui est à l’avant côté passager se retourne vers lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Vous savez, nous, nous ne faisons qu’exécuter les ordres. Nous procédons aux investigations qui nous sont demandées, et nous conduisons à Fleury, quand on nous le demande.&lt;br /&gt;- Bien sûr, bien sûr…&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Et chaque fois vous vous déplacez avec une voiture et trois policiers pour procéder à l’incarcération ?&lt;br /&gt;- Non ! Non ! Absolument pas ! La juge Filipoint n’a pas voulu que vous fassiez le trajet dans le fourgon avec les autres prévenus de la journée. Et elle a préféré attendre que l’accueil de la prison soit plus calme… Vous pouvez apprécier… Preuve de respect !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Apprécier ! Preuve de respect ! Tu parles ! Ça lui fait une belle jambe à Bergonses, le respect de la juge qui l’a envoyé sans hésiter derrière les barreaux ! Apparemment insensible à tout argument humain ! Insensible à son deuil ! A la situation de ses enfants !&lt;br /&gt;L’accueil plus calme ! Albert ne peut retenir des frissons. L’expérience de l’entrée a été effroyable. Totalement avilissante. Le séjour long, interminable, dans une cage à barreaux, avec une étroite banquette en béton pour tout mobilier. Assis sur ce banc, il pouvait toucher avec ses pieds les trois autres grilles qui délimitaient son espace vital… Et il n’a pas à se plaindre lui a-t-on dit. Parfois, les détenus sont deux dans ces geôles d’un autre âge, pourtant installées dans une prison qui se veut soi-disant ultramoderne !&lt;br /&gt;Vider ses poches, signer la liste détaillée de leur contenu et du contenu de son portefeuille… La photo de Suzy décrite comme une « photo d’une jeune femme brune qui rit en direction de la caméra »… Et puis se déshabiller, se mettre à poil devant plusieurs personnes en uniforme, totalement indifférentes et administratives. Cela ne suffisait pas. Ouvrir la bouche. Laisser un doigt ganté venir fouiller sous la langue et entre les lèvres et les gencives. Ecarter les jambes, se pencher et tousser. Pas à se plaindre. Autrefois l’intimité était également fouillée avec un doigt. Le motif de l’incarcération ? Veux pas savoir !&lt;br /&gt;Qu’il s’agisse d’une personne respectable (et présumée innocente, selon la loi !) Veux pas savoir !!&lt;br /&gt;Malfrat ? Terroriste ? Petit loubard de banlieue ? Caïd de la drogue ? Assassin récidiviste ? Vulgaire « pointeur » ? Délinquant en col blanc ? Veux pas savoir !!!&lt;br /&gt;Ils ont ordre de traquer la lame de rasoir cachée, la dose de dope, la carte Sim, et tous les autres objets illicites… Ils font leur boulot ! Ils n’ont rien à se reprocher ! Ce ne sont pas eux qui donnent les ordres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu’importe que l’individu soit dévalorisé à ses propres yeux, voire détruit, anéanti. Il n’avait qu’à pas être là. C’est bien connu. On n’est jamais tout à fait innocent lorsqu’on franchit les portes d’une prison. On n’est plus innocent. On ne peut plus l’être. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xviii-annie-et-nicolas.html"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XVIII)&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-1844529878061301165?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/1844529878061301165/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=1844529878061301165' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/1844529878061301165'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/1844529878061301165'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xvii-la-prison.html' title='Chap XVII La prison'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-6872169752630496025</id><published>2009-02-10T09:29:00.004+01:00</published><updated>2009-02-13T12:47:16.001+01:00</updated><title type='text'>Chap XVI Nouveau témoin</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;16&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Le lieutenant Lamaison, en fait, se serait bien passé d’être étroitement associé à cette enquête. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours qu’une telle affaire se présente dans un petit commissariat de banlieue. Bien sûr, il a soif d’apprendre et d’enrichir son expérience professionnelle. Bien sûr, il n’y a pas beaucoup de travail dans ces derniers jours de l’été. Et le patron ne tient pas à l’avoir dans ses pattes au bureau. Bien sûr. Il sait tout cela. Et aussi sans doute que le vieux veut tout savoir sur cette affaire. D’un côté, il affirme une totale confiance dans le professionnalisme du capitaine, de l’autre, avoir un homme à lui au cœur de l’équipe d’enquêteurs, ce n’est pas plus mal. Lamaison est parfaitement conscient de ces non-dits. Et il doit naviguer entre les écueils. Avoir une rigueur professionnelle sans faille vis-à-vis de son chef direct, et donner un minimum à manger et à boire au grand patron.&lt;br /&gt;Bah ! Finalement il a une chance que beaucoup de ses collègues n’auraient pas dans une semblable situation : les deux pourraient se bouffer le nez, et lui tondre, à lui, la laine sur le dos. Ce n’est pas le cas. N’empêche. Lorsque Jason a demandé à Henri de l’intégrer, lui, le petit inspecteur, dans son équipe, sous le prétexte de mettre en œuvre tous les moyens possibles, il a blêmi. Il l’espère, à l’intérieur de lui-même seulement. Il a fait tout son possible pour montrer tout l’allant et tout l’enthousiasme qui convenait à un jeune inspecteur aux dents longues. Mais…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a eu suffisamment de distance vis-à-vis de lui-même pour ne pas être ému par l’excitation quelque peu morbide qui l’a emporté dans les premières heures de l’enquête. Il se sait capable de faire la part des choses : l’empathie naturelle et profondément sincère qu’il éprouve vis-à-vis des victimes, et l’exacerbation de ses instincts de chasseur. Il peut même avouer qu’au tout début il s’est laissé emporter par une violente envie d’en découdre et d’être associé à la traque de l’ignoble assassin qui avait pu perpétrer un tel crime. La sympathie irréfléchie qu’il a éprouvée dans le même temps pour le compagnon de la victime n’a fait que décupler son envie de foncer tête baissée dans l’enquête.&lt;br /&gt;Mais très vite, il y a eu la découverte du journal intime du mari. Immédiatement suivi d’une inquiétude sourde qui l’a envahi lorsqu’il a découvert à sa lecture que cet ignoble crime avait pour cadre un environnement, des mœurs, qui ne parlent que trop au plus profond de sa personnalité. Qui bousculent des secrets et des mystères qu’il veille, depuis des années, à tenir enfouis et cachés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès les prémices de son adolescence, il s’est intensément investi dans le sport, s’acharnant à bâtir un corps puissamment musculeux et viril qui, pensait-il, serait le meilleur rempart face au regard des autres. Et il a réussi. Sa prestance ne prête à aucune équivoque. C’est vital. Il a la conviction profonde qu’il mourrait, foudroyé sur place, si quiconque dans ses relations avait le moindre soupçon sur sa part de féminité.&lt;br /&gt;Il a embrassé la carrière policière pour parfaire cette image virile. Ainsi, pensait-il avoir constitué la meilleure des carapaces.&lt;br /&gt;Pour se protéger tout autant des autres que de lui-même.&lt;br /&gt;Très jeune, dès qu’il a pu se regarder avec un minimum de lucidité, il a comprit que, s’il ne lâchait pas parfois un peu la pression, la marmite ne tarderait pas à exploser. Il avait de plus en plus de mal à contrôler les élans de son cœur et de son corps vers certains de ses compagnons d’école ou de voisinage. Internet l’a provisoirement sauvé. Masqué sous un pseudo et un personnage virtuel, il a pu partir en chasse sans risque. En protégeant farouchement son anonymat. Pendant de nombreux mois il s’est ainsi contenté de virtuel, apaisant d’une main farouche les pulsions que décuplaient avec l’art d’une expérience consommée, ses interlocuteurs choisis pour leur plastique de rêve. Seulement, un jour, il a découvert que ses emportements reposaient sur du vent. Fortuitement, il a retrouvé les photos que son correspondant du moment s’attribuait, sur un site de stars du porno ! La déception a précipité le passage à l’acte.&lt;br /&gt;Brutalement, il a voulu du vrai, peut-être moins beau mais réel. Quelques jours à peine après sa majorité, il accepte de rencontrer un correspondant qui s’avère, –il s’est heureusement bien préparé à cette éventualité-, nettement plus âgé que ce qu’il a annoncé. Son dépucelage est pourtant un éblouissement. L’initiateur se montre tendre et attentionné, le conduisant sur le chemin des fantasmes qu’il n’a jamais osé verbaliser, jusqu’à une explosion qu’il croit un instant intarissable. Il vient, de lui-même, de se donner totalement à un homme. Ce n’est que la première de nombreuses, nombreuses autres fois.&lt;br /&gt;En province, il vit avec la terreur permanente de se trahir. Dès qu’il le peut il fait l’acquisition d’un véhicule, et n’accepte de rencontres que largement au-delà du territoire de sa Région. C’est lourd, fastidieux et coûteux. Sa nomination en Région Parisienne lui apparait comme un signe du destin : quel meilleur anonymat que de se fondre dans la foule d’une mégapole ? Il fuit comme la peste les lieux branchés du ghetto qu’il sait discrètement surveillés par les services de police. Il cherche la complicité des lieux sombres où une foule, souvent nombreuse, protège au mieux son anonymat. Ainsi, il est très vite devenu un habitué des saunas parisiens. Sa plastique enviable facilite les rencontres. Il ne s’attarde jamais dans ces établissements, et après une jouissance aussi intense qu’impersonnelle, il se retire vite dans son coin de banlieue où il reprend le masque du jeune policier vertueux. Et célibataire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que lui a-t-il pris ce dimanche matin là ? Pourquoi et comment, à quelques encablures de son bureau a-t-il osé provoquer la rencontre avec ce jeune joggeur ? Contrairement à tous les principes et en faisant fi des précautions qu’il s’impose depuis des mois ? La beauté extatique du garçon, son corps magnifié par l’effort, son regard absent à l’écoute de ce que diffusait en permanence son MP3, ne suffit pas à expliquer son comportement à lui, hors vraisemblance. Enfin, si, peut-être.&lt;br /&gt;Depuis toujours, il a appris à gérer le regard concupiscent que lui portent certains hommes. Il sait lire le désir dans les yeux à des dizaines de mètres de distance. Il sait le gérer, faire celui qui ne comprend pas, ou d’un regard d’acier couper toute velléité d’approche lorsque l’individu semble trop entreprenant. Mais là… Ce garçon aimait les garçons. Il en a été certain dès le premier regard. L’instinct. Et le type ne le regardait même pas. Ne le voyait même pas. Ce sentiment de négation a été insupportable !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu’il a lu sa propre histoire, noir sur blanc, dans le journal de ce mec, son cœur s’est arrêté de battre. Il s’est cru perdu. Sa vie était foutue. Il lui a fallu plus d’une heure pour recommencer à respirer normalement. Une heure encore pour définir la stratégie à mettre en place. Ce qu’il allait devoir dire et ne pas dire à ses supérieurs au sujet de ce texte. Une heure encore pour relativiser l’incident. Il n’y avait aucune raison que l’affaire s’ébruite, et le sieur Dominique, puisqu’il s’appelle ainsi, en cas de rencontre, ne ferait probablement pas le rapprochement entre le flic en costume rigoureux et le joggeur en flottant, avec un bandeau anti sueur sur le front. Leur rencontre avait été somme toute très brève. Son regard ne devait pas le trahir. C’est tout. Et dans l’immédiat, ce n’est que l’ex compagne du jeune Vanneau que ses collègues et lui doivent auditionner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La commission rogatoire délivrée par la juge leur permet de venir entendre le témoin en dehors de leur circonscription. Jason et le capitaine ont voulu une « prise de température » dans le contexte naturel de la personne. Généralement, on en tire plus d’informations que par une simple convocation dans les locaux. Déjà, le quartier dont ils approchent à grand peine peut leur donner une première idée. Ils ont remonté péniblement le Boulevard Magenta, rendu presque impraticable par les nouveaux couloirs de bus. Les embouteillages sont devenus permanents maintenant sur ce trajet. Ils ont espéré un moment retrouver un peu plus de fluidité après s’être engagés sur le Boulevard Rochechouart. Hélas. Ils commencent à se demander s’ils parviendront à atteindre la Place Blanche sans sortir leur gyrophare. Ils avancent au pas. En débitant les sornettes, âneries et autres fadaises habituelles pour trois jeunes coincés dans les transports et qui doivent tuer le temps. Après avoir passé en revue tous les petits défauts et vices de Jason et Henri, après s’être joyeusement étripés au sujet du dernier match de foot OM – PSG, après avoir virtuellement déshabillé la fliquette nouvelle venue, plus gironde qu’expérimentée, et qui n’aurait pas besoin de se mettre à genoux pour leur demander qu’ils veuillent bien daigner lui expliquer les subtilités de ce commissariat…&lt;br /&gt;Quoique…&lt;br /&gt;Waarff, waarff !&lt;br /&gt;Bref, après bon nombre de conneries, vulgarités, syllogismes douteux, affirmations gratuites et serments fallacieux, ils sont un peu secs, là, et ils se taisent.&lt;br /&gt;« Bridou », l’inspecteur qui conduit, proche collaborateur du capitaine, a hérité de ce subtil surnom en raison de son nom. Il remet l’objet de leur déplacement sur le devant des conversations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Piiitain, quel quartier ! On va encore tomber sur quoi, là ?&lt;br /&gt;- Sur quoi veux-tu que l’on tombe ? Une femme à entendre comme témoin, voilà tout… (Lamaison, sentant venir le vent, essaye de faire tomber la remarque à plat.)&lt;br /&gt;- Une femme, oui, peut-être… Mais quel genre de femme ? Regarde un peu la clientèle de ce quartier ! Des blacks, des blackes, des blacks, quelques bougnouls entre, des saris, des burnous, des chéchias, des voiles…. Piitain ! On se croirait à l’étranger !&lt;br /&gt;- … … …&lt;br /&gt;- Et on n’est pas encore à proximité de la Place Blanche ! Là ça va être les putains, les travelos, les pédés !&lt;br /&gt;- Et quelques touristes aussi.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bridou éclate de rire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ouais… Ceux qui cherchent de l’exotisme, probablement ! Et les sex shops !&lt;br /&gt;- Attends… Il y a quand même quelques parisiens qui habitent ces quartiers… Non ?&lt;br /&gt;- Possible. Possible. Mais compte-tenu du dossier merdique que l’on est en train d’instruire, je douterais fort que l’on rencontre une militante bleu-blanc-rouge !&lt;br /&gt;- Vanneaux est un type sain et normal. Il n’y a pas de raison que son ex compagne soit une tarée.&lt;br /&gt;- Sauf qu’elle l’a plaqué pour un micheton, il me semble, non ?&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Piiitain, qu’est-ce qu’il t’a fait le mec Vanneaux ? Tu l’as sacrément à la bonne dis-donc… Hé ! Si tu continues comme ça, je ne vais plus oser te tourner le dos ! Toujours de face que je vais rester ! Waarf, waarf…&lt;br /&gt;- Arrête Bridou ! Arrête ! Tu vas finir par te prendre une mandale, quelque chose de bien !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Lamaison est devenu écarlate, les muscles de sa mâchoire se durcissent, ses poings se serrent. Il a été pris au dépourvu par les plaisanteries graveleuses. Il appréhende ce genre de situation. Il a jusque là toujours réussi à éviter d’hurler avec les loups lorsque les délires homophobes de ses collègues se déchaînent. Mais il n’accepte pas la moindre plaisanterie à son propos. Il ne peut pas. Il sait bien qu’il a tord, que dans un sens, il prête ainsi le flan au doute. Mais il ne peut pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Piitain, Lamaison, arrête de monter sur tes grands chevaux ! Il va falloir que tu apprennes à rire si tu veux continuer à travailler avec nous !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Et puis, avec ta petite gueule de playboy, il va falloir que tu t’habitues à ce type de vannes… T’as pas fini, crois-moi !&lt;br /&gt;- Excuses, Bridou… Excuse… Je suis à cran je crois. Et dans cette putain d’histoire, c’est pas facile de retrouver ses petits. Être à l’écoute et objectif, tout en gardant bien à l’esprit ce que sont la plupart des protagonistes…&lt;br /&gt;- Mon gars, je ne suis pas un vieux de la vieille comme le capitaine et Jason, mais je peux t’affirmer que quand on prend en charge un dossier, ça sent rarement la rose… Surtout dans le beau monde. Dès que tu remues un peu, faut le dire : ça sent la merde. Et parfois, pas qu’un peu !&lt;br /&gt;- Ouais, Ok… Je sais bien… Mais dans ce dossier, c’est le meurtrier qui est immonde surtout. Et c’est bien lui qu’on cherche, non ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Finalement, tout en parlant ils sont arrivés à la Place Blanche. En fait, l’entrée de l’immeuble est au tout début de la rue Fontaine. Un bel immeuble haussmannien, qui fait nettement plus « bourge » que « quart-monde »… Tous trois en sont tout intimidés. Porte close, digicode. A travers les vitres et la grille, ils aperçoivent un vaste hall avec d’imposantes plantes luxuriantes…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- C’est quoi encore cette connerie ? souffle Bridou quelque peu déboussolé.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Annie Lasvalès semblait les attendre. Elle les fait entrer dans le salon d’un appartement spacieux, meublé avec goût, sans ostentation, sans véritable luxe. Un grand et bel appartement, avec des meubles simples mais massifs, admirablement entretenus. Un appartement qui fait penser à une famille qui a été aisée, et qui maintenant se contente d’un train de vie plus modeste.&lt;br /&gt;Sans rien leur demander elle a apporté des rafraîchissements, et une assiette de petits fours secs. Assise face aux trois hommes, eux-mêmes assis sur les bords de leurs fesses et du canapé, elle attend en souriant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je vous écoute ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bridou, le plus âgé, responsable de la mission, a du mal à appréhender la situation. Il avait tout imaginé. Tout sauf ça. Etre reçu comme pour une visite de courtoisie par une femme d’une classe éblouissante, belle à s’en évanouir… Il tente un dérivatif :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Avant d’aborder l’objet de notre visite, me permettez-vous de vous poser une question plus… personnelle ?&lt;br /&gt;- Je vous en prie, allez-y ?&lt;br /&gt;- Dans une affectation précédente, j’avais pour collègue un jeune inspecteur sorti de l’école dans la promotion « Lasvalès ». Il y a un lien avec votre famille ?&lt;br /&gt;- Oui, bien sûr. Antoine Lasvalès était mon père. Il était commissaire dans le 11°, et il est mort en service commandé, en essayant de protéger des otages qui s’échappaient d’une banque victime d’un casse. C’était il y a douze ans. C’est loin, mais vous en avez sans doute entendu parler ?&lt;br /&gt;- Effectivement… J’étais dans mon premier poste… Je suis désolé d’avoir réveillé de si tristes souvenirs.&lt;br /&gt;- Ce ne sont pas des souvenirs tristes. Je suis fière de mon père. Il était courageux et surtout intransigeant sur les principes. Quitte à mettre sa propre vie en jeu. J’espère me montrer digne de lui un jour.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lamaison a été lui aussi mis mal à l’aise par cet accueil. Au risque de gêner Bridou, il se risque à poser une question :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Veuillez m’excuser, madame… Mais vous nous attendiez ?&lt;br /&gt;- Depuis plusieurs jours, tous les journaux de la capitale parlent de ce drame survenu en banlieue. Dans lequel mon ex compagnon se trouve, bien malgré lui impliqué. Il ne fallait pas être devin pour envisager que je reçoive très prochainement de la visite. J’ai juste mis quelques boissons au frais… Rien de plus.&lt;br /&gt;- Mais nous aurions pu vous convoquer dans nos locaux ?&lt;br /&gt;- Allons, lieutenant ! J’ai pas mal connu la Maison. Et je pensais bien que vous préfèreriez rencontrer un témoin dans son propre environnement ! Histoire de…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’audition reprend son cours, davantage sur le ton d’une conversation de salon que de celui d’un interrogatoire. L’hôtesse, grande, élancée, au corps souple et félin, aux cheveux très courts à la garçonne, a paré ses oreilles de grands anneaux cliquetants. Elle est revêtue d’une robe ample, aux manches bouffantes, aux couleurs chamarrées. Mais translucide, le moindre de ses mouvements évoque des formes… Des formes… Cette tenue, c’est… Pour les recevoir ? C’est sa tenue habituelle ?&lt;br /&gt;A un moment, Bridou veut mettre les pieds dans le plat et fait allusion à sa rupture avec son ex pour un « homme plus âgé mais aussi plus fortuné ». Annie Lasvalès éclate d’un rire franc qu’elle semble avoir du mal à maîtriser…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mais qui vous a dit ça ? Qui ? Pas Nicolas quand même ! Cela figure au dossier ? Oh, non… Ce serait trop drôle !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Désolé, messieurs, vraiment désolé, mais ce n’est pas la cupidité qui a provoqué notre rupture. J’ai suffisamment de biens pour ne pas tomber dans ces bassesses. Non, et puisque vous voulez tout savoir… Oh zut, tant pis, je me suis promis d’être franche… Simplement messieurs… Nicolas est un merveilleux compagnon. Tendre et attentionné, toujours d’humeur égale, serviable, discret. Mais comment dire ? Sur le plan intime… Un peu tranquille ranplanplan… Si vous voyez ce que je veux dire… Et monsieur Lebofranc, avec qui j’ai vécu ensuite, malgré son « grand âge » (Elle rit aux éclats), m’a fait découvrir un univers… Disons… Un peu plus corsé… Voila tout !&lt;br /&gt;- Excusez-moi… Je… Le dossier…&lt;br /&gt;- Mais peu importe ! La vérité m’oblige à dire qu’après quelques mois d’une vie trépidante… Jour et nuit… Je me suis lassée, et je me suis mis à regretter le cocon chaleureux dans lequel Nicolas me dorlotait. Et je savais bien qu’il m’aimait encore !&lt;br /&gt;- De nouveau toutes mes excuses. Mais les questions que je souhaite vous poser sont beaucoup plus terre à terre.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Et c’est tout ? C’est tout ce que vous ramenez de cette audition d’un témoin sorti d’un chapeau ? Nom de Dieu ! Elle est la fille d’un collègue tué en service, elle habite dans l’appartement bourgeois qui appartenait à sa famille, elle ne sait rien de l’affaire, ne connaît rien ni personne mêlée à cette affaire, hormis son ancien compagnon avec qui elle a repris contact récemment. Point ! C’est un peu maigre jeune homme !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jason tourne comme un lion en cage dans leur bureau. D’un geste rageur, il a jeté le compte-rendu sur un coin de table.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Nom de Dieu ! Elle vous a ensorcelés tous les trois, c’est pas possible ! Fille d’un confrère ou pas, je suis certain, tu entends Lamaison, je suis certain qu’elle trempe dans cette affaire ! Mon dos me le dit ! Mais Nom de Dieu, vous ne pouviez pas la pousser un peu dans ses retranchements !&lt;br /&gt;- C’est Bri… Justin, qui dirigeait l’interrogatoire, patron ! J’ai fait de mon mieux. C’est moi qui ai demandé s’ils vivaient avec Monsieur Vanneaux dans cet appartement là, « avant ». J’ai essayé de la piéger dans des contradictions. Mais je vous assure qu’elle est restée très calme, très paisible, sereine même, pendant tout l’entretien. Maintenant, c’est vrai qu’elle nous attendait. C’est évident. Elle avait pu se préparer. Bien se préparer. De toute façon, si elle est coupable en quoi que ce soit, je vous assure qu’elle est très forte, chef. Très, très forte !&lt;br /&gt;- Ouais… T’affole pas, petit. C’est seulement que je suis déçu. Effroyablement déçu. Elle a donc pris la défense du jeune Vanneaux en affirmant que c’était pour la protéger qu’il n’avait pas parlé d’elle ? Et elle en conclue que la reprise de leur relation est forte et elle affirme qu’il lui a assuré qu’il l’aimait encore ? Mais ça ne colle pas, ça ! Ça ne colle pas avec les déclarations du sieur Vanneaux !&lt;br /&gt;- Je sais bien, et j’ai émis des doutes en disant que ce n’était pas ce qui ressortait du dossier. Elle m’a demandé si je pouvais imaginer un homme dont la compagne vient d’être assassinée déclarer tranquillement : « Ah, ça tombe bien, j’envisageais de la quitter »… Et Justin m’a interrompu en lui demandant de repréciser son emploi du temps le jour du meurtre. Je n’ai pas pu pousser plus loin. C’est là qu’elle nous a sorti le document que lui avait remis le visiteur importun qui l’avait empêchée de se rendre au rendez-vous de la Gare de Lyon.&lt;br /&gt;- Ouais… Ouais…&lt;br /&gt;- « Ainsi vous pourrez vérifier » nous a-t-elle dit. Et c’est vrai que du coup on ne savait plus trop quoi demander.&lt;br /&gt;- Mais vérifier quoi, Bordel ! L’air de rien elle consolide son alibi. Comme si elle en avait besoin. Je le sens pas, Nom de Dieu, je –la- sens pas !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le capitaine Henri entre juste à ce moment là dans le bureau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Décevant, hein ? Décevant ? Et je viens de téléphoner au gugusse qui est censé être venu l’importuner. C’est un responsable d’une association caritative avec laquelle elle collabore régulièrement. Quelque chose comme « DLD ». Il reconnaît que ce jour là il s’est présenté chez elle sans l’avoir prévenue, pour un problème survenu dans l’un de leurs projets. Et elle l’a reçu en se montrant charmante « comme d’habitude ». Ils sont restés environ deux heures ensemble. Ça concorde, putain, ça concorde ! Je lui ai demandé de mettre noir sur blanc tout ce qu’il venait de me déclarer, et de m’envoyer la lettre. Comme ça, pour le dossier… Putain de putain, nous voici de nouveau sur la ligne de départ… Tout à refaire…&lt;br /&gt;- Tout ? Non, non… Mon dos me dit que nous sommes sur la bonne piste. Il faut continuer… Continuer Nom de Dieu ! On ne la lâche pas ! Henri, fiches-lui un mec sur le dos vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On ne la lâche pas !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux hommes sortis, Jason prend une grande respiration et va s’affaler sur son fauteuil. Les mains derrière la nuque, il s’étire de tout son long, veillant à sentir le flux nerveux parcourir tous ses membres jusqu’au plus petit bout de ses orteils. Et il lâche un gaz tonitruant. &lt;em&gt;« Nom de Dieu, il faut que je me calme. Parce que là, je ne sais plus si c’est l’instinct du chasseur, ou ma sympathie naissante pour ce satané Bergonses qui me fait fonctionner… ».&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car il doit le reconnaître. Après une animosité viscérale contre ce personnage pervers et égoïste, chaque jour qui passe, chaque événement nouveau, l’attitude du prévenu de plus en plus digne, sa confiance affichée dans le travail des enquêteurs le lui rend, bien malgré lui, de plus en plus sympathique. En fait ce type a l’air droit et honnête. Irréprochable. Comment peut-il par ailleurs assumer avec autant d’arrogance ses perversions sexuelles ?&lt;br /&gt;Car là, faut quand même pas pousser ! Lui, Jason, n’est pas prêt d’admettre de telles déviances. Comme il se plait souvent à le dire : « On a le droit de se tromper de femme… Pas de sexe ! »&lt;br /&gt;Et de telles certitudes sont quand même sacrément sécurisantes. Si tout le monde pouvait aller avec n’importe qui et n’importe quoi, vous vous rendez compte du boxon ? Et puis, la nature est tellement bien faite ! Un homme, une femme. Point. Une queue et un vagin pour la recevoir. Point. Un puissant pour protéger une faible. Point. L’une qui fabrique les marmots et l’autre qui nourrit et protège la famille. Point. C’est pas bien foutu tout ça ?&lt;br /&gt;Oh, bien sûr, il a dû, progressivement, accepter que des femmes travaillent. Puis que des femmes fassent des boulots de mecs. Puis que des femmes entrent dans la police ailleurs que dans des bureaux. Puis que des femmes se mêlent de politique à un haut niveau. Jusque là, sans grand enthousiasme, il a fini par accepter. Mais il reste toujours convaincu qu’un jour ou l’autre ça finira mal, et pour rien au monde il n’accepterait de prendre pour maîtresse l’une de ces fliquettes passionnées ! Non, faut pas pousser…&lt;br /&gt;Et alors, les mecs qui ne sont pas des mecs ! Là, c’est au dessus de ses forces. Il sent de nouveau sa rage monter et bouillonner en se surprenant à penser à Bergonses avec une vague bienveillance. Non, là, alors, non !&lt;br /&gt;Bien sûr, comme il aime à le dire, il ne faut pas mourir idiot. Quand il faisait son service militaire il s’était laissé approcher par un jeune appelé qui le regardait plus souvent que raisonnable au dessous de la ceinture. Il l’avait laissé lui tailler une pipe comme un chercheur observe une expérimentation. Et même en fermant les yeux et en pensant à une femme, un profond dégoût l’avait envahi. Après avoir joui, (il est un homme quand même, ces gâteries ne pouvait pas le laisser totalement indifférent !), il avait violemment repoussé le type qui s’était blessé en tombant. « Et ne t’amuses plus jamais à t’approcher de moi ! ». Ce souvenir oublié depuis longtemps ressurgit, là, maintenant, mais le laisse complètement serein. Il s’était comporté en homme, quoi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Reprenons. Vanneaux est en mission à Nantes. Il a prévu de rentrer par le TGV qui le fait arriver à Austerlitz vers 19 h 15. De façon imprévue il termine son job plus tôt et arrive à Paris vers 17 h 15. Il reste planté comme une potiche dans la salle du « Train Bleu »… Première aberration… Pendant ce temps, Bergonses, après avoir réglé son problème avec son client « traîne » dans Paris puis dans ses bureaux… Autre connerie douteuse. Parallèlement, madame Bergonses, censée être sortie en ville toute l’après-midi, se fait trucider de façon immonde chez elle entre 18 h et 18 h 30. Quelle idée ! Putain, non, ya pas de hasard ! Ya jamais de hasard !&lt;br /&gt;Et en fait, Vanneaux attend au café l’arrivée de son ex pour lui expliquer que leurs petites retrouvailles à Nantes dans la semaine n’est qu’une grossière erreur qu’il convient d’oublier au plus tôt. Mais l’ex est « fortuitement empêchée » et n’arrive que deux heures plus tard. Vanneaux dit qu’ils se sont disputés, la belle affirme qu’ils se sont dit des mots d’amour ! Je rêve ! Les gars à Henri prennent bonne note ! Je rêve !&lt;br /&gt;Mais qu’est-ce que j’en ai à fiche, moi, qu’elle soit la fille d’un ancien collègue mort au combat ! La fille de Lasvalès… Tu parles…&lt;br /&gt;Je ne pouvais pas leur dire, aux autres, ce que j’en pense, moi ! Je l’ai bien connu, le Lasvalès. On était de la même classe. Mais on ne touche pas à un héros. Tu parles ! Orgueilleux, imbu de sa personne, insupportablement fier de ses origines bourgeoises. Fils d’un ancien préfet. Ah, ça on le savait vite ! Comme on savait tous que son orgueil lui faisait faire des imprudences inadmissibles. Les jeunes qu’il a envoyés au casse-pipe à l’encontre de toutes les règles de sécurité s’en souviennent, eux. Il n’y a jamais eu d’accident grave. Par chance. Et finalement, c’est lui qui a reçu un pruneau ! Il y a une justice quelque part… »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Soulagé d’avoir vidé son sac, même seul face à lui-même, Jason reprend le cours de ses réflexions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Non, non, c’est vraiment gros comme mes envies de péter… Cette fille est dans le coup. Ou au moins, elle sait quelque chose… C’est pas possible autrement. Ya que le truc de la mutilation. Elle ne connaissait pas la victime. Je ne vois pas comment elle aurait pu savoir que celle-ci avait un cancer justement à ce sein… J’ai du mal à imaginer madame Bergonses parlant de ça à une inconnue, alors qu’elle n’a toujours pas osé le révéler à son compagnon… Que la Lasvalès soit venue lui demander de rendre la liberté à son ancien amant, et que la femme ait parlé de sa maladie pour émouvoir l’autre ? Non… Ça ne correspond pas du tout à ce que je sais et sens de cette femme. Elle était trop droite, fière et honnête… Mise en concurrence, elle se serait effacée sans bruit, sans rien dire. Comme l’a fait son mari… Non…&lt;br /&gt;Lasvalès membre d’une quelconque secte démoniaque ? J’y crois pas… Elle idéalise son père qui est mort lorsqu’elle devait avoir dans les vingt ans. Je ne la vois pas se compromettre dans des mouvances douteuses…&lt;br /&gt;Et l’arme. Il y a l’histoire de l’arme. Ah ça… Un 38 pourrait bien être une arme de service… Et le commissaire Lasvalès était bien capable d’en avoir plusieurs en réserve… Sa fille pourrait en avoir conservée une… En souvenir…&lt;br /&gt;Ça lui plaisait, cette idée… Une énigme trouverait ainsi sa solution…&lt;br /&gt;Mais si Annie Lasvalès est venue ici à Evry avec une arme dans son sac, cela suppose qu’elle avait l’intention de tuer… La préméditation ne ferait aucun doute ! Mais elle pourrait bien être dangereuse cette femme ! Il faut que je dise à Henri de mettre ses hommes sur leurs gardes. Lamaison va planquer lui aussi sans doute. J’ai pas envie de le perdre, moi ! Il me plaît ce petit ! »&lt;/em&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xvii-la-prison.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XVII)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-6872169752630496025?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/6872169752630496025/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=6872169752630496025' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/6872169752630496025'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/6872169752630496025'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xvi-nouveau-temoin.html' title='Chap XVI Nouveau témoin'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-3536810029954554003</id><published>2009-02-09T13:59:00.004+01:00</published><updated>2009-02-10T10:01:26.191+01:00</updated><title type='text'>Chap XV  Courrier en prison</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;15&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Pour Albert, la priorité est d’affirmer qu’il existe encore en manifestant sa présence auprès de ses proches. Ils doivent savoir qu’il accepte son incarcération contraint et forcé, mais qu’il ne baisse pas les bras. Comme toujours, il doit se montrer fort. Solide. Pour rassurer ceux qui l’aiment, bien sûr, mais surtout pour lui. Pour donner un sens à ces choses et ne pas se laisser dépasser par elles. Comme il aime tant à le dire, il veut pouvoir se regarder dans la glace en se rasant le matin. En se rasant… Quoi que… Il a décidé de ne pas utiliser un rasoir tant qu’il serait entre ces murs. Comme ça. Pour affirmer que cela ne peut pas durer. Et pour visualiser le temps passé.&lt;br /&gt;A l’encontre de toutes les lois et de tous les règlements Maître Sorino accepte de servir de messager. Il est sincèrement et profondément choqué par le fait que la magistrate ait décidé de faire passer tout le courrier, entrant et sortant, par ses bureaux. Comme si le détenu était une menace pour la société. Il assume les risques de sa prise de position.&lt;br /&gt;Il a toutefois demandé à son client d’écrire normalement par les voies règlementaires, indépendamment des courriers que lui-même remettra aux destinataires. Al va donc s’employer à rédiger en premier les courtes missives qu’il devra remettre à son conseil dès le lendemain au « parloir avocat », puis les courriers plus officiels qui transiteront par le bureau de la juge. Jusqu’à l’extinction des feux, il reste courbé sur les feuilles rayées, vaguement jaunies, du mauvais bloc correspondance qu’il a pu obtenir de l’administration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;em&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p align="justify"&gt;« Mes enfants chéris, mes trésors,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous savez maintenant tout du drame qui s’est abattu sur nous de façon tellement incompréhensible. Notre avocat, Maître Sorino, qui doit vous remettre cette lettre pourra si besoin répondre aux ques-tions que vous vous posez encore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous êtes grands, et je sais que vous vous montrerez forts. Vous savez bien que votre Maman tenait par-dessus tout à ce que nous vous disions toujours la vérité. Aussi difficile soit-elle. Elle nous a été enlevée par un ou une criminelle pour des raisons inexplicables. Parce que le hasard et mon métier m’a fait remonter sur Paris justement ce jour là, la justice, sans le moindre début de preuve a décidé de me soupçonner et de me mettre en prison en attendant d’en savoir plus. Ainsi, elle a fait le choix de vous priver de ma tendresse au moment où vous en avez le plus besoin. C’est injuste. Mais nous devons respecter les décisions des représentants de la loi et nous montrer forts et confiants. La vérité sera vite connue. J’en suis sûr. Et en vous montrant forts et courageux tous les trois, vous m’aiderez, moi, à être fort aussi pour pouvoir me défendre.&lt;br /&gt;Toi, Nadège, tu es une grande fille et je sais que tu vas vouloir te montrer courageuse pour aider tes petits frères. Mais je veux te dire que tu as AUSSI le droit d’être malheureuse et triste et le droit de pleurer. Tata Sophie te donnera j’en suis sûr toute la tendresse et les câlins que je voudrais pouvoir te donner dans ces moments si difficiles. Tu sais, moi aussi je pleure souvent depuis le drame.&lt;br /&gt;Vous, mes garçons chéris, Cyril et Jérôme, je veux vous dire aussi combien je vous aime, combien je suis malheureux d’être loin de vous. Je sais bien qu’à dix ans on ne passe pas sa vie à pleurer, même après un grand malheur. Et vous ne devez pas avoir honte d’avoir envie de jouer. C’est la vie. Juste, je vous demande de ne pas faire trop de difficultés ni à votre sœur, ni à Dominique et Tata Sophie. Eux aussi ont beaucoup de chagrin, vous le savez bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes petits trésors, vous savez combien je vous aime. Je vais vous écrire une lettre qui vous parviendra par le courrier normal. Cela peut être un peu long, vous la recevrez dans quelques jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous adore mes amours, et je rêve du moment où je pourrai vous serrer sur mon cœur. Votre Papa, si malheureux d’être loin de vous,&lt;br /&gt;Papa. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Domi, mon amour,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment aurions-nous pu seulement imaginer cette situation lorsque je t’ai serré dans mes bras il y a quelques jours avant de monter dans le taxi ? Par pudeur et refus d’un exhibitionnisme que j’imaginais mal venu, je me suis alors retenu de t’embrasser avec passion. Combien je le regrette aujourd’hui ! Je ne cesse d’y penser.&lt;br /&gt;Je t’aime. De plus en plus, de plus en plus passionnément. Même si à cet instant mon esprit est rempli, envahi, tu le comprendras, par les pensées vers Suzy.&lt;br /&gt;Comment un tel drame a-t-il pu se produire ? Comment une telle haine, car il s’agit bien de haine, j’en suis convaincu, a-t-elle pu s’approcher de cette femme qui a toujours été la bonté incarnée ?&lt;br /&gt;Mais je ne t’écris pas pour te parler de ma douleur. Je sais par Maître Sorino qui accepte d’être mon messager, qu’aucun de vous, et toi encore plus fortement que les autres, n’avez douté le moindre instant de mon innocence. Dans cet ignoble carnage, nous sommes tous des victimes. Nicolas aussi, encore plus que nous tous. Il doit être si seul.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si tu savais combien je me réjouis de la longue discussion que nous avons eue à ton retour ! Encore une fois la preuve est faite que franchise et transparence entre deux êtres qui s’aiment est la seule attitude possible. Je frémis, à l’idée que sinon tu aurais pu apprendre par des suintements de l’enquête ce qui s’était passé entre Suzy et moi en ton absence.&lt;br /&gt;Je suis suffisamment malheureux de notre intimité dévoilée par la découverte de mon journal secret. Cela t’a valu d’être importuné par les enquêteurs, et ce n’est sans doute pas fini. Mais là, aucune hypocrisie ni aucun mensonge. Une cachotterie puérile dont j’étais loin de soupçonner les conséquences à venir ! Je me préparais juste à te faire une surprise en rédigeant pour nos un an « le roman de notre vie ».&lt;br /&gt;Un peu loupé comme surprise. Combien je m’en veux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je cherche obsessionnellement une explication à ce drame. Les policiers ont immédiatement écarté la piste d’un rôdeur, et je partage leur avis. Nicolas a heureusement vu ses alibis confirmés de façon indiscutable. Les autres familiers ont été également innocentés. Oui, je partage toutes ces analyses. Je partage moins les conclusions qu’ils en ont tiré !&lt;br /&gt;Tu le sais, ou Maître Sorino te l’expliquera, une mise en scène macabre entoure le meurtre. Je suis à peu près certain que c’est là que l’on doit rechercher la clé du mobile. Et je tourne en rond, je tourne en rond… Pour autant que ma cellule me le permette.&lt;br /&gt;Les mutilations faites à la poitrine de Suzy sont d’évidence en rapport avec la découverte de son cancer. Mais si peu de personnes étaient au courant ! Toi, moi. Pas Nicolas à qui elle comptait en parler à son retour, après la biopsie. Le personnel médical est à écarter. A priori.&lt;br /&gt;Je cherche. Et bute contre un mur dans quelque direction que je me tourne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voulais te dire aussi que je te confie mes enfants. Dans ces circonstances, c’est à toi seul qu’ils peuvent se raccrocher. Parce qu’ils savent l’amour que nous nous portons, et la profonde tendresse que nous avions pour leur mère.&lt;br /&gt;Ma sœur, bien sûr, doit également se démener comme un beau diable. Je la connais, elle doit même bien souvent être envahissante. Ne t’en formalise pas. Elle est ainsi. Le cœur sur la main, mais toujours le besoin de se mettre en première ligne. Et puis, vous n’êtes pas trop de deux pour panser les âmes de mes petits chéris. Redis-leur combien je les aime.&lt;br /&gt;Je leur écris une autre lettre, en la faisant passer par le circuit légal. Afin de n’éveiller aucun soupçon. Je leur explique que le courrier risque d’arriver un peu plus tard. Il te faudra peut-être les faire patienter…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je t’aime, je t’aime. Et c’est ce qui me fait tenir.&lt;br /&gt;Al. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Sœurette,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Merci pour tout. Pour avoir répondu immédiatement à l’appel à l’aide lancé par l’intermédiaire d’Olivier. Pour avoir annulé toutes tes obligations pour venir soutenir Dominique dans sa prise en charge de mes enfants.&lt;br /&gt;Aussi, pour n’avoir à aucun moment douté de mon innocence. Et ce, malgré tes profondes réticences pour le mode de vie qui est le mien. Je ne dis pas le mode de vie que j’ai choisi. Simplement celui que la vie m’impose. Dans cette cohabitation subie et imprévue en mon absence, je suis convaincu que ton objectivité te permettra de découvrir combien mon jeune compagnon, Dominique, est excep-tionnel et plein de qualités. Combien nous nous aimons. Combien les enfants l’aiment et le respectent.&lt;br /&gt;Ce que nous vivons est incompréhensible. Cette situation grotesque et catastrophique ne peut pas durer. Mais en attendant, heureusement que tu es là.&lt;br /&gt;Téléphone à Maman pour lui dire combien je l’aime et combien je pense à elle. Qu’elle ait confiance. La vérité ne peut tarder.&lt;br /&gt;Je suis soulagé que Papa ne soit pas en mesure de réaliser ce qui se passe. Il aimait tellement Suzy. Il n’aurait pas supporté ce qui arrive. Et mon incarcération, même en étant convaincu de mon innocence, aurait été pour lui une honte insoutenable.&lt;br /&gt;La vie le veut ainsi. Les choses, finalement, ont peut-être un sens ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne t’écris pas plus longuement pour le moment : je voudrais consacrer un bon bout de temps à rédiger une belle lettre pour les enfants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ton petit frère t’embrasse tendrement, tu seras toujours pour lui, contre toutes les évidences, sa « petite sœurette ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A bientôt. Je te tiendrai au courant de la situation.&lt;br /&gt;Al. »&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/em&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le temps manque à Al. Il tient à faire le premier courrier pour les enfants. Il compte mettre tout son talent pour que la lecture de la missive noue les tripes de la magistrate. Elle veut lire ? Au moins qu’elle soit servie.&lt;br /&gt;Il doit absolument déposer plus d’une lettre. Rapidement, il rédige un billet pour ses beaux-parents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;em&gt;« Chers Papé et Mamé,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je souffre encore plus de ne pouvoir être auprès de vous dans le deuil qui nous frappe. Malgré nos petits désaccords, je sais bien que vous aimeriez que je sois auprès de vous dans ces épreuves.&lt;br /&gt;Une injustice incompréhensible vous a arraché celle qui comptait le plus au monde pour vous, et la justice des hommes vous empêche de vous appuyer sur ceux qui partageaient votre amour pour Suzy. Cela ne durera pas. Cela ne peut durer. Nous devons garder con-fiance.&lt;br /&gt;Et surtout, surtout, pensez aux enfants. Ils vont tellement avoir besoin de vous, de votre soutien. Je sais qu’ils comptent également énormément pour vous deux. Ils sont la chair de votre enfant chérie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre avocat a dû vous faire savoir que je souhaitais retarder autant que possible les obsèques, car bien entendu je voudrais être auprès de vous et des enfants dans ces instants douloureux. Malheureusement, pour cela il ne faut pas précipiter la remise du corps à la famille, et pendant ces longs jours, ceci vous prive de la possibilité de vous recueillir sereinement. Je le sais, et j’en souffre également pour vous.&lt;br /&gt;Pourtant, je vous supplie de ne faire aucune démarche qui précipiterait les procédures.&lt;br /&gt;Mon incarcération incompréhensible ne peut se prolonger indéfini-ment. Mon avocat va déposer une demande de libération conditionnelle, et nous avons bon espoir. Par ailleurs, la police ne néglige rien dans cette enquête difficile et la vérité ne pourra pas rester masquée très longtemps. J’en suis sûr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suzy avait dû vous dire combien nos vacances ensemble à Mimizan avec les enfants et son compagnon avaient été merveilleuses de bonheur et de simplicité. Les petits finissaient le séjour avec Dominique et moi, et rien, absolument rien ne permettait de prévoir ce drame.&lt;br /&gt;J’ai demandé à ma sœur Sophie d’aller porter renfort à Domi pour que Nadège et les jumeaux puissent rester dans les Landes. Ils sont bien entendu très affectés par leur chagrin et par mon absence, et je crois préférable qu’ils restent pour le moment éloignés de toute cette agitation.&lt;br /&gt;Si vous le souhaitez et en ressentez le besoin, vous pourrez, sans aucune difficulté, aller passer quelques jours auprès d’eux. Vous connaissez la maison. Dominique et Sophie seront heureux de vous y accueillir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, simplement, un maladroit merci pour vos déclarations à la police où vous avez affirmé sans équivoque que vous me gardiez toute votre confiance. Vous savez combien j’ai aimé votre fille. Combien je l’aimais encore. Hélas, cela n’a pas suffi à écarter les soupçons qui pèsent sur moi. Seule la vérité pourra totalement me disculper.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l’attente de pouvoir vous serrer dans mes bras, je vous embrasse affectueusement, et vous redit toute ma tendresse.&lt;br /&gt;Votre gendre,&lt;br /&gt;Al. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Mes chéris,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juste un petit mot pour vous dire qu’il n’y a pas une minute, pas une seconde où je ne pense pas à vous. Et à votre maman. Les monstrueuses circonstances qui nous tiennent éloignés, ne peuvent pas durer très longtemps. Bientôt, j’en suis certain, je pourrai de nouveau vous serrer dans mes bras. Je vous aime, tous les trois, mon cœur explose en pensant à vous… J’espère, non, je sais, que dans ces circonstances vous vous montrez courageux et que vous faites tout votre possible pour faciliter la tâche de Dominique et de Tata Sophie. Embrassez-les pour moi.&lt;br /&gt;Pour le moment, il est préférable que vous restiez dans les Landes. Au moins jusqu’à la rentrée scolaire. D’ici là, bien des choses peu-vent se passer, et je veux croire, encore, que nous serons alors réunis. Maître Sorino va, très prochainement, déposer une demande de libération provisoire. Peut-être cette fois serons-nous écoutés ?&lt;br /&gt;Mais par ce courrier, je veux surtout vous envoyer une petite histoire. Comme celles que je vous racontais souvent, lorsque le soir, nous nous installions sur la terrasse ou sous les pins, avant que vous alliez vous coucher. Vous vous souvenez ? Les Jumeaux des Pinèdes !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Les jumeaux des pinèdes ont la grosse tête…&lt;/span&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Vous vous souvenez je suppose que les jumeaux, qui vivent depuis trois cents ans, ont gardé la même façon de s’habiller depuis leur naissance. Le jour où un violent orage avait dévasté toute la forêt jusqu’à l’océan, et où la foudre avait dans un fracas effroyable fendu en deux, dans le sens de la hauteur un magnifique pin maritime multi centenaire. Et là, au cœur de l’arbre, dans le secret de son tronc gigantesque (quatre hommes adultes pouvaient difficilement en faire le tour en se tenant par la main !), deux petites graines venues d’on ne sait où, avaient fait leur nid depuis des décennies… En silence. Secrètement… Et la foudre venait, en un éclair, de les projeter dans la lumière. Les jumeaux des Pinèdes étaient nés.&lt;br /&gt;Je dis juste ça pour vous le remettre en mémoire !&lt;br /&gt;Ils étaient bien entendu nus comme des vers… Et ils n’avaient pas de Maman pour leur tricoter de jolies brassières ! Heureusement, ils savaient déjà marcher, et ils se sont mis à courir dans tous les sens pour trouver de quoi protéger leur nudité et leur petit ventre rond… Avec des fleurs de fougères ils ont tissé de belles petites jupettes, pratiques parce qu’elles ne les serraient pas comme l’aurait fait un pantalon, et ainsi ils pouvaient mieux courir… Avec des aiguilles de pins savamment entrelacées et lissées, ils ont confectionné des sandalettes. Mais ils étaient ennuyés et se sentaient encore nus : ils n’avaient encore rien pour protéger leur tête… C’est alors que dans un coin de la forêt, ils ont retrouvé des jumelles qui avaient été oubliées par les glaneuses qui viennent à la nuit tombée cueillir le petit bois pour allumer leur feu… Mais si, vous savez bien, les jumelles, ces petites tranches de pin, de quinze à trente centimètres, moitié écorce, moitié bois, formées par les outils des résiniers lorsqu’ils entaillent les arbres pour récolter la sève. Lorsqu’ils forment les carres. Ces petites jumelles, bien sèches, ne collaient plus et avaient pris une belle forme arrondie. En entrelaçant de fines ramures de genêt, ils réalisèrent un magnifique chapeau pointu du meilleur effet. Les jumelles de devant étaient assez longues pour que, en baissant juste un peu la tête, tout leur visage soit caché, tout en pouvant observer tranquillement tout ce qui se passait au travers des interstices.&lt;br /&gt;Mais vous savez tout ça par cœur…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hé bien, figurez-vous, que dernièrement, leurs chapeaux étaient tout usés et tombaient en capilotade… Il fallait faire quelque chose, très vite. Ils ne pouvaient surtout pas prendre le risque de se retrouver tête nue… Que diraient les habitants de la forêt ? Du hérisson au cerf en passant par le sanglier, tous allaient se moquer d’eux ! Et puis, je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit ? Le secret de leur pouvoir magique est dans le chapeau ! Plus de chapeau, plus de pouvoir magique !&lt;br /&gt;Ils auraient beau dire sur tous les tons :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;Cigalon, Cigala,&lt;br /&gt;Si tu es un méchant, là,&lt;br /&gt;Cesse d’être un méchant, là,&lt;br /&gt;Cigala, Cigalon&lt;br /&gt;Et puisque nous le voulons,&lt;br /&gt;Retourne au pays des méchants, au fond !&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Le méchant serait toujours bel et bien là ! Ou bien :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;Cigalon, Cigala,&lt;br /&gt;Si tu es un bouteille abandonnée là&lt;br /&gt;Cesse d’être abandonnée là,&lt;br /&gt;Cigala, Cigalon&lt;br /&gt;Retourne dans la voiture, allons,&lt;br /&gt;Des méchants qui t’ont jetée sans raison !&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;La bouteille ne bougerait pas de place ! Et très vite la forêt deviendrait impraticable, avec tout ce qu’abandonnent les promeneurs négligents.&lt;br /&gt;Ils devaient faire vite. Très vite.&lt;br /&gt;Seulement voila. Il n’y a plus de résiniers. Plus personne ne fait des piques dans les pins avec le hapchot… Les Jumeaux des pinèdes ne trouvaient pas de jumelles de pins… Ils commençaient à être sérieusement inquiets !...&lt;br /&gt;Et puis, comme toujours l’idée leur est venue en même temps.. .Et d’une seule et belle et forte voix, ils ont entonné :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;Cigalon, Cigala,&lt;br /&gt;Si dans un coin de la forêt, ici ou là&lt;br /&gt;il reste encore des résiniers, ici ou là&lt;br /&gt;Cigala, Cigalon&lt;br /&gt;Qu’ils cessent de se cacher sans raison,&lt;br /&gt;Mère foudre conduit-nous auprès des gemmeurs, allons…&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le ciel était pourtant magnifiquement bleu et limpide… Mais il y eut un craquement effroyable, et un gigantesque éclair est venu frapper le sol aux pieds des Jumeaux… ceux-ci se sont élevés dans les airs, ont virevolté, plané, volé, portés par une douce brise complice. Et ils se sont posés… Vous savez où ?...&lt;br /&gt;Dans le Sentier du Résinier, à Sanguinet ! Là où, pendant la belle saison, on montre aux touristes comment, autrefois, les hommes savaient utiliser la nature et la respectaient. Et elle le leur rendait bien…&lt;br /&gt;Voici donc nos petits jumeaux qui se précipitent pour récupérer des jumelles… Las… Les techniques ont évolué, et ce ne sont que de toutes petites brindilles de quelques minuscules centimètres que les gemmeurs arrachent des arbres !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Regarde, elles sont toutes petites, remarque Cigalon,&lt;br /&gt;- Mais non, elles sont normales ! C’est toi qui as pris la grosse tête depuis la dernière fois, rétorque Cigala…&lt;br /&gt;- Dis tout de suite que je suis prétentieux, j’insurge Cigalon !&lt;br /&gt;- Mais non, tu es tête en l’air, s’esclaffe Cigala… Alors elle gonfle en se remplissant de vide !&lt;br /&gt;- Qu’allons-nous faire se désole Cigalon ?&lt;br /&gt;- Déjà ce sont de vrais jumelles, et c’est important, le rassure Cigala…&lt;br /&gt;- Oui, mais alors ?&lt;br /&gt;- Alors…&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;Cigalon, Cigala,&lt;br /&gt;Oh gentilles brindilles si petites, là&lt;br /&gt;Cessez d’être ainsi petites, petites, là&lt;br /&gt;Cigala, Cigalon,&lt;br /&gt;Ensemble unissez-vous, allons,&lt;br /&gt;De belles jumelles ici nous retrouvons…&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Et vous avez compris… En moins de temps qu’il n’en faut à une grande fille et deux petits lascars pour mettre le couvert, les Jumeaux purent se confectionner de magnifiques chapeaux pointus aux pouvoirs magiques magnifiquement neufs.&lt;br /&gt;(Les chapeaux étaient neufs… Mais les pouvoirs aussi… Je vous raconterai une autre fois…)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes chéris, je vous fais mille et un baisers… Le un, c’est pour que vous vous disputiez pour savoir qui l’aura… Je vous aime. Bientôt je serai auprès de vous.&lt;br /&gt;Votre père, qui a son gros cœur tout serré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Albert. »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La juge hausse les épaules. Elle vient reposer les feuillets sur le bureau de son greffier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Hé bien, faites suivre Leclerc, allons !&lt;br /&gt;- Vous avez ordonné de contrôler tout le courrier envoyé par le détenu madame la juge.&lt;br /&gt;- Bien sûr, je veux voir ce qu’il dit aux différentes personnes à qui il écrit ! Et ce que ces personnes lui répondent.&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Mais là, vous voyez bien que c’est une histoire pour ses en-fants, non ? Vous croyez peut-être qu’elle est codée ? Les pauvres mômes ! Ils doivent bien assez souffrir. Leur mère morte et leur père en détention… Laissons-les encore rêver les malheureux. Ils sauront bien assez tôt que leur père est une ordure de la pire espèce.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ce moment le commissaire frappe et glisse sa tête dans la porte entrouverte :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je peux ?&lt;br /&gt;- Ah ! Tiens. Commissaire ! Si vous voulez jeter un œil sur la prose de notre principal suspect… Vous allez voir… C’est sûr ! on lui donnerait le Bon Dieu sans confession, à celui-là ! Dr Jekyl et Mister Hyde, vous connaissez ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le policier lit rapidement la lettre que la juge vient de lui tendre, en se gardant bien du moindre commentaire. Il y a bien longtemps qu’il a appris à ne pas l’affronter bille en tête lorsqu’elle se carre dans ses certitudes. Avancer, doucement, par petites touches.&lt;br /&gt;Il profite d’autres formalités à accomplir au Tribunal pour venir dire quelques mots à la juge des nouvelles pistes venues fortuitement à leurs oreilles. Là aussi, par expérience, il sait que l’information va lentement faire son chemin dans les certitudes de la juge. Lorsqu’ils auront de nouveaux éléments, elle sera davantage prête à les écouter. Avec certains autres magistrats, il ne faut parler d’une information que lorsqu’elle a été vérifiée et corroborée par d’autres éléments. La mère Filipoint, elle, aime à s’associer aux méandres des raisonnements des enquêteurs. Et à y mettre bien souvent son grain de sel.&lt;br /&gt;En quelques mots, il l’informe du nouveau « témoin » déniché presqu’accidentellement. Elle reste songeuse quelques minutes…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;- Ouais… Attention à ne pas prendre une bulle de savon pour un ballon de foot ! Sinon, je ne sais pas ce que vous en concluez, Jason, mais, à mon avis, vous auriez tord de reporter des soupçons sur le jeune Vanneaux.&lt;br /&gt;Vous me connaissez, je ne porte jamais de jugement à l’emporte pièce sur la personnalité des personnes mises en cause dans une affaire. Mais là, le soir du meurtre, j’ai longuement observé ce jeune homme pendant que votre jeune inspecteur était auprès de lui. Cet homme était vraiment en état de choc. Il n’aurait jamais pu jouer ainsi la comédie !&lt;br /&gt;- Bien sûr… Et il faut dire aussi qu’il est fort joli garçon ! Et qu’on lui donne facilement le Bon Dieu sans confession !&lt;br /&gt;- Jason ! (Elle rit…) Si je ne vous connaissais pas aussi bien, je pourrais me vexer de tels sous-entendus ! Mais je vous connais trop ! D’ailleurs, l’allusion ne tient pas. Bergonses est également fort bel homme, et (malheureusement) il doit aussi beaucoup plaire aux femmes. Mais il est un pervers de la pire espèce, l’autre au contraire semble aussi pur et innocent qu’un agneau qui vient de naître !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Attendez…&lt;br /&gt;- … … ?&lt;br /&gt;- Je crois que cette dernière information mérite d’être fouillée très sérieusement, et cette personne… Vous dites ? … Annie Lasvalès ?... Oui, cette Lasvalès doit être très vite entendue. Je ne serais pas étonnée d’une certaine complicité. Qui expliquerait bien des choses… Comme la disparition de l’arme, entre autre.&lt;br /&gt;- Vous imaginez Vanneaux et elle complices ?&lt;br /&gt;- Non ! Pas Vanneaux ! Bergonses !&lt;br /&gt;- Mais rien ne laisse penser qu’ils se connaissent ?&lt;br /&gt;- Allons… Ce n’est pas à un vieux singe que je vais apprendre à faire des grimaces ! Bergonses sait que Vanneaux a beaucoup aimé cette femme. (Souvenez-vous, dans son « journal », c’est lui qui « console » l’abandonné). Le prévenu veut récupérer sa femme. Il retrouve la trace de l’ancienne compagne de son rival, la contacte et, d’une manière ou d’une autre parvient à la convaincre de relancer son ex. Il profite de son voyage à Paris pour la rencontrer, et la pousse à avoir une explication avec sa femme. Pourquoi pas, va avec elle à son domicile, pour faire prendre conscience à sa femme que celui qu’elle croit son fidèle compagnon n’hésite pas à la tromper avec une ex.&lt;br /&gt;Ensuite, qu’il ait commandité le meurtre (Ça peut être une histoire de gros sous également !) ou que la discussion entre les deux femmes ait dégénéré… Ceci reste à déterminer.&lt;br /&gt;- … … ??&lt;br /&gt;- Quoi, vous semblez dubitatif ? Tout ça se tient, non ?&lt;br /&gt;- C’est un scénario qui ne nous surprendrait, ni l’un, ni l’autre ! Nous avons connu plus machiavélique encore ! Mais pour le coup, je pense en premier à des circonstances plus simples. Une dispute entre deux rivales, par exemple.&lt;br /&gt;- Bien entendu, vous avez raison… Quoique l’expression de la victime lors des premières constatations ne faisait pas penser à une dispute qui aurait mal tourné. Et, je dois l’avouer… Je serais déçue quelque part si Bergonses était innocenté ! Il a tellement fait souffrir cette malheureuse femme, de son vivant !&lt;br /&gt;- Mmmm… Le capitaine Henri poursuit les investigations. Il a envoyé des hommes chez elle pour l’entendre. Je vous tiens au courant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xvi-nouveau-temoin.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XVI)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-3536810029954554003?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/3536810029954554003/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=3536810029954554003' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/3536810029954554003'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/3536810029954554003'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xv-courrier-en-prison.html' title='Chap XV  Courrier en prison'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-8345892004666592096</id><published>2009-02-07T10:26:00.004+01:00</published><updated>2009-02-09T14:28:40.733+01:00</updated><title type='text'>Chap XIV  Justice</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;14&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Irène Filipoint arrive rigoureusement ponctuelle au Tribunal, comme à son habitude.&lt;br /&gt;Elle n’aime vraiment pas cette bâtisse moderne sans aucune personnalité. Son emplacement même l’a toujours gênée. Accolée au dos de la Préfecture, jouxtant le commissariat, et à deux pas de l’Agora, le grand centre commercial qui se voudrait un nouveau centre ville. En somme, les concepteurs ont dû imaginer que l’on venait au Tribunal comme l’on va faire ses courses au supermarché, ou comme l’ont subit d’interminables queues à la préfecture pour faire réviser ses papiers ou pour récupérer une carte grise. Non, vraiment non. Elle était de ceux qui auraient voulu beaucoup plus de solennité, dans un environnement plus difficile d’accès, plus imposant. Ici, les justiciables se garent au parking des cinémas, où il y a toujours de la place, pour venir entendre prononcer des sentences qui sonnent étrangement faux dans ces salles épurées et exagérément fonctionnelles.&lt;br /&gt;Mais il faut faire avec. Et Irène fait de son mieux pour redonner à sa charge le poids de l’apparat de la justice. Son mystère. Son intimidation indispensable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Madame la juge fait peur. Bien souvent, elle éveille même la haine chez les prévenus. Elle en a parfaitement conscience. Et s’en moque. Au fond d’elle-même, elle sait qu’elle fait son boulot de façon irréprochable. Pour autant que la Justice puisse être exempte de reproches. Si la peur s’avère un outil utile pour percer à jour la vérité, va pour la peur.&lt;br /&gt;Les avocats, eux, connaissent, apprécient et respectent sa droiture. Ils savent par expérience qu’elle instruit toujours avec équilibre les éléments à charge et ceux qui peuvent être à décharge pour leurs clients. Et ils sont les premiers à conseiller à ces derniers de surtout ne pas essayer de finasser avec elle. Dire la vérité. Assumer leurs erreurs. Sinon, ils doivent savoir qu’ils vont immanquablement prêter le flan à ses réactions les plus vives.&lt;br /&gt;Le Parquet aussi, a depuis longtemps abandonné l’illusion de la plier à ses exigences ou ses fantaisies. Ses décisions sont sans appel. Inutile d’essayer de contester une décision de mise en détention ou au contraire de remise en liberté. Ils savent que le moindre de ses dossiers est parfaitement ficelé, argumenté, inattaquable. Le procureur lui donne sans réserve toute sa confiance. Il sait apprécier à sa juste valeur le fait qu’ils soient devenus amis. Il lui confie systématiquement les dossiers les plus épineux, les plus lourds. Parfois les jeunes substituts cherchent encore à contester sa prépondérance. Elle sourit volontiers à leur jeunesse fougueuse. Et les remets gentiment mais fermement à leur place.&lt;br /&gt;Ainsi, au fil des années, madame Filipoint a su construire, puis pré-server l’image d’une juge d’instruction professionnelle et rigoureuse. Toujours implacable. Toujours juste. Son titre de doyenne des juges d’instruction est son bâton de maréchal. Elle n’a jamais voulu solliciter de plus hautes responsabilités. Ni prendre d’autres fonctions au niveau du Siège. Elle a en horreur les aspects administratifs et le management d’une équipe, même si elle accomplit ces tâches rigoureusement. De très loin, elle préfère rester proche du terrain.&lt;br /&gt;Alors, l’image de la vieille fille revêche qui lui colle à la peau. Dieu seul sait à quel point elle s’en moque, en rigole à s’en battre le ventre ! Ni ces rumeurs, ni rien d’autre d’ailleurs ne peut fragiliser sa volonté de fer.&lt;br /&gt;Au passage, elle se remémore, avec quand même quelques battements de cœur, le grave incident survenu il y a quelques années dans son bureau. Elle instruisait une affaire de viol. C’était l’une des toutes premières affaires impliquant le GHB, la drogue du violeur. Le prévenu se prétendait un monsieur digne et respectable. Avec violence il refusait les faits, ressassant sans cesse que la fille était consentante et les avait suivis dans la voiture de son plein gré, ses deux acolytes et lui. Que bien sûr c’était pour le plaisir, et seulement par vice qu’elle s’était adonnée à des fellations tout en se laissant sodomiser. Soudainement, avant que les gardiens puissent faire quoi que ce soit, le prévenu avait bondi comme une furie, envoyant valdinguer tout ce qui était sur son bureau et essayant de renverser celui-ci sur elle ! Il hurlait : « Vous n’êtes qu’une pouffiasse mal baisée, une vieille fille coincée du cul, qui s’excite sur notre dossier ! ».&lt;br /&gt;Les rumeurs devaient courir bon train à la Maison d’Arrêt.&lt;br /&gt;Cet imbécile se rajoutait une procédure d’outrage à magistrat, et s’offrait en prime les rigueurs les plus sévères de ses collègues pour juger le dossier. Son malheureux avocat avait été catastrophé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle prie pour ces imbéciles. Elle ne peut rien faire de plus ! D’ailleurs, combien de gens savent seulement qu’elle a été mariée ? Même parmi ses collègues magistrats, ceux qui sont au courant que sa qualité de « madame » est justifiée doivent se compter sur les doigts d’une main. Et pourtant ! Combien elle a été amoureuse, combien ils ont été heureux ! Son corse de mari, rencontré banalement dans une fête de village, là-bas, lors de vacances au pays, était beau comme un Dieu. Grand, athlétique, un visage d’archange sombre, avec ses grands yeux noirs à demi cachés par d’épais sourcils réguliers, aux cils invraisemblablement longs et recourbés. Ses yeux seuls avaient suffi à la rendre follement éprise. Lui, en athlète accompli, était surtout fier de son corps. Ses yeux ne lui plaisaient pas du tout. « J’ai des yeux de vache ! » disait-il en faisant la grimace. Ils se sont aimés avec passion. Ils ne comptaient pas les dimanches passés sans quitter leur couche. Deux ans. Deux ans seulement. Deux ans de bonheur total qui la nourrissent encore.&lt;br /&gt;Il était flic dans la Brigade Mobile. Il passait ses journées à sillonner les routes sur sa moto. L’uniforme lui allait si bien ! Il avait une allure si fière sur son pur sang ! Pourtant elle n’est pas femme de héros, il n’est pas mort en service. Un soir, en rentrant du cinéma. Un énorme poids lourd lancé à pleine vitesse leur a refusé la priorité. Elle est restée trois mois hospitalisée. Et avait perdu le bébé qu’ils venaient de mettre en route.&lt;br /&gt;Elle n’a plus jamais regardé un autre homme. Ses seuls refuges : le travail et la prière. En attendant de le retrouver. Non, non, elle n’est pas coincée ! Elle ne supporte simplement pas de voir malmener, dévergonder, piétiner, ou simplement ne pas considérer et respecter ce Don de Dieu qu’est l’amour ! Elle voudrait que tout un chacun n’éprouve que de merveilleux et chastes sentiments éthérés.&lt;br /&gt;La vie s’est écoulée sur ses frêles épaules de petit bout de femme. Les ans ont passé. Les kilos superflus sont restés et se sont confortablement installés. Sa belle crinière noire et sauvage s’est disciplinée. En devenant poivre et sel, elle s’est réfugiée dans un minuscule chignon serré presqu’au sommet du crâne. Irène Filipoint ne se maquille jamais, porte des vêtements rigoureux, voire sévères. Ses gambettes, fines et presque minuscules par rapport au reste du corps, trottinent à petits pas serrés, donnant l’impression qu’elle roule vers sa destination. Madame la juge impressionne. Madame la juge intimide. Irène n’a pas toujours été comme ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ne s’attarde pas dans les couloirs. C’est une journée très chargée, et elle veut prendre le temps de jeter un dernier œil sur le dossier et avoir le capitaine Henri au téléphone, avant d’entendre mon-sieur Bergonses. La garde à vue touche à sa fin, et il ne sert à rien de prolonger inutilement la situation qui reste bloquée. Le prévenu nie tout en bloc, argue de sa bonne foi et des relations privilégiées qu’il avait avec sa femme, même après leur séparation. Il cherche à faire pression avec ses enfants, en mettant en avant le drame qu’ils sont en train de traverser.&lt;br /&gt;De son côté, elle constate un réseau de présomptions, un mobile possible, la jalousie, des déclarations contradictoires et non corroborées depuis son interpellation. Le document, dont il a reconnu être l’auteur, éclaire d’un jour particulièrement pervers le mental de cet homme. En l’absence d’autres pistes, il reste le suspect numéro un. C’est ainsi. C’est un constat.&lt;br /&gt;Compte tenu que la police n’est toujours pas parvenue à mettre la main sur les armes du crime ; compte tenu du maillage relationnel ahurissant autour de la victime, ses parents, son compagnon, le frère et l’épouse de celui-ci, le compagnon du prévenu, la famille de ce jeune homme, les amis et relations, toutes ces personnes se révélant proches et solidaires ; compte tenu en conséquence que les risques de détournement de preuves ou de subornation de témoins est importants, la détention préventive s’impose. Elle s’attend quand même à un combat pied à pied avec l’avocat. Maître Sorino intervient surtout dans les affaires financières. Beaucoup plus rarement au pénal. Mais elle le connaît bien et sait comme il peut être implacable dans ses argumentations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri ne peut apporter d’éléments nouveaux. La nuit a été calme. Hier soir, elle a reçue le rapport de la commission rogatoire. Le sieur Michedon n’apporte aucun élément nouveau. Il confirme que monsieur Bergonses a été appelé en urgence chez un client, suite à un incident technique grave. Le prévenu avait envisagé d’interrompre les vacances et de rentrer tous à Paris. C’est lui-même, Dominique Michedon qui s’y est opposé dans l’intérêt des enfants. Elément qui limite la préméditation, mais dont la fiabilité reste toute relative au vu des relations « privilégiées » entre les deux hommes.&lt;br /&gt;La juge se sent de nouveau frissonner à cette simple évocation.&lt;br /&gt;L’autopsie n’apporte pas davantage d’éléments décisifs. L’arme utilisée est un calibre 38. Un des plus courants. Pour produire des dégâts aussi importants, le coup a été tiré à bout portant. On a d’ailleurs retrouvé des traces de brûlé sur les lambeaux du chemisier. Ces éléments là donnent des idées possibles de scénarii, mais ils ne renseignent en rien sur la personnalité du meurtrier. Si ce n’est, selon l’orientation de l’arme, une possible similitude de taille entre la victime et son assassin. Rien de vraiment flagrant.&lt;br /&gt;La juge pour sa part, a une certitude. Pour pouvoir tirer d’aussi près, le meurtrier doit avoir pu s’approcher très naturellement de la malheureuse femme. Irène Filipoint a encore devant les yeux l’expression étonnée, ahurie de la victime. Le meurtrier est sans nul doute possible un proche. Voire un intime.&lt;br /&gt;Nicolas Vanneaux ne peut pas être suspecté. Ses alibis ont été vérifiés et ne prêtent à aucun doute. Bien avant de connaître les résultats de ces investigations, la juge n’avait pas d’hésitation. Elle en a vu dans sa carrière des mystificateurs et des comédiens ! Mais là, non. Ce garçon ne pouvait pas simuler de tels sentiments. Quand ils sont arrivés sur les lieux, il était dans un violent état de choc. Le soir, le lendemain même, il avait toujours ces yeux vitreux et éteints de ceux qui ne comprennent pas la douleur qui les submerge. La juge ne doutait pas.&lt;br /&gt;Mais pourquoi, Diable, n’était-il pas rentré directement chez lui ?&lt;br /&gt;Question secondaire. Dans l’immédiat, elle va entendre le mari, l’inculper, et le mettre en détention. Simple formalité. Aucun état d’âme. Cet individu est une ordure. Elle sourit vaguement, en pensant à ce vieux procureur qui lui dit un jour : « Mais n’hésitez surtout pas à les mettre en détention ! Si vous, vous ne savez pas exactement pourquoi, ces voyous, eux, en connaissent parfaite-ment de multiples raisons ! ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Albert se sent étonnamment calme. Le premier temps de la révolte est passé. Il sait maintenant qu’il est pris dans un piège immonde dont il ne sortira pas en ruant dans les brancards. Il se sent pieds et poings liés face à une machine judiciaire qui s’emballe, qui a oublié la balance de son symbole et n’en a gardé que le bandeau sur les yeux.&lt;br /&gt;Il vient d’avoir un entretien avec son avocat. Maître Sorino est catastrophé. Le malheureux est loin de son environnement habituel de pinailleries autour de contrats commerciaux ! Il a promis de s’appuyer sur l’un des meilleurs avocats du barreau, habitué du pénal. Dès à présent il s’est engagé de toute son âme dans la procédure et la défense de son client. Ils ont toujours eu des relations privilégiées. Purement professionnelles, mais privilégiées. Il n’a pas caché qu’il était très pessimiste. Bien sûr, le dossier est vide. Aucun fait tangible ne peut lui être imputé. Toute l’accusation repose sur des présomptions. Uniquement des présomptions. Mais, paraît-il, concordantes. Et Albert a découvert avec ahurissement l’aura redoutable de la juge Filipoint en charge de son dossier.&lt;br /&gt;Non, rien ne sert de ruer dans les brancards. Il doit regarder les choses en face, et élaborer une stratégie. Méthodiquement. Professionnellement, en quelque sorte. D’abord, s’occuper des conséquences immédiates de ce qui lui tombe sur le dos.&lt;br /&gt;Les enfants en premier lieu. Heureusement que sa sœur a pu des-cendre aussitôt pour appuyer Dominique. Encore faudrait-il qu’elle ne veuille pas tout accaparer et régenter à sa guise ! Bien entendu, les petits, profondément perturbés par la mort de leur mère, ne doivent pas, en plus, être confrontés une seule minute à l’idée que leur père puisse être impliqué, en quoi que ce soit, dans cet horrible drame. Maître Sorino a accepté de téléphoner à Dominique dès son retour dans ses bureaux. Et il se rendra sur place à Mimizan dès que possible, lorsqu’Albert aura pu écrire une lettre aux enfants, qu’il leur remettra en main propre. Malgré quelques réticences, il a compris la démarche de son client qui tient, malgré leur jeune âge, à leur dire sans louvoyer toute la vérité. L’avocat a eu l’occasion de dîner à plusieurs reprises chez les Bergonses. Il sait le niveau de transparence que le couple a toujours privilégié dans l’éducation de leur progéniture.&lt;br /&gt;Ensuite, Dominique. Albert ne peut imaginer un seul instant que le jeune homme puisse être envahi du moindre doute. Ils se connais-sent trop bien. Mais le garçon doit être bien démuni et ne pas savoir vers où se retourner. L’avocat aura une lettre pour lui. Une aussi pour sa sœur. Sinon Sophie ne comprendrait pas, et elle se vexe si facilement…&lt;br /&gt;Suzy. Il est impensable que les enfants et lui-même ne soient pas présents à la cérémonie. Maître Sorino lui a confirmé que les ob-sèques pouvaient être retardées, tant que le corps serait gardé à la morgue. Encore faut-il que la famille accepte. L’homme de loi a également pris en charge d’exposer le souhait de son client aux parents de la victime qu’il a déjà eu l’occasion de rencontrer. Albert reste serein à leur sujet. Ses beaux-parents, rigides et prudes, le connaissent trop bien pour pouvoir donner le moindre crédit aux accusations qui pèsent sur lui. Ils lui feront confiance. Et, quelle que soit leur tristesse, ils accepteront de patienter le temps que les choses décantent un petit peu.&lt;br /&gt;Nicolas. Le pauvre garçon. Il est fou de douleur. Et lui, Albert, ne peut rien faire. Il n’est absolument pas souhaitable qu’il lui écrive. Albert a su qu’Olivier l’avait pris en charge le jour même. Il doit toutefois lui faire savoir que lui aussi, il pense à lui. Qu’il lui garde toute son affection. L’avocat, qui a aussi Olivier comme client doit avoir déjà téléphoné.&lt;br /&gt;Enfin, et seulement après, sa défense. Que peut-il faire, coupé de tout comme il l’est ? Il ne comprend rien à ce meurtre immonde. Pourquoi Suzy, qui était la bonté même ? Pourquoi justement ce jour là, à quelques heures du retour de son compagnon ? Alors que lui, Albert était dans la région parisienne ? Il n’a jamais cru aux hasards. Tout ceci a un sens. Lequel ? Et la violence du crime. L’avocat a pu consulter le dossier, et lui a appris les circonstances révélées par les premières constatations. Pourquoi les policiers ne lui en ont dit mot ? Ils attendaient qu’il se trahisse ? Pourquoi cette mutilation ? Justement le sein droit, malade. Ce n’est plus un hasard. Mais un message codé. Lequel ?&lt;br /&gt;Albert a beau réfléchir, tous les intimes, tous les proches, sont d’évidence hors de cause. Mais alors, qui ? Qui ? Il est exact que dans les premières minutes, l’idée que Nicolas puisse être le meur-trier, par désespoir, lui a traversé l’esprit. Il aurait pu apprendre ce que lui, Al, avait partagé avec Suzy à Mimizan. Mais ce garçon n’est en aucun cas violent. Il aimait trop Suzy. De toute manière, il a été totalement disculpé par l’enquête. Alors qui ? Qui ?&lt;br /&gt;Quel que soit le sens où il se tourne, Albert bute sur un mur. Un mur haut et épais. Un mur opaque. Un mur ignoble.&lt;br /&gt;Dans l’immédiat, il n’a pas un instant de répit. Interrogatoires, identification judiciaire, entretien avec son avocat…Il aspire presque à être incarcéré au plus vite. Quand il sera seul, isolé dans sa cellule, il pourra réfléchir. Et il compte bien tout faire pour trouver une explication logique. Elle existe. Il en est convaincu !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le capitaine Henri s’est rendu au Palais avec le prévenu lorsque le commissaire Jason reçoit les deux inspecteurs retournés au « Train Bleu » pour enregistrer la déposition du garçon de café. Celui-ci valide les déclarations de Nicolas Vanneaux. Pas de trouble. Le serveur donne même quelques précisions supplémentaires qui lui sont revenues entre temps. Mais la chose intéressante a pointé son nez pendant qu’ils discutaient à bâtons rompus avec plusieurs membres du personnel. Subrepticement, comme souvent.&lt;br /&gt;Un autre serveur se souvenait également du client. Il le regardait apparemment avec des yeux pas tout à fait professionnels. Dit plus clairement, il le trouvait particulièrement beau mec et n’y était pas indifférent. Il est absolument affirmatif. Le client s’est levé et a payé quand une femme lui a fait un signe de l’extérieur. Il l’a rejointe et ils sont partis ensemble. Pour le coup, le serveur a perdu toutes ses illusions… Les inspecteurs ont jugé opportun d’enregistrer également cette déclaration là.&lt;br /&gt;Jason a senti un frisson parcourir son échine. De bas en haut, puis de haut en bas. Il connaît bien ce signe. Tout son corps lui dit qu’il est en train de toucher du doigt un élément clé de l’enquête. Son flair lui a bien souvent rendu d’appréciables services. Il « sent » que ces quelques mots anodins vont changer la suite de l’enquête.&lt;br /&gt;Depuis quarante-huit heures ils tournent en rond avec une flopée de proches et d’intimes qui tous se connaissent et sont prêts à jurer de l’innocence des autres. Là, soudain, un nouveau personnage. Un tout petit personnage discret. Au point d’être passé sous silence.&lt;br /&gt;Il fait immédiatement convoquer Nicolas Vanneaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le policier se flatte de toujours rester suffisamment lucide face à lui-même. Or, il doit le concéder. Son appréciation du prévenu a sensiblement évolué ces dernières heures. Dans les premiers temps, il n’avait éprouvé que mépris pour le mari volage de la victime. En outre, il faut bien le dire, ce dernier semblait tout faire pour ne susciter que de l’agressivité à son encontre. Après la première nuit de garde à vue, Bergonses a totalement changé d’attitude. Lorsqu’il est venu lui annoncer que son avocat, prévenu par Olivier Vanneaux arrivait, et qu’il allait pouvoir s’entretenir avec lui, le commissaire s’est permis d’exprimer son étonnement en apprenant que le prévenu, malgré les conditions spartiates de cette cellule, avait profondément dormi une bonne partie de la nuit. Le gardé à vue, au lieu de répondre avec l’arrogance à laquelle il l’avait habitué depuis 48 heures, a eu un sourire triste et contrit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- « Oui, je comprends que ceci puisse vous choquer, sachant ce que je suis en train de vivre. Je dois être un monstre : je n’ai pas encore trouvé ce qui pouvait m’empêcher de dormir !&lt;br /&gt;Mais c’est dans ce sommeil impératif et lourd que je réussis à me ressourcer. »&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet. Il était comme apaisé.&lt;br /&gt;Et puis, il y a eu ces quelques phrases échangées avec l’avocat. Un homme respectable, positivement connu sur la place de Paris et même jusqu’ici en banlieue. Un père de famille nombreuse dont les mœurs ne prêtent à aucun doute. Il a exprimé une telle admiration, un tel respect pour le prévenu ! Avant même de l’avoir rencontré il a affirmé sa totale conviction dans l’innocence de son client.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- « Je ne sais pas comment vous dire… C’est comme si vous m’annonciez que l’on a surpris l’abbé Pierre avec deux prosti-tuées dans un hôtel borgne… Mon client se serait laissé couper en tranche plutôt que de lever la main sur sa femme. Il reportait la mise en place de la procédure de divorce, parce qu’il avait peur de lui faire du mal.&lt;br /&gt;Non, croyez-moi… Ou pas, d’ailleurs. Vous faites votre boulot, commissaire. Je suis convaincu que mon client souhaite plus que vous tous que la lumière soit faite sur ce drame horrible. »&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Il avait dû expliquer à monsieur Bergonses qu’il ne servait à rien, de batailler à contre-courant. Après l’entretien avec son conseil, le prévenu était serein, comme déterminé. Et il finissait par en être moins antipathique aux yeux du commissaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas Vanneaux est visiblement profondément affecté. Ses yeux lui mangent la moitié du visage. Lui, n’a pas dû beaucoup dormir ces dernières nuits. Dans ces circonstances Jason ne peut s’empêcher d’éprouver une sorte d’empathie pour cet homme. Avec sa voix qui se veut la plus aimable, il demande au garçon des précisions sur la belle inconnue de la gare de Lyon. A sa grande surprise les traits du garçon se figent, et il refuse de donner une quelconque explication.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- « Ah… Cette personne ? C’est une amie que j’ai rencontrée par hasard. Je suis désolé. Mais elle n’est en rien concernée par cette affaire. Et je ne vois aucune raison de dévoiler son identité. Vos hommes ont pu vérifier l’exactitude de mes déclarations… Alors ! Vous ne croyez pas que j’ai autre chose à penser ? »&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le commissaire peut parfois se laisser aller à être sentimental.&lt;br /&gt;Mais le boulot est le boulot, et le frisson sur son échine perdure. Il change brusquement de ton, rappelle qu’ils enquêtent sur un meurtre, que rien en la matière ne sera négligé. Il place habilement dans ses observations que Bergonses est en route pour Fleury, et que leur job n’est pas de soupçonner quelqu’un en particulier, mais tout le monde. Pour finir il informe le jeune homme qu’il doit attendre pour être auditionné par l’Inspecteur Henri à son retour.&lt;br /&gt;Sur ce, il demande à un gardien d’accompagner le témoin dans la « salle d’attente ». Ainsi appellent-ils l’une des cellules de garde à vue dont la porte reste grande ouverte… Pas d’inculpation, pas d’incarcération à proprement parler, mais de poireauter ainsi quelques quarts d’heures sous le regard permanent de l’équipe de garde remet les choses à leur juste place et délie bien souvent les langues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand Henri revient, il le met rapidement au parfum, et son adjoint reçoit le jeune Vanneaux dans le cadre d’une audition formelle. Un gardien s’installe comme secrétaire et positionne l’écran et le cla-vier en bonne position pour la frappe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Le commissaire vient de m’informer que vous avez omis de parler d’une rencontre faite lors de votre attente au « Train Bleu »… Nous sommes ici pour y remédier. Vous savez très bien que nous ne devons rien négliger. Qui est cette per-sonne ?&lt;br /&gt;- Je vous en prie inspecteur ! C’est une amie de longue date, et je ne souhaite pas qu’elle soit importunée ou interrogée.&lt;br /&gt;Comprenez-moi !&lt;br /&gt;- Qui est cette personne ?&lt;br /&gt;- Mon… Ma… Mon ex compagne. D’avant ma rencontre avec Suzy. Alors vous comprenez…&lt;br /&gt;- Qui est cette dame ? Son nom ?&lt;br /&gt;- … … Annie Lasvalès.&lt;br /&gt;- Et vous vous êtes rencontrés par hasard ?&lt;br /&gt;- Oui… Non, pas vraiment… Enfin, je…&lt;br /&gt;- Soyez clair et précis monsieur Vanneaux. Dans votre intérêt ! Vous aviez rendez-vous ?&lt;br /&gt;- Comme ça. Pas précisément.&lt;br /&gt;- Vous aviez rendez-vous, oui, ou non ?&lt;br /&gt;- … … Oh… Et puis maintenant, quelle importance ? Je suis ridicule.&lt;br /&gt;- Alors ?&lt;br /&gt;- Oui. Nous avions rendez-vous au « Train Bleu » vers 17 heures 30. C’est elle que j’attendais.&lt;br /&gt;- Mais pourquoi avoir essayé de le cacher ? Pourquoi avoir menti ?&lt;br /&gt;- Je n’ai pas menti ! J’ai dit la vérité !&lt;br /&gt;- Non, vous n’avez pas parlé de ce rendez-vous. Et c’est pour ça que vous avez quitté Nantes plus tôt que prévu !&lt;br /&gt;- Non ! Nous avons fini plus tôt, je ne pouvais pas savoir !&lt;br /&gt;- Alors, ce rendez-vous ?&lt;br /&gt;- Quand j’ai été dans le train je l’ai appelée. Pour savoir si l’on pouvait se voir. Nous avons pris rendez-vous à ce moment là.&lt;br /&gt;Et elle a eu un empêchement.&lt;br /&gt;- Pourquoi vouliez-vous la revoir ?&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Pourquoi ??&lt;br /&gt;- … Elle… Elle était venue me voir à Nantes dans la semaine. Et nous nous étions réconciliés.&lt;br /&gt;- Vous étiez fâchés ?&lt;br /&gt;- C’est elle qui m’a quitté. Pour un autre. J’ai rencontré Suzy quand j’étais sous le choc de cette séparation, il y a deux ans.&lt;br /&gt;- Et c’est elle qui vous avait recontacté ? Ou vous ?&lt;br /&gt;- Elle avait appris par un ami que j’étais avec le « Royal Bazar » à Nantes. Elle est venue pour provoquer notre ren-contre.&lt;br /&gt;- Pourquoi ne pas avoir parlé de cette personne dès les pre-mières auditions ?&lt;br /&gt;- … … Vous croyez que je sais ? J’avais honte, très honte je crois. C’est la seule fois où j’ai fait une infidélité à ma femme. Avec une ex, en plus ! Je ne voulais pas que ça se sache. Pour Albert, pour les enfants…&lt;br /&gt;De toute façon, je ne lui avais donné rendez-vous que pour bien lui expliquer que ce qui s’était passé entre nous n’était qu’accidentel. Que je ne quitterais jamais Suzy et les enfants pour retourner avec elle.&lt;br /&gt;- Elle ne le savait pas ?&lt;br /&gt;- J’ai essayé de le lui expliquer à Nantes. Mais elle n’a rien voulu entendre ! Elle disait qu’elle m’aimait. Plus qu’avant. Qu’elle avait compris ses erreurs. Que tout était de nouveau possible.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Hé bien, hé bien ! Voici que l’affaire se présentait sous un autre jour ! Le petit compagnon tellement traumatisé. Tellement innocent, tellement pur Pas si pur que ça semble-t-il ! Peut-être pas aussi innocent qu’il prétend en avoir l’air. Et cette Annie Lasvalès ? Quel rôle peut-elle bien jouer là-dedans ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Cette amie… Elle vous a dit je suppose pourquoi elle était en retard à votre rendez-vous ?&lt;br /&gt;- Non, pas vraiment… Si… Elle m’a dit qu’un aigrefin avait débarqué chez elle à l’improviste, et qu’elle n’avait pu ni se débarrasser de l’importun, ni me téléphoner.&lt;br /&gt;- Et vous l’avez crue ?&lt;br /&gt;- De toute façon, je m’en fichais. J’étais en colère d’avoir attendu pour rien, alors que Suzy était sans doute rentrée à la mai-son. Et j’ai été très désagréable, refusant d’aller boire un verre et de discuter. Je lui ai dit qu’elle n’avait pas changé, toujours aussi égocentrique, et que c’était préférable que nous ne cherchions plus à nous revoir. Mon train était en gare. Je suis monté sans lui dire au revoir. J’étais très colère !&lt;br /&gt;- …&lt;br /&gt;- Et après, arrivé à la maison… Mon Dieu… Je n’ai plus repensé à Annie jusqu’à cet instant-ci.&lt;br /&gt;- Vous devez la revoir ?&lt;br /&gt;- Comme je n’ai plus rallumé mon portable, elle a essayé de me joindre chez mon frère. Mais j’ai refusé de lui parler.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hé bien voila ! Il ne peut quand même pas inculper ce pauvre garçon d’obstruction à une enquête de police ! Comment réagirait-il, lui-même, dans de telles circonstances ?&lt;br /&gt;Ce qui est sûr, c’est que ladite enquête est bel et bien relancée ! Faut qu’il raconte au vieux. Il ne doit attendre que ça, le gros ! &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xv-courrier-en-prison.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XV)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-8345892004666592096?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/8345892004666592096/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=8345892004666592096' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/8345892004666592096'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/8345892004666592096'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xiv-justice.html' title='Chap XIV  Justice'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-5049394101270872982</id><published>2009-02-04T14:24:00.003+01:00</published><updated>2009-02-07T10:35:15.833+01:00</updated><title type='text'>Chap XIII Le Commissaire Jason</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;13 &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Depuis qu’il vit seul, le commissaire Jason a choisi d’habiter un petit appartement du vieux Corbeil. Un vieil immeuble, bien entretenu, proche de la rue Saint Spire, du marché, de toutes les commodités indispensables et même superflues. Pas de jardin à entretenir. Pas de réparations et de bricolages. Le rêve. En longeant la Seine, en un quart d’heure il rejoint Evry et le commissariat. Habituellement sans rencontrer ces satanés bouchons de circulation qui polluent la région parisienne, même en banlieue éloignée. Il est vrai qu’avec ses horaires ! Il n’aurait pas trop de soucis. Quoique. Lorsqu’il passe sous le pont de la Francilienne, il n’est pas rare qu’il y voit des files à l’arrêt, bloquées dans la cuvette du pont qui enjambe la Seine. A n’importe quelle heure. Depuis des années, des travaux sans cesse renouvelés rendent ce trajet chaotique. Ah, la mise en place de ces villes nou-velles !&lt;br /&gt;Les horaires, Jason s’en fiche éperdument. Personne ne l’attend chez lui, à part son chat. Qui dispose d’une chatière dans la porte du balcon, lui permettant d’aller à sa guise. Les toits de la vieille ville sont un prodigieux terrain de jeu pour lui.&lt;br /&gt;La vie rêvée des chats. Se balader, chasser, courir la gueuse, manger n’importe quand, il trouve toujours son assiette ap-provisionnée lorsqu’il n’a pas attrapé de moineau. Et dormir. Dormir. Où qu’il se trouve à l’instant voulu, il ne manque jamais le moment où son maître rejoint son couchage. Dans la minute qui suit, il se love dans le creux formé par les genoux repliés. Et Jason n’ose plus bouger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme n’a aucune amertume vis-à-vis de son métier. Ce ne sont pas les contraintes qui l’obligent à des horaires impossibles. Ce sont ses propres choix. Bien entendu, il a parfaitement conscience du stress parfois insupportable qu’engendre ce métier. Il en a vu des jeunes et des moins jeunes craquer à cause d’une pression trop forte. Il en a connu des drames et des grincements de dents. Mais lui, il a simplement, lucidement, choisi de donner la priorité à son travail. Tout le reste n’est que fadaise. L’argent, la politique, le sport, les femmes, la femme, la vie familiale, les enfants.&lt;br /&gt;Lui n’en a retiré que des gnons, des gifles, des amertumes.&lt;br /&gt;Et sans son boulot, il serait depuis longtemps tombé dans une déprime totale. Ou dans un alcoolisme sévère. Ce qui est loin d’être le cas. Ok, il ne crache pas sur quelques bières dans ses moments de trop grande solitude. Son œuf colonial en sait quelque chose ! Mais il y a bien longtemps qu’il n’a pas pris une véritable cuite.&lt;br /&gt;Quand ces pensées traversent son esprit, il a un petit sourire amer et un haussement d’épaules. Solitaire. Que n’a-t-il lu sur les difficultés psychologiques de son métier ! Le stress inhérent. Le nombre de suicides dans la profession plus important que la moyenne. Tout cela est vrai. Mais comme dans tous les métiers, il y a ceux qui le choisissent par vocation, ceux qui s’illusionnent sur son importance, sa potentialité de pouvoir et de domination des autres, ceux qui n’y voient qu’un gagne pain et ne sont pas préparés à y subir toute la pression du monde. Ceux qui choisissent la sécurité. Sécurité de l’emploi, sécurité d’être du côté du manche. Et ceux là, les pauvres ! Ils en prennent plein la poire.&lt;br /&gt;Ils n’ont pas du tout pensé que lorsque la cognée manque sa cible, c’est parfois la main et les doigts qui rencontrent l’enclume. Et plus il y a de force mise dans le coup frappé, plus les doigts se font écraser.&lt;br /&gt;Lui aussi, tout commissaire qu’il est, a parfois eu les doigts méchamment pris entre le manche et l’enclume. Mais il a très vite appris à mettre un solide gant de mailles tressées avant d’armer son bras. Et ce gant, c’est, entre autre, son allure bougonne et autoritaire. Un vrai ours. Il est craint. Donc respecté. Aussi bien par ses officiers et ses équipes, que par les autorités et les magistrats. L’enclume en est souvent recouverte par un tapis de mousse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le commissaire n’est pas un méchant type. Loin de là. Sous sa bonhomie un peu brute de décoffrage, il a même un cœur en or. Tous ses hommes (dont quelques femmes !) vous le diront. Au premier abord, un ours mal léché. Sûr. Sa corpulence y est pour beaucoup. Il intimide avec ses un mètre quatre-vingt-dix, et ses cent trente kilos. Il ne fait pas obèse à proprement parler. Sa carrure impressionnante, ses épaules de déménageur et ses bras d’haltérophile ont à eux seuls un sérieux impact sur la balance ; Il faudrait certes plus de quatre mains pour faire le tour de ses cuisses, et son assise est confortable ; Toutefois, ce sont son estomac et son ventre qui ont dû plus d’une fois bloquer l’aiguille au-dessus du maximum du cadran ! Vu de profil, la chose est particulièrement impressionnante. On se demande comment il peut tenir en équilibre et s’empêcher de tomber en avant. Les bières. Le manque d’activité physique.&lt;br /&gt;Son visage, poupin fatigué, aux cernes fortement marqués, est comme radouci par un collier de barbe d’une blancheur immaculée. Blancheur qui contraste avec le reste de sa chevelure, noir jais, encore abondante et désordonnée, malgré une légère tonsure qui gagne du terrain. Raison pour laquelle il vaut mieux ne pas le regarder de dos.&lt;br /&gt;En fait, il est préférable d’éviter son profil, et dans la mesure du possible, son dos. Ne reste plus qu’à le regarder de face !&lt;br /&gt;Ça tombe bien, la plupart du temps il est assis à son bureau.&lt;br /&gt;Des lunettes à la fine monture d’écaille et aux verres légèrement teintés n’adoucissent pas son regard perçant et autoritaire d’homme habitué à commander. Cependant, ceux qui le connaissent bien vous diraient que ces yeux sombres révèlent souvent une surprenante douceur avec les personnes qu’il estime, particulièrement avec les jeunes collègues lorsqu’ils expriment leur enthousiasme et leur foi en leur profession. D’aucuns disent même avoir parfois vu ce regard brouillé de larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, vraiment, le commissaire n’est pas un méchant type. Il n’a pas eu une vie très facile. De notoriété publique, son mariage a été un lamentable échec. Sa femme était plus souvent dans des réunions et des manifestations d’associations caritatives qu’au domicile familial. Avec son boulot à lui, ça ne facilitait pas les choses. Son fils, probablement trop laissé à lui-même, n’a jamais rien fait de sérieux. Il continue, à trente ans passés, à papillonner de petits boulots en petites combines. Le père ne voit le rejeton que lorsque ce dernier a vraiment besoin de pognon.&lt;br /&gt;Pour finir, sa femme l’a quitté pour un gauchiste pur et dur qui vomit tout ce qui relève plus ou moins de l’autorité de l’état. Sa fille, légère handicapée mentale, ne quitte pas sa mère qu’elle suit comme un petit chien.&lt;br /&gt;Jamais personne ne l’a entendu se plaindre ou même simplement maugréer sur son sort.&lt;br /&gt;Il vit seul, dans son minuscule deux pièces.&lt;br /&gt;Beaucoup de bruits ont courus sur ses aventures sentimentales. Il plaisait aux femmes, il plait encore, et il n’a jamais fait de fausses manières. En se montrant toujours discret, respectueux, même et surtout lorsqu’il s’agissait de femmes mariées.&lt;br /&gt;Jamais une fanfaronnade.&lt;br /&gt;Malgré ses succès connus ou murmurés, il n’a plus jamais voulu entendre parler de se mettre à la régulière. Lorsqu’elles ne peuvent pas l’accueillir, il amène ses maîtresses dans un petit hôtel discret de la périphérie. Seule visite féminine dans son petit appartement, une femme de ménage vient deux fois par semaine ranger l’antre de cet ours solitaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, le commissaire n’est pas un méchant type.&lt;br /&gt;Mais lorsqu’il a lu ce torchon écrit par une respectable personnalité de la ville, marié et père de trois enfants de surcroît, il a eu la nausée. Autant de bassesses et de perversions intégrées dans tout un discours normatif… C’est tout juste si cet individu ne prétend pas décrire un nouveau monde idéalisé.&lt;br /&gt;Oui, il ne voyait pas d’autre mot pour définir son ressenti : la nausée. Il en a vu des trucs et des machins dans sa foutue longue carrière ! Des crimes révoltants. Des actes de fous, de tarés. Toutes les bassesses et les perversions du monde sont passées dans son bureau. Mais il a toujours conservé la même intolérance pour ce qui reste à ses yeux le pire des crimes : l’abus sexuel et physique des enfants. Il n’en a vu que trop, parfois de tout petits, de ces mômes et de ces fillettes traumatisés à vie ! Hélas, oui, il n’en a que trop vus ! Et il n’a jamais fait de cadeaux à ces ordures d’obsédés pédophiles !&lt;br /&gt;Et là… Oh, Ok… Ne pas confondre ! Ok, ok. N’est-ce pas un peu trop facile de tenir un discours libertaire en défendant des actes entre adultes consentants ? Ceux qui le connaissent ne peuvent vraiment pas dire qu’il est coincé du cul. Comme lui-même le dit de la mère Filipoint.&lt;br /&gt;Mais en réalité, que se cache-t-il au fond de ces âmes perverses qui n’hésitent pas à étaler de telles transgressions en pleine lumière ? Faire et afficher ! Il y a quand même une sacrée différence ! Surtout lorsque cette âme diabolique prétend ne faire aucun choix et refuse de dire vraiment son nom. Un pédé, bon ça passe. Un accident de la nature. Un raté quelque part. Un handicap. Il le sait bien, lui, par expérience, que les fêlures de la nature on n’y peut rien.&lt;br /&gt;Et puis ces invertis, souvent honteux et discrets, ne sont pas bien méchants. Ils font surtout du mal à eux-mêmes et à leur famille.&lt;br /&gt;Mais une âme immonde qui saute sur tout ce qui bouge. Qui fait flèche de tous bois. A voile et à vapeur. Une de ces immondes créatures qui sont responsables de l’arrivée du Sida chez les hétérosexuels !&lt;br /&gt;Tiens. Rien que son chapitre sur sa conception de la fidélité ! Un sacré morceau d’anthologie quand même ! La « biodiversité amou-reuse » ! N’importe quoi ! Je me permets tout, je ne m’interdit surtout rien, et après je rentre tranquillement chez moi. « Chérie, mon cœur, je n’ai fait que penser à toi ces dernières heures. Tu as préparé la soupe ? ». Que peut-on espérer trouver dans ces âmes noires ? Le pire. Le mal est caché, là, sous les belles paroles. Le pire qui peut survenir à tout moment. Qui ne doit pas surprendre. Qui ne le surprend pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, non, le commissaire n’est pas un méchant type. Lorsque l’affaire a éclaté hier, il comprenait les soucis et les interrogations de ses supérieurs, du préfet, du procureur… Il eut été sacrément plus confortable que monsieur Bergonses soit très rapidement innocenté, et que le (trop) jeune compagnon de la victime, vaguement artiste, vaguement assisté, comme tous les intermittents, soit le seul responsable. Mais maintenant, son regard est changé du tout au tout. Finalement, ce Nicolas Vanneaux a essayé de sortir des griffes d’un pervers une femme de qualité qui méritait bien mieux que ce dont elle avait hérité. En outre, en reconstituant une cellule familiale normale, ce garçon améliorait les perspectives d’avenir des enfants !&lt;br /&gt;Bien sûr, l’autre, ce pervers polymorphe ne peut pas accepter qu’une proie lui échappe. Il pensait avoir reconquis le cœur de sa femme pendant les vacances. Elle lui échappe de nouveau. Alors…&lt;br /&gt;Parce que le commissaire n’est pas un méchant type, depuis la découverte du journal intime, il s’il même dit que c’était une bonne chose que ce ne soit pas lui qui conduise cette enquête. Il aurait pu avoir du mal à être suffisamment objectif. Surtout en travaillant avec la mère Filipoint.&lt;br /&gt;Il en est certain. A la lecture de ce brûlot, elle a dû avoir exactement les mêmes réactions que lui. Il la connaît tellement bien !&lt;br /&gt;Le capitaine Henri est un excellent officier de police. Très rigoureux, très professionnel, ne laissant rien au hasard. Toutefois, peut-être un poil trop discipliné.&lt;br /&gt;Si la juge lui demande de fouiller, il va fouiller. Sans concession.&lt;br /&gt;Si elle lui conseille de laisser tomber autre chose, il risque fort de laisser tomber.&lt;br /&gt;Alors qu’ainsi, lui, Jason, avec la distance nécessaire, pourra servir de modérateur. C’est fou, après tout ce qui vient de lui traverser l’esprit ! C’est fou, mais il sait parfaitement qu’avec un peu de recul il saura rester objectif.&lt;br /&gt;C’est aussi ça, l’expérience.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri n’aime pas la situation bâtarde dans laquelle il se trouve plongé par force. Il préfère avoir la totale maîtrise de l’enquête qu’il dirige. Avec une petite équipe rapprochée. Ses « fidèles », comme il se plaît à dire. Mais cette fois, dès qu’il a eu procédé aux premières constations et qu’il en a référé au parquet, il a tout de suite compris que ça allait être le branle-bas de combat. Le procureur lui a demandé de prévenir le commissaire en le priant de se rendre sur les lieux. Il a annoncé son arrivée avec la juge.&lt;br /&gt;Mobilisation extraordinaire pour un vulgaire meurtre. Vulgaire ? Non. Il le sait bien. Et pour couronner le tout, Jason qui débarque avec le petit lieutenant tout frais émoulu ! Comme s’ils n’étaient pas en nombre suffisant sur place !&lt;br /&gt;Sa récente nomination au grade de capitaine n’a pas grande signification. Une vague promesse de prendre la succession du patron lors de son départ à la retraite. Il continue de faire son boulot d’officier de police judiciaire, comme avant. Avec la même équipe.&lt;br /&gt;Lors de la restructuration des bureaux, lorsqu’il a été informé qu’il ne s’installait pas dans le bureau du commissaire, ses états d’âme ont été contradictoires. D’abord un sentiment d’injustice d’être ainsi mis à l’écart, rejeté, avec la crainte que ce soit un bâton jeté mé-chamment dans la roue de sa promotion. Il avait pourtant toujours considéré qu’il existait une réelle et profonde estime entre le patron et lui. Crainte aussitôt recouverte par une vague de soulagement. Dans l’immédiat il n’aurait pas à composer ! Il gardait pou quelques temps encore les coudées franches. Il s’est sans plus attendre replongé avec bonheur dans ses tâches habituelles.&lt;br /&gt;Très vite il a pu constater qu’il n’y avait aucune marque de rejet de la part de Jason. Ce dernier le tient parfaitement au courant de tout, lui délègue de plus en plus de responsabilités. La bonne entente en fait perdure. Va savoir pourquoi le vieux n’a pas voulu partager le bureau avec lui !&lt;br /&gt;Même dans cette affaire, Jason lui fait totalement confiance. Il veut être tenu au courant du déroulement de l’enquête, et a voulu as-sister à l’audition de l’ex mari. Rien d’inhabituel.&lt;br /&gt;Quant à la juge…&lt;br /&gt;Henri n’a pas du tout aimé son attitude lorsque le petit lieutenant a découvert que l’ex mari ne se trouvait pas comme prévu sur son lieu de villégiature. Madame Filipoint se focalise sur les deux suspects à portée de sa main. Le compagnon, qui a découvert le corps, qui pourrait très bien jouer la comédie, et l’ex mari qui ne se trouvait pas là où il aurait dû être. L’inspecteur sait bien que les choses ne sont jamais aussi simples ! Il devra, comme toujours, mener une enquête longue et minutieuse. Chercher le troisième homme.&lt;br /&gt;Ou la femme ? Non. Le crime est trop odieux pour avoir été commis par une femme. Pourquoi une femme mutilerait-elle ainsi la poitrine d’une autre femme ? Il n’y a qu’un homme pour être de la sorte obsédé par des seins !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Et la découverte du journal intime du prévenu dans une clef USB qu’il portait sur lui. Le remue-ménage qui s’en est suivi.&lt;br /&gt;Le texte est pompeux et grandiloquent. Parfois choquant. Mais pas de quoi en faire un monde ! La juge ne semble pas de cet avis. Elle semble même soupçonner que ce document ait été mis là afin d’y être trouvé. Dans l’intention d’accréditer l’innocence du suspect !&lt;br /&gt;Elle veut que l’on vérifie tout. Elle a fait une commission rogatoire pour que le fameux compagnon, Dominique Michedon, soit en-tendu, là-bas, à Mimizan.&lt;br /&gt;Et ce Jean-Yves Lauraison, qui a téléphoné à la victime la veille de sa mort pour la rencontrer. Je l’ai convoqué.&lt;br /&gt;Bien entendu, j’ai mis une équipe pour vérifier l’alibi tarabiscoté du jeune Vanneaux.&lt;br /&gt;Je vais fouiller dans les moindres recoins de la journée de Bergonses. J’ai envoyé perquisitionner son appartement. Voir s’il n’y aurait pas des traces d’un passage récent. Et faire une fouille en règle. On ne sait jamais. Sans trop d’illusions : nous l’avons laissé rentrer chez lui le soir du meurtre.&lt;br /&gt;Les armes du crime, le révolver gros calibre et l’arme blanche n’ont toujours pas été retrouvées. C’est un petit problème mais je n’aime pas ça.&lt;br /&gt;Bien sûr, si Vanneaux était le criminel, au vu des horaires, il aurait très bien pu rentrer chez lui, commettre le meurtre, repartir, se débarrasser des armes et retourner à la gare pour simuler une arrivée à 8 heures 20. Mes gars ont retrouvé le taxi. Il a bien chargé le suspect à cette arrivée là pour le conduire au pavillon. Seulement il attendait devant la gare. Il n’a donc pas pu voir son client descendre du train. C’est une heure où il y a pas mal de trafic. »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri était dans ces réflexions quand ses gars partis enquêter au « Train Bleu » l’ont appelé. Ils avaient sans peine retrouvé le garçon de café qui avait servi Nicolas Vanneaux dans l’après midi. Cette personne confirme absolument que le témoin est resté plus de deux heures seul, sans rien faire de particulier, lui commandant alternativement une bière ou un café. La plupart du temps, il sommeillait. Comme quelqu’un de très fatigué. Le serveur n’a pas été particulièrement intrigué. Il n’est pas rare qu’un client attende quelqu’un, ou qu’il ait manqué sa correspondance et attende la suivante.&lt;br /&gt;Le compagnon de la victime est effectivement parti vers 19 heures, il a appelé le garçon à peu près vers cette heure là pour régler ses dernières consommations. Il est parti seul. Sur ce point le témoin ne peut pas être totalement affirmatif, quelqu’un aurait pu l’attendre hors du café. Il n’y a pas prêté attention.&lt;br /&gt;Bien. L’essentiel est que l’alibi du jeune homme soit clairement validé. Il est effectivement rentré sur Evry par le train de 19 heures 40 arrivant ici vers 20 heures 20. Surprenant de préférer poiroter dans un café plutôt que de rentrer fissa chez soi prendre un bon bain et éventuellement faire un petit somme ! Henri en a vu d’autres.&lt;br /&gt;Explication possible, dans le fameux manuscrit il est fait allusion au fait qu’il ne se sent peut-être pas encore tout à fait chez lui dans cette maison, ce qui peut se comprendre. Dans ce cas on peut admettre qu’il ait eu quelques réticences à rentrer seul alors qu’il savait sa femme à l’extérieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A contrario, les alibis de Bergonses se cassent tous la gueule uns à uns. Après avoir dit qu’il avait passé la journée avec son client, il a bien dû reconnaître qu’il l’avait quitté vers 14 heures 30. Il a alors dit s’être promené un moment sur les Champs Elysées, avoir bu un pot au Georges V, puis être allé dans ses bureaux près de la gare du Nord. Mais il n’a rencontré aucune connaissance sur les Champs, personne ne l’a remarqué au Georges V, ( comme par hasard il s’est arrêté dans un établissement important, où en pé-riode estivale les flux de clients n’attirent aucune attention particulière !), il n’a rencontré ni vu personne dans ses locaux ou les environs. Il a bien téléphoné à sa mère pour confirmer son arrivée, mais avec son téléphone portable. Il peut l’avoir fait de n’importe où. Reste à déchiffrer les données du fournisseur d’accès, mais ça va prendre du temps.&lt;br /&gt;Le gars s’est insurgé quand on lui a demandé son emploi du temps pendant les deux bonnes heures qu’il est sensé avoir passé à son bureau ! Pas de dossier en cours. Pas de travail visible. Comme on avait trouvé son journal intime, il a finalement dit qu’il avait travaillé dessus, essentiellement pour le relire et faire des corrections.&lt;br /&gt;Il a répondu, non sans avoir au préalable poussé de grands cris, et avoir accusés la police et la justice de s’immiscer dans sa vie privée et de la piétiner. « Quand elle s’étale à la une en rouge sang, une vie privée n’est plus une vie privée ! » La réponse sèche de l’inspecteur l’a un peu calmé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- « On pourrait également espérer que face à de telles souffrances vous n’éprouveriez pas le besoin d’y rajouter des humiliations ! ».&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ce genre de personnage cherche toujours à avoir le dernier mot. Reste que, avec son ordinateur portable, il pouvait faire les correc-tions n’importe où ! Y compris dans le train entre Paris et Orléans, pour peaufiner un alibi ! Reste que les écrits du jour sont ridiculement courts et se terminent par une note sur les points à développer ultérieurement ! Note qui elle aussi peut avoir été rapidement bâclée dans le train.&lt;br /&gt;Non, vraiment, la juge va s’engouffrer dans ce vide abyssal avec une délectation non feinte ! Il faut bien lui rendre compte. Et elle n’a pas caché son intention de le mettre en détention provisoire.&lt;br /&gt;Plus que quelques heures avant la fin de la garde à vue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puant. Ce mec est puant. Le commissaire Jason maîtrise sa colère avec difficulté. Il ne doit pas intervenir. Henri fait impeccablement son boulot. Il fouille chacune des pistes possibles. Tant que la garde à vue peut se prolonger, il interroge et réinterroge le prévenu. Il cherche à comprendre. A réunir le maximum d’éléments pour que la juge puisse décider en connaissance de cause. Et ce type qui le prend de haut. Qui fait une crise quand il apprend que son compagnon a été entendu par commission rogatoire. Qui nous reproche de le tenir éloigné de ses enfants qui ont besoin de lui.&lt;br /&gt;Bon, ça, les pauvres mômes ! Apprendre que leur mère est décédée, et leur père entendu par la police !&lt;br /&gt;Le frère de Nicolas Vanneaux, s’est démené dans tous les sens depuis le début de la matinée. Il a alerté madame Sophie Labèche, la sœur du prévenu, qui a immédiatement pris le train pour Mimizan. Elle y est à l’heure qu’il est. Cet Olivier Vanneaux a également prévenu l’avocat. Apparemment, ils ont le même cabinet. Mais ils peuvent tous se démener. Le fait est là. Tout accuse Albert Bergonses. Le mobile. Sa présence dans la région parisienne. L’absence d’alibi, ou tout au moins d’explications plausibles. Il dit tout et son contraire. Il hurle qu’il devient fou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Ça ne fait pas avancer les choses ! Et si au moins il restait correct ! Mais il regarde de haut le capitaine Henri, il me parle avec mépris, nous reproche continuellement de fouiller dans sa vie privée quand on lui demande des précisions sur son texte !&lt;br /&gt;Toutes les autres investigations s’avèrent vaines. Le fameux Jean-Yves Lauraison, qui avait téléphoné à madame Bergonses pour la rencontrer la veille de sa mort est en fait un ancien collègue et ami. Il avait besoin de conseils et de parler de son nouveau poste qu’il va occuper à la rentrée. Ils se sont effectivement vus la veille du drame. Ils en ont profité pour aller voir un film. Le jour du meurtre, il était dans le TGV pour une visite dans sa famille. Rien de trouble ou de douteux. Heureusement d’ailleurs. Pendant sa déposition voila-t-il pas qu’il annonce, innocemment, qu’il avait été le compagnon de monsieur Bergonses autrefois ? Avant son mariage. Que c’est en fait lui qui a fait se rencontrer les futurs époux. Quel sac de nœuds ! Tout ça sent mauvais, une vraie pourriture ! Quelle mentalité ! Et le monde enseignant qui est gagné par cette gangrène lui aussi ! Beurk, beurk ! Mais bon. Les deux hommes ne se sont pas revus depuis des années. Même pas envisageable d’avoir le moindre petit soupçon de complicité. Enfin. Faut suivre ça quand même ! Bien sûr.&lt;br /&gt;L’Inspecteur Henri a même voulu entendre le jeune Vanneaux, Thomas, oui, c’est ça. Parce que dans le « journal » il y avait une vague allusion à une vague menace si on faisait du mal à son frère. Mais le pauvre môme ne savait rien des derniers événements. Le jour du meurtre il était animateur au Centre de Loisirs de Vaires, comme tous les jours.&lt;br /&gt;Henri a raison de tirer tous azimuts, ne serais-ce que pour montrer qu’il ne néglige aucune piste. »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jason est las, lorsqu’il quitte le Commissariat. Cette grande bâtisse moderne mais impersonnelle flanquée contre le blockhaus haut sur pattes de la Préfecture.&lt;br /&gt;Une petite équipe va continuer à fouiller et à compléter le dossier. Mais cette nuit ils ne pourront pas faire grand-chose de plus. A part interroger et réinterroger le prévenu dans l’espoir de le faire cra-quer ! En attendant le rapport de la commission rogatoire de Mimizan.&lt;br /&gt;Demain, la garde à vue se termine. En l’absence de nouvelles informations, la juge Filipoint va se prononcer pour l’incarcération. C’est sûr. Oh, on ne parlera pas d’affaire de mœurs ! Juste un drame de la passion. Un mari abandonné et jaloux.&lt;br /&gt;Ça attirera des larmes émues aux coins des yeux des bonnes âmes de la commune. « Quel malheur, vous vous rendez compte ? Un homme si bien ! » Et le scandale sera évité.&lt;br /&gt;Dans quelques petites semaines, on n’en parlera plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après un salut informel au gardien en charge de la barrière, tout en conduisant, le commissaire continue de réfléchir. Ce n’est pas son enquête, bien sûr. Rien à redire sur la façon dont Henri conduit la procédure. Par ailleurs, la juge a un flair qui l’a bien souvent laissé baba d’admiration. Or, dans cette histoire, son opinion semblait faite dès les premiers instants.&lt;br /&gt;Mais il reste quand même de sacrées zones d’ombres, et Jason n’aime pas ça du tout. Bien sûr, aucune arme n’a été trouvée, et le prévenu continuant de nier, il ne risque pas de donner un indice ou une piste. Ce sont surtout les circonstances du meurtre qui clochent. Cette mutilation. Ce bustier sauvagement arraché, et la croix effroyable sur le sein. Sur un seul sein. Pourquoi une croix ? Ça, le policier ne le sent pas bien. Il n’éprouve qu’un profond mépris pour le prévenu. Ce genre de type, prétentieux et suffisant, qui croit que rien ne peut lui résister, qui intellectualise et justifie à postériori des égarements malsains, il en a une sainte horreur. Mais de là à mutiler la femme qu’il a aimée ! Gratuitement, sans raison ! Même avec en filigrane l’histoire du cancer. D’ailleurs non confirmée : la biopsie devait être faite ces jours-ci. Il y a vraiment quelque chose qui cloche. Et pour sa part, il continue à chercher une explication plausible.&lt;br /&gt;Il ne saurait dire pourquoi, mais il est convaincu au plus profond de ses tripes que la clef de toute l’affaire se cache dans cette mise en scène.&lt;br /&gt;Il a dit son questionnement à la juge. Pour elle, pas de problème. L’explication est dans le « journal intime » du prévenu : Le cancer. Cette mutilation, justement du sein affecté, est une sorte de cri de rage. De dénégation. Il a voulu tuer l’Allien qu’il voyait toujours là. A voir aussi si la maladie ne peut pas également avoir sa part dans le mobile du crime lui-même. Le commissaire reste dubitatif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n’est pas lui qui décide. Ce sont les magistrats. Après tout, eux dans la police, ils exécutent les ordres ! Ils ne sont jamais responsables des incarcérations. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;a href="http://http//al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xiv-justice.html"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XIV)&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-5049394101270872982?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/5049394101270872982/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=5049394101270872982' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/5049394101270872982'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/5049394101270872982'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xiii-le-commissaire-jason.html' title='Chap XIII Le Commissaire Jason'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-9184465135687837743</id><published>2009-02-04T14:04:00.003+01:00</published><updated>2009-02-04T14:36:47.361+01:00</updated><title type='text'>Chap XII  L'affaire</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;12&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;En retournant la dernière page, le commissaire arrête sa main, comme en plein vol. La feuille reste suspendue entre ciel et bureau, tremblotante, craquetante. Le pouce et le majeur la tiennent ainsi, la faisant se gondoler et frémir. L’index joue à tapoter dessus ou à faire crisser le chant coupant. Rythme lancinant.&lt;br /&gt;Frémir, frémir, tapoter… Frémir, frémir, frémir, tapoter, tapoter…&lt;br /&gt;Globop, globop, crisss… Globop, globop, globop, crisss, crisss…&lt;br /&gt;Le jeune inspecteur n’ose pas lever les yeux de son clavier. Le patron est songeur, là. Plus que songeur. Pas content. « Et sur qui ça va retomber ?! »&lt;br /&gt;La feuille enfin lâchée hésite un moment, plane en essayant de battre des ailes et finalement se pose en douceur, légèrement en travers sur le reste du paquet.&lt;br /&gt;L’inspecteur courbe un peu plus l’échine. Il rapproche son visage de l’écran, comme s’il devait trouver une énigme entre les pixels qui s’affichent. « Ouh la la ! Ça va être ma fête ! » C’était pourtant bien le patron lui-même qui s’était montré curieux de ce qu’ils avaient trouvé sur le suspect, et qu’ils venaient de transmettre à la juge d’instruction à la demande expresse de celle-ci ! Après tout, ce n’est pas le patron qui a directement en charge cette affaire. Les décisions sont du ressort de l’inspecteur Henri. Du capitaine Henri. Pardon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le commissaire est songeur. Non, pas en colère. Songeur. Il voit à sa gauche le dos tendu du jeune lieutenant Lamaison qui semble attendre le fouet. Pas en colère. Songeur et emmerdé.&lt;br /&gt;D’abord et en premier lieu, sans préjudice d’autres mobiles à analyser, il ne supporte pas d’avoir ainsi quelqu’un dans son bureau ! C’est quoi, ça ? Des locaux qui n’ont pas dix ans, et qui sont déjà trop petits ! Obligé de mettre deux bureaux par pièce, pour finir, même dans la sienne, lui, le patron ! Les deux antennes annexes prévues dans les nouveaux quartiers ne sont toujours pas commencées. Et la ville continue à s’agrandir, s’agrandir !&lt;br /&gt;Dans un premier temps, le Directeur avait proposé qu’il partage son espace vital avec son successeur. Pour pouvoir mieux passer les consignes. Logique. Mais merde ! Il est toujours le patron, pour en-core quatre mois et seize jours ! Pas question de partager ! Quand il a des infos à donner, il les donne, sans rechigner. Son successeur, il attendra pour jouer au petit chef et avec les chiffres !&lt;br /&gt;Bien sûr, il apprécie le capitaine Henri, son successeur supputé, puisque capitaine il y a maintenant ! Ils se connaissent et s’estiment depuis assez longtemps !&lt;br /&gt;Pour cette histoire de bureau et de place, il avait proposé et obtenu au contraire d’avoir sous la main l’inspecteur nouvellement arrivé, frais émoulu de l’école. « Pour mieux le suivre ». Tu parles. En espérant surtout dans son for intérieur avoir davantage la paix, le jeunot étant par la force des choses le plus souvent sur le terrain.&lt;br /&gt;Et justement, là, à cet instant, il voudrait être seul !&lt;br /&gt;Quand il réfléchit intensément, il aime pouvoir lâcher quelques pets, bailler bruyamment les yeux fermés, et roter. Ça l’aide à mettre de l’ordre dans son cerveau.&lt;br /&gt;Et là, il se sent tout coincé. Il allume un de ses mini havanes, recule le fauteuil, étire ses jambes jusqu’au bout des orteils, fait reposer sa tête sur ses deux mains nouées sur sa nuque, et finit par bâiller à s’en décrocher la mâchoire… Et merde ! Il faut bien qu’il réfléchisse !&lt;br /&gt;Cela ne lui déplait pas non plus de laisser durer un peu le silence pesant. Ça lui fait les pieds au gamin. Et puis, y a pas à dire, il est emmerdé, là, sacrément emmerdé !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toute cette histoire est une foutue merde !&lt;br /&gt;Il fallait qu’il lui arrive un truc pareil à moins de cinq mois de la retraite ! Alors que depuis plusieurs années il s’est patiemment cons-truit un simulacre de petit cocon peinard… En ayant la chance de pouvoir s’entourer d’une excellente équipe. Le capitaine Henri et trois jeunes lieutenants aux dents longues, encore pleins d’illusions. Dont une femme qui n’est pas la dernière à foncer ! Une excellente brigade de gardiens de la paix.&lt;br /&gt;Lui, il peut tranquillement s’occuper de ses chiffres. En faisant barrière de son mieux aux délires de l’administration. Il la laisse bosser son équipe ! Il fait juste le dos rond pour encaisser les éventuels coups de semonce. Qu’il n’ait plus rien à perdre, que ça serve au moins à ça !&lt;br /&gt;Mais sur ce coup là, pas question. Tout le monde est sur les dents ! Le Préfet tanne le Directeur, le Procureur s’est déplacé en personne, la doyenne des juges d’instruction a été désignée pour suivre l’affaire… Ça chauffe.&lt;br /&gt;Bien entendu, tout ce beau monde voudrait que l’affaire soit déjà résolue. Une personnalité de la ville, une enseignante très appréciée, responsable de plusieurs associations, sauvagement assassinée à son domicile. Il y a de quoi donner des vapeurs à ces messieurs de la haute. Son compagnon et son ex mari suspectés tous les deux.&lt;br /&gt;Le compagnon, passe encore. Un obscur intermittent du spectacle. Mais monsieur Bergonses ! Une notabilité lui aussi, patron d’une entreprise informatique de deux ou trois dizaines de salariés, proche du député maire, et politiquement très actif. Ça chauffe.&lt;br /&gt;Ça aurait été sacrément bien de le disculper vite fait le Monsieur ! Mais ce texte ! Ce brûlot trouvé sur lui au moment de son interpella-tion ! Emmerdé qu’il est le commissaire !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- J’y crois pas, là ! Il avait donc ce document sur lui ?&lt;br /&gt;Il voulait nous faciliter le travail, ou quoi ?&lt;br /&gt;- Oui, patron, il l’avait mémorisé dans une clef USB en forme de porte-clefs. Il a dû la déposer avec le reste au moment de sa mise en garde à vue. Le capitaine en a rendu compte à la juge Filipoint, qui a ordonné de regarder immédiatement ce que contenait support magnétique.&lt;br /&gt;L’inspecteur Henri m’a demandé de m’en occuper, j’ai imprimé trois exemplaires de ce document nommé « Roman ».&lt;br /&gt;- Il n’y a que ce fichier sur le support ?&lt;br /&gt;- Non. Il semble qu’il a toujours sur lui les sauvegardes de ses données importantes. Le nom de ce fichier Word directement enregistré sur la racine du support m’a intrigué. Dès que j’ai compris que c’était une sorte de journal, je l’ai montré au capi-taine. Quand la juge a appelé il lui en a dit deux mots.&lt;br /&gt;Elle s’est aussitôt énervée et a exigé qu’on le lui transmette immédiatement. J’ai fait les impressions, je l’ai lu, j’en ai fait une synthèse pour le capitaine. Il s’est occupé de faire suivre, j’en avais gardé un exemplaire pour votre retour.&lt;br /&gt;- Putain de putain ! On avait bien besoin de ça ! Bon, en fait, ce n’est qu’une sorte de journal intime. Mais justement ! Ce qu’il raconte, avec la mère Filipoint… Il est bon pour la romaine !&lt;br /&gt;- Mais la juge est renommée pour la rigueur de son travail et la précision de ses investigations !&lt;br /&gt;- Renommée, tu dis ? Waarff ! Rigoureuse ? Waarff, waarff !! D’une rigueur extrême, oui, comme tu pourras t’en rendre compte !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Comment tout expliquer en quelques phrases à ce jeunot ? La juge Filipoint est la doyenne des juges d’instruction. Guère plus jeune que moi. Ça fait des années que nous bossons ensemble. Et avec elle, pas de doute, tout doit filer droit… Rigoureuse et précise, indiscutablement. Droite et réglo. Tout le monde le reconnaît. Instruction à charge et à décharge. Professionnelle. Toujours. Enfin, presque. Car il y a une seule chose qui peut lui faire, d’une certaine manière, péter un câble : les affaires de mœurs. Elle est coincée du cul, la vieille ! Méchamment. Vieille fille catho caricatu-rale. Et quand elle va lire ça ! Nom de Dieu ! Si le Procureur avait su avant, c’est sûr, il ne lui aurait pas confié ce dossier. Mais maintenant… »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le commissaire regarde l’inspecteur et hausse les épaules.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Bon, nous, dans tout ça, il va falloir relativiser et savoir garder nos distances. Nous ne sommes pas les godillots de la juge, hein ?&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- C’est sûr, qu’à lire ce torchon ! (Bien entendu, Henri va vérifier que ce ne sont pas de purs fantasmes.) En lisant, dès le pre-mier coup d’œil, je suppose que tu tires les mêmes conclusions que moi : on se retrouve avec de sacrés mobiles à la fois pour les deux témoins suspects !&lt;br /&gt;- Je ne suis pas allé aussi loin, patron. Je tape les rapports, déjà. Et les conclusions, c’est la partie du capitaine Henri, non ? Des mobiles ? Enfin, dans ce texte, tous les deux sont présentés comme amoureux fous de la victime !&lt;br /&gt;- Justement ! Justement ! Le mari essaye de raccrocher sa femme. Il y parvient presque. Et elle lui échappe. Il vient la re-lancer chez elle (chez eux !), ça tourne mal, et il la trucide de désespoir.&lt;br /&gt;Quant au compagnon en titre, il rentre d’une mission en province. Madame Bergonses lui dit la vérité, peut-être lui annonce qu’elle va le quitter, il devient fou, et la tue. Les deux se tiennent mon petit. Les deux se tiennent.&lt;br /&gt;- Oui, c’est vrai, ces hypothèses m’ont traversé l’esprit. Mais… …&lt;br /&gt;- Mais ?&lt;br /&gt;- Il y a aussi le cancer. Le mari a fait le serment à sa femme de ne pas la laisser souffrir. Il pourrait avoir voulu lui éviter toutes les souffrances à venir.&lt;br /&gt;- Et pour cela il aurait arraché le bustier de son épouse et supplicié son corps ??&lt;br /&gt;- Pour se protéger et écarter les soupçons, un criminel est capable du pire !&lt;br /&gt;- Ah, le beau cas d’école que ce serait, hein ! Non, mon petit gars, non ! Toutes les pistes doivent être envisagées, c’est évident. Ce mec amoureux fou mais résigné, tel qu’il apparaît dans ses écrits, mutiler le corps de l’être aimé ? Non, non, j’en suis certain. Je ne le « sens » pas.&lt;br /&gt;Vois-tu petit, le flair dans notre métier, c’est primordial. Même s’il faut aussi savoir distancier et veiller à toujours tout contrôler. Je ne le sens pas. Pas du tout. Par contre, une crise de jalousie !… De l’un ou de l’autre, possible. Etrange, mais possible.&lt;br /&gt;Où en êtes-vous de la vérification de l’alibi du jeune Vanneaux ?&lt;br /&gt;- Il est toujours très choqué. Sincèrement, je ne crois pas du tout à une quelconque culpabilité en ce qui le concerne. J’ai enregistré sa déposition, avant de le laisser partir. Il est chez un frère, à Paris. Aucune charge contre lui pour le moment.&lt;br /&gt;Pourtant, c’est vrai qu’il ne parvient pas à être précis. Tout est flou. Il a finalement reconnu être parti de Nantes à 13 heures et non à 17 heures comme il l’avait déclaré initialement.&lt;br /&gt;- Mais c’est bon, ça ! On ne raconte pas des histoires sans raison ! Donc il était bien arrivé à Paris, et il pouvait se trouver à EVRY au moment du crime ! Il est fichu le p’tit gars. Tu « ne crois pas du tout » ! Mon petit, ce n’est pas une expression à employer dans notre boulot ! Et il dit quoi, maintenant ?&lt;br /&gt;- Il déclare être resté à la gare de Lyon dans un café, à attendre pour ne pas arriver trop tôt chez lui.&lt;br /&gt;- Elle est bonne, celle-là ! Mais vérifiez Nom de Dieu, vérifiez !&lt;br /&gt;- Henri s’en occupe, patron.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fait chier le patron ! Lamaison sent passablement la pression monter. Il le respecte le patron, c’est sûr. C’est un monsieur. Il a entendu raconter bon nombre de ses hauts faits professionnels. Il en a débroussaillé de sacrées affaires ! Autrefois ! Le fameux « flair » dont il parle. Mais maintenant, ce gros veau avachi sur son bureau, à longueur de journée plongé dans ses chiffres, qui empeste avec ses havanes qu’il continue à fumer sans vergogne en dépit des lois et des règlements ! Même le Directeur a mis les pouces sans obtenir qu’il se plie aux règles. « C’est comme ça ou vous entamez une procédure de licenciement pour faute grave ! » A quelques courtes années de la retraite !&lt;br /&gt;Quand le grand patron lui a annoncé que lui, le petit inspecteur Lamaison, allait partager provisoirement le bureau du commissaire, il n’en a pas cru ses oreilles. C’est vrai, il est suffisamment sur le terrain ou en réunion avec les collègues, mais quand même ! Il a d’abord pensé que le patron ne l’encadrait pas et voulait le casser. Mais non ! Il le paterne presque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Il était tard hier au soir, nous traînions vaguement, quand l’affaire est tombée. Henri était parti en urgence quelques instants plus tôt avec deux voitures de policiers en tenue. J’ai bien été un peu surpris quand j’ai compris qu’on appelait le patron à la rescousse. Le vieux s’est rembruni. En enfilant sa veste il a lancé : « Viens petit, je crois que cette fois tu vas voir ta première grosse affaire. ». J’ai suivi. Curieux et émoustillé. Pas pour longtemps.&lt;br /&gt;Bordel, c’était pas beau ! Bon, un crime est un crime. Mais là !&lt;br /&gt;Les voisins n’avaient sans doute jamais eu l’occasion de voir pareille animation autour de ce petit pavillon du vieil Evry. Pas moins de trois véhicules de police. Le médecin légiste. La police scientifique. La voiture du Procureur accompagnée de la juge arrivait en même temps que nous. Un silence surprenant régnait sur ces va et vient incessants.&lt;br /&gt;Le corps était au milieu de la salle de séjour. Sur le dos, les bras en croix. La bouche et les yeux grands ouverts, sous les flashes des photos prises par les policiers, le visage de cette belle femme exprimait encore l’étonnement. Sous le sein gauche, un énorme amas de sang et de chairs déchiquetées. Pas besoin d’être médecin légiste pour comprendre que le coup de feu avait dû être tiré quasiment à bout portant. Plutôt avec un gros calibre.&lt;br /&gt;Mais le plus horrible, ou du moins ce qui choquait le plus, c’est que le léger chemisier de saison avait été arraché. Après le meurtre, et sauvagement, à en croire les pièces de tissu éparses. Et sur le sein droit, une croix sanguinolente, faite semble-t-il avec hargne à l’aide d’une arme blanche. Le téton en est à moitié arraché. J’ai détourné la tête. Une si belle femme !&lt;br /&gt;Près du corps, assis sur le bord d’un fauteuil, les yeux hagards, les bras ballants, un jeune homme. Je note au passage qu’il doit être très beau garçon. Mais là !&lt;br /&gt;Deux gardiens sont auprès de lui. Le patron me serre le bras et me fait un signe du menton. Il veut que je prenne en charge le gars. Juste les premières constatations. Il doit penser qu’il vaut mieux qu’un jeune s’occupe de lui. Le type est profondément choqué. On le serait à moins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était en déplacement en province, à Nantes, depuis une semaine. Il travaille dans le spectacle semble-t-il. Intermittent. J’ai pas tout compris. On verra plus tard. Il est arrivé à Paris par le TGV de 19 heures 15. Il a ensuite pris le RER. Sa femme ne l’attendait pas à la gare d’Evry comme prévu. Il a pris un taxi. Il est arrivé ici vers 20 heures 30. Et il l’a trouvée ainsi. Il a appelé les secours. Après il ne sait plus.&lt;br /&gt;Je dois lui arracher les mots uns par uns. Il est hagard. Je ne pourrai pas en tirer grand-chose de plus pour le moment. Il va falloir que je vérifie ses dires. La routine. C’est un peu écoeurant de toujours douter de tout.&lt;br /&gt;Je lui demande quand même qui nous devons prévenir en ur-gence.&lt;br /&gt;L’ex mari de la victime. Il est en vacances dans les Landes avec les enfants. Il y a trois gosses. Une fille de douze ans et des jumeaux de dix ans. Pauvres gamins.&lt;br /&gt;Le numéro est répertorié sur la touche 5. Je demande si je peux utiliser le téléphone. C’est Ok, la police scientifique l’a déjà examiné. La touche du répondeur clignote. Je fais signe au capitaine, lui et le patron s’approchent. Nous écoutons le message (20 heures 20).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Chérie, c’est moi, je suis arrivé. Tu n’es pas à la gare… … C’est pas grave. Il y a des taxis, je vais en prendre un. J’arrive.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a d’autres messages anciens. Nous les écoutons également. Une amie, qui propose une sortie cinéma il y a deux jours. Un mec. Hier. Apparemment un collègue de la victime, qui lui demande s’il peut passer la voir. Tiens, tiens… Henri note le nom sur son calepin. Encore le compagnon. Il confirme (13 heures) qu’il arrivera bien vers 20 heures 20 à Evry, il demande si c’est Ok pour qu’elle passe le prendre. Cohérent.&lt;br /&gt;Elle avait donc vraisemblablement écouté ce message.&lt;br /&gt;Les services enlèvent le corps. A ma demande, le capitaine me précise l’heure probable du crime : vers 18 heures, 18 heures 30. La police scientifique continue de fouiller minutieusement. Pour le moment, aucune trace des armes utilisées. Le procureur et la juge parlent à voix basse. Mais ils se rapprochent quand ils me voient téléphoner. Je mets l’ampli.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Allo, je voudrais parler à monsieur Albert Bergonses je vous prie.&lt;br /&gt;- De la part ? (Une voix d’homme, jeune. C’est lui ou pas ? Et cette voix ne m’est pas inconnue).&lt;br /&gt;- C’est personnel et très important. C’est urgent. Merci.&lt;br /&gt;- Mais monsieur Bergonses n’est pas là pour le moment. Pouvez-vous laisser un message ?&lt;br /&gt;- Ici l’inspecteur Lamaison du commissariat d’Evry. C’est très urgent. Savez-vous où je peux joindre monsieur Bergonses ?&lt;br /&gt;- Il est monté pour quarante huit heures sur Paris. Il rentre demain. Je suis désolé. (La juge se rapproche de l’appareil. Aux aguets. Tous ses sens en éveil !)&lt;br /&gt;- Peut-on le joindre à Paris ? Pouvez-vous me donner son numéro de portable ?&lt;br /&gt;- Il ne le laisse jamais allumé le soir. Mais là, il dort normalement chez sa mère à Orléans.&lt;br /&gt;Mais que se passe-t-il ? Quelque chose de grave ?&lt;br /&gt;- Vous êtes monsieur ?&lt;br /&gt;- Monsieur Michedon. Je suis le… Un ami de monsieur Bergonses.&lt;br /&gt;- Désolé, je ne peux rien dire avant d’avoir joint ce monsieur. Avez-vous les coordonnées de Madame Bergonses mère ?&lt;br /&gt;- Oui, bien sûr. Un instant… voila. C’est le 02 38 87 ……..&lt;br /&gt;- Je vous remercie. Nous vous tiendrons au courant dès demain. Bonsoir monsieur Michedon.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La juge me semble plus qu’émoustillée. Très calme, mais émoustillée ! Comment dire ? Un épagneul à l’arrêt devant un faisan. Elle se tourne vers le patron :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Quelle étrange coïncidence quand même ! Ce monsieur Bergonses, sensé être en vacances à Mimizan avec ses enfants est justement venu faire un saut à Paris le jour où… Bien entendu, je veux entendre ce monsieur dès demain ! Vous ne lui téléphonez pas ! Vous le faites prévenir par le commissariat d’Orléans. Qu’ils lui proposent de le rapatrier au plus tôt, dans son intérêt. Vous l’entendez dès que possible. J’attends des précisions dès demain matin, Jason. Je compte sur vous !&lt;br /&gt;- Madame le Juge, si je peux me permettre… (Le procureur semble dans ses petits souliers. Ce n’est pas lui le patron ?)&lt;br /&gt;Si je peux me permettre. Monsieur Bergonses n’est pas le premier quidam venu ! C’est un homme respectable et respecté de notre ville. Un proche de monsieur le Maire…&lt;br /&gt;- Que je sache ! Je ne suis jamais rentré dans ces considérations monsieur le Procureur ! Je vois là une coïncidence pour le moins troublante, et j’entends éclaircir la chose au plus vite. Comptez sur moi pour éviter toute publicité inutile. Je suppose que vous ne me demandez pas autre chose ?&lt;br /&gt;- Je vous ai confié cette affaire madame Filipoint ! Ce n’est pas pour m’immiscer dans votre procédure. Mais tenez-moi au courant dans les meilleurs délais, je vous prie.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le patron impassible a observé cette passe d’armes sans un mot. Il me prend par le bras :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mon p’tit gars, la nuit va être courte. Je le sens pas trop, ce truc. Va pas falloir traîner. Henri et moi revenons au commissariat, et nous nous occupons de ce monsieur Bergonses. Je le fais rapatrier ici au plus vite. En tant que témoin, pour le moment. On verra ensuite.&lt;br /&gt;Toi, tu t’occupes de ce jeune homme. Il s’agit pas de le laisser seul ! Tu en profites pour vérifier son emploi du temps. A tout hasard. Ramène-le avec toi au commissariat, pour enregistrer sa déposition et voir qui peut le prendre en charge.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne comprends pas trop. Ou trop bien peut-être. Ce Bergonses, il brûle les pattes de beaucoup de monde me semble-t-il ! Le sieur Vanneaux, lui, ferait un coupable bien arrangeant. Un type vague-ment artiste ! Mais bon sang ! Il suffit de le regarder ! Il est sacrément secoué le mec ! Bon, de toute façon, il ne faut pas le laisser seul. Faut que je voie pour sa famille. Je dois la prévenir pour que l’on s’occupe de lui. »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’inspecteur Lamaison ne sait pas dire pourquoi exactement, mais il éprouve spontanément de la sympathie pour ce garçon. Parce qu’ils ont à peu près le même âge ? Parce qu’il est plutôt joli garçon ? Sans doute un peu des deux. Avec aussi une réelle empathie au regard de ce que ce mec est en train de vivre. Trouver sa femme assassinée, de façon sauvage en plus, en rentrant chez soi ! Brrr ! Il en a des frissons dans tout le corps.&lt;br /&gt;Il l’installe dans un bureau inoccupé cette nuit, et entreprend d’enregistrer sa déposition. C’est au moment de préciser les horaires que les choses se corsent :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Vous êtes arrivé par le TGV de 19 heures 15. C’est ça ?&lt;br /&gt;- Ou…ui, Oui, c’est ça.&lt;br /&gt;- Il partait de Nantes à quelle heure ?&lt;br /&gt;- 15 heures… Non, excusez-moi… 17 heures…&lt;br /&gt;- Vous êtes partis de Nantes à 15 heures, ou à 17 heures ?…&lt;br /&gt;- Je sais plus.&lt;br /&gt;- Je vous en prie ! Essayez de vous souvenir ! A 17 heures ?&lt;br /&gt;- Oui… Non… Non. Je suis parti de Nantes à 15 heures. Un collègue m’a déposé à la gare en partant.&lt;br /&gt;- Vous n’êtes donc pas arrivé à Paris à 19 heures 15 !&lt;br /&gt;- Non… Non… C’était un petit peu avant je crois&lt;br /&gt;- Mais ce train là arrive vers 17 heures, 17 heures 15 ! Ce n’est pas la même chose !&lt;br /&gt;- Oui, c’est ça, 17 heures 10 je crois. Excusez-moi…&lt;br /&gt;- Mais pourquoi avez-vous dit être arrivé à 19 heures 15 ?&lt;br /&gt;- Je ne sais plus. J’avais dit à ma femme que j’arriverais par ce TGV là. Alors… Tout s’est mélangé. Vous croyez que mon souci ce sont les horaires des TGV ?&lt;br /&gt;- Monsieur Vanneaux ! C’est grave ! Il s’agit d’une déposition au sujet d’un meurtre ! Chaque détail peut avoir de l’importance. Je vous en prie, faites un effort !&lt;br /&gt;- Pardonnez-moi J’ai du mal à rassembler mes idées. Oui, vous avez raison. Il faut tout faire pour retrouver l’assassin ! Ne rien négliger ! Rien !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas Vanneaux s’effondre en larmes, de nouveau. Lamaison patiente, le laisse se calmer un peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Pourquoi avez-vous pris ce TGV là ?&lt;br /&gt;- Nous avions terminé le démontage du chapiteau plus tôt que prévu. Un collègue repartait chez lui et pouvait me déposer à la gare. J’en ai profité, et j’ai pu attraper le TGV de 15 heures.&lt;br /&gt;- Alors, pourquoi n’êtes-vous pas rentré aussitôt chez vous ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Question à ne pas poser. Le mec se fiche de nouveau à chialer. Il hoquette. Il a du mal à se maîtriser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Putain, si j’étais rentré, tout ça ne serait pas arrivé ! J’aurais été là pour la protéger ! C’est de ma faute ! Putain !&lt;br /&gt;- Avec des « si », monsieur Vanneaux, avec des « si » ! En rentrant directement, vous seriez arrivé à peu près à l’heure du crime. Peut-être auriez-vous été tué vous aussi ! Mais vous n’êtes pas rentré chez vous. Pourquoi ?&lt;br /&gt;- Ma femme m’avait dit qu’elle sortirait l’après-midi. Je n’avais pas envie de me retrouver seul à la maison… J’ai traîné en attendant l’heure normale.&lt;br /&gt;- Vous avez traîné ? Dans les rues ?&lt;br /&gt;- Non, non, j’étais assez chargé ! J’ai traversé le pont l’Austerlitz à pied, et je me suis installé au « Train Bleu », boire un verre.&lt;br /&gt;- Vous y êtes resté ?&lt;br /&gt;- Oui, j’en ai profité pour me reposer.&lt;br /&gt;- Quelqu’un vous a vu, peut témoigner ?&lt;br /&gt;- Témoigner ? Mais je n’ai quand même pas besoin d’alibi, si ?&lt;br /&gt;- Simples contrôle de routine monsieur Vanneaux. Vous l’avez dit vous-même. Chaque détail peut avoir son importance !&lt;br /&gt;- Je ne sais pas. Le garçon ? Je lui ai commandé plusieurs fois des consommations.&lt;br /&gt;- Ce devrait être facile à vérifier.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand Lamaison a fini d’enregistrer la déposition il propose au jeune homme de téléphoner pour joindre un membre de sa famille. Il est tard, mais Nicolas appelle quand même son frère. Et celui-ci arrive aussitôt. Le temps de descendre de Paris.&lt;br /&gt;Pendant qu’ils patientent, Lamaison entend que les collègues d’Orléans arrivent. Il voit qu’Henri et le patron les accueillent et s’enferment dans un bureau avec l’ex mari. B.A.BA. Les deux « té-moins privilégiés » ne doivent pas se rencontrer.&lt;br /&gt;Lorsque monsieur Olivier Vanneaux se présente, Lamaison laisse le frère expliquer le drame. Lui, reste toute ouïe. Attentif à la version que le témoin n°1 présente. A tout hasard.&lt;br /&gt;L’aîné brusquement réagit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mais Al ! Il faut prévenir Al ! Il a été prévenu ?&lt;br /&gt;- Il est toujours à Mimizan avec les enfants. Les policiers lui ont téléphoné je crois.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lamaison éprouve un brusque et violent frisson. « Et le frère connaît suffisamment l’ex mari pour l’appeler par son diminutif ! Ils se connaissent tous sur ce coup ! Pas bon, ça. Histoire de voir la réaction des deux frères, Il rectifie :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Pas exactement. En fait monsieur Bergonses n’était pas à Mimizan mais à Paris et à Orléans. Dans l’immédiat, il est dans nos locaux, entendu par une autre équipe.&lt;br /&gt;- Al « entendu » par les policiers ? Qu’est-ce que ça veut dire ça ? Vous ne soupçonnez quand même pas… ? C’est une hérésie ! Albert se serait fait couper en morceaux pour défendre sa femme ! Ce n’est pas possible ! Il faut que je lui parle !&lt;br /&gt;- Désolé, personne ne peut le voir dans l’immédiat. Pour le mo-ment monsieur Bergonses n’est entendu que comme témoin. Nous vérifions les agendas, simplement.&lt;br /&gt;- Et les enfants ? (Brusquement le jeune Nicolas semble revenir à la réalité) Les enfants ? Qui s’en occupe ?&lt;br /&gt;- Ils sont toujours à Mimizan, sous le contrôle d’un certain monsieur Michedon.&lt;br /&gt;- Dominique est là-bas seul avec les enfants ? Il faut faire quelque chose !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce grand frère a visiblement l’habitude de prendre les choses en main. Il serait manageur que ça n’étonnerait pas l’inspecteur. Mais celui-ci préfère garder la main :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Nous allons nous en occuper. Les services sociaux seront prévenus si monsieur Bergonses a un empêchement.&lt;br /&gt;- Les services sociaux ? Il n’en est pas question ! Malheureusement ma femme n’est pas rentrée de son stage d’orchestre. Mais dès demain je vais joindre Sophie, la sœur de monsieur Bergonses. J’espère qu’elle pourra descendre pour aider Dominique.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se tourne vers son frère :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Toi, tu vas avoir d’autres choses à penser dans l’immédiat. Il vaut mieux que les enfants restent là-bas quelque temps.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis de nouveau vers l’inspecteur :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je ne peux vraiment pas parler quelques petites minutes à monsieur Bergonses ? … … Bien. Vous lui direz que je suis au courant. Je m’occupe de prévenir son avocat et sa sœur dès demain matin. Je vous téléphonerai également pour savoir ce qu’il en est. Quant à mon frère, il va loger chez moi quelques temps. Il est exclu qu’il reste seul. Vous n’avez plus besoin de lui ? Parce que là… Je ne voudrais pas trop tarder.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;On appelle ça prendre la direction des opérations, ou alors l’inspecteur y perd son latin ! Bon, si ça lui fait plaisir ! Le policier est vraiment crevé, et il doit encore attendre que le patron en ait fini avec l’ex mari. Il les laisse donc partir tous les deux avec même un certain soulagement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le commissaire Jason, accompagné du capitaine Henri, a fait entrer le mari dans son bureau en lui présentant ses sincères condoléances. En s’excusant de devoir l’importuner avec des questions dans de telles circonstances. Mais la police souhaite faire au plus vite. Le mari semble réellement très choqué, très abattu. C’est dingue, dans cette histoire, les hommes semblent particulièrement affectés ! Enormément affectés. Trop ?&lt;br /&gt;Monsieur Bergonses redresse un peu son dos voûté. Il regarde le policier droit dans les yeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je vous en prie, vous faites votre travail. Mais pourquoi m’avoir fait conduire ici ? Je veux voir ma femme.&lt;br /&gt;- Ce n’est pas possible, monsieur. Elle est actuellement examinée par les services de police.&lt;br /&gt;- Vous voulez dire que vous faites pratiquer une autopsie ? Mais pourquoi ? Vos collègues m’ont dit qu’elle avait été tuée par une arme à feu !&lt;br /&gt;- L’autopsie est obligatoire et systématique en cas de mort violente. Je comprends votre émotion. Nous ferons en sorte que vous puissiez la voir dès que possible.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les collègues d’Orléans semblent en avoir dit le minimum. Conformément aux consignes. Ce type ne fait allusion qu’à une mort violente. Il ignore les circonstances exactes. Ou affecte de les ignorer. Non, son regard est droit et franc. Prudence quand même : le commissaire en a vu d’autres. Henri va enregistrer la déposition. Précisions sur l’emploi du temps de la personne. Sans plus. Ils verront ensuite.&lt;br /&gt;Dans son for intérieur, le policier souhaite sincèrement que monsieur Bergonses ait un alibi en béton. Il n’a pas aimé le regard de prédateur de la juge lorsqu’elle a appris que l’homme était dans la région au moment du meurtre. Il la connaît bien. Un soupçon a germé dans son esprit, et elle ne laissera rien passer, tant qu’elle n’aura pas de suspect plus crédible. Or, une histoire de jalousie, de mari bafoué, jaloux et vengeur, c’est tellement facile ! Et fréquent dans leurs dossiers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les choses se tiennent. L’ex mari semble en effet avoir des justifications claires et sans ambigüités. Il a passé quelques jours de vacances à Mimizan avec les enfants, son ex femme et son nouveau compagnon. Il semble que leur séparation soit assumée paisiblement, il ne manifeste aucune animosité vis-à-vis de celui qui l’a remplacé dans le cœur et dans le lit de celle qui était encore son épouse. Il est remonté sur Paris par obligation professionnelle. Il a passé la journée chez un de ses clients. Avec beaucoup de témoins. Après un passage par ses bureaux, il a pris le train de 19 heures 15 pour Orléans où réside sa mère. Il n’est pas repassé chez lui à Evry. Le timing est serré. C’est matériellement impossible qu’il ait pu aller trucider sa femme puis rejoindre tranquillement la gare d’Austerlitz à temps ! Ou alors, il aurait fallu que le crime soit prémédité et l’organisation tirée au cordeau. Or la scène du crime fait plutôt penser à un acte spontané sans préméditation. Quoique…&lt;br /&gt;Dans le domaine des mises en scène, il en a vu bien d’autres, le patron. « On » ne se balade pas avec un gros calibre sans intention précise. Et il ne croit pas à un crime crapuleux. Trop tôt dans la soirée, pour que ce soit des cambrioleurs. Et ce sein mutilé ! Un acte symbolique. Dont il lui faut trouver la signification.&lt;br /&gt;Ils n’ont aucune charge contre le témoin. Ils ne peuvent le retenir indéfiniment. Le capitaine le laisse rentrer chez lui, en lui deman-dant de se tenir à la disposition de la police jusqu’à nouvel ordre. Ses services le préviendront lorsqu’il sera possible qu’il aille se recueillir auprès du corps de sa femme.&lt;br /&gt;Le capitaine a quand même demandé à un de ses hommes d’effectuer une surveillance discrète du bonhomme.&lt;br /&gt;Simple précaution. La routine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri fulmine. Ridicule ! Bergonses s’est comporté comme un con ! Qu’avait-il besoin de raconter des salades sur son emploi du temps ? Il devait bien se douter que ses services allaient tout vérifier !&lt;br /&gt;Dès l’ouverture des bureaux le matin, son équipe a pris contact avec le fameux client de l’ex. Et la vérité était très simple : Ils ont été en réunion toute la matinée. A midi, le suspect a invité le PDG dans un restaurant des Champs Elysées. Le repas s’est terminé vers 14 heures 30, au plus tard vers 15 heures. Et après ? Le trou. Le méga trou qui ne pouvait être rempli par un simple « passage » dans ses bureaux !&lt;br /&gt;Le gars avait largement le temps de s’organiser, d’aller déposer ses bagages quelque part vers Austerlitz, de louer un véhicule ou prendre le train pour Evry. Puisqu’ils s’étaient vus une dizaine de jours auparavant, il savait que sa femme serait seule, son compagnon encore à Nantes. Voulait-il chercher une explication ou régler le sort de son épouse une fois pour toutes ? Et le problème de l’arme ? Ouais.&lt;br /&gt;Des questions encore. Mais pour la première fois dans cette affaire un scénario crédible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le capitaine Henri appelle aussitôt son homme en planque près du domicile du témoin. En lui demandant de ramener fissa le bonhomme au commissariat.&lt;br /&gt;Et cette fois, sans état d’âme, il va le mettre en garde à vue. En général, vider ses poches et se retrouver assis sur un banc derrière des barreaux, ou, ici, derrière une vitre blindée, aide vite fait à retrouver la mémoire !&lt;br /&gt;Henri informe le Commissaire. Jason semble très tendu. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xiii-le-commissaire-jason.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XIII)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-9184465135687837743?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/9184465135687837743/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=9184465135687837743' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/9184465135687837743'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/9184465135687837743'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xii-laffaire.html' title='Chap XII  L&apos;affaire'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-6933336828608775524</id><published>2009-02-03T11:59:00.003+01:00</published><updated>2009-02-04T14:24:37.835+01:00</updated><title type='text'>Chap XI  Voyage impromptu</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;11 &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Les choses se sont un peu précipitées. Je n’ai pas trouvé le temps d’écrire ces derniers jours.&lt;br /&gt;Nicolas est revenu, et dès le lendemain Domi arrivait à son tour. C’était un moment fort, plus d’une semaine que nous ne nous étions vus, et je me demandais comment allait se passer la cohabitation de nos deux couples. Suzy connaît déjà bien Domi. Elle l’apprécie, c’est clair. Mais mon mec n’avait jamais rencontré son mec à elle.&lt;br /&gt;Hé bien, prise de contact réussie. Ils s’entendent comme larrons en foire. Ils ont même trouvé le moyen d’aller faire un jogging ensemble dimanche matin. Quant à moi, j’avais un mal de dos ef-froyable. Un faux mouvement en jouant avec les enfants vendredi après-midi. Ils me poursuivaient et m’ont fait tomber dans le sable. Je suis mal tombé. Connement.&lt;br /&gt;Bah… Ça m’a valu de magistraux massages par Suzy ! Mon ex infirmière attitrée. Massages sages, bien entendu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Domi et moi nous sommes retrouvés seuls avec les enfants sans même avoir eu le temps de réaliser. Et voila que mon petit mec se trouve plongé dans la situation d’un couple avec enfants. Cela aurait pu ne pas être évident. Beaucoup de gays auraient été très vite déboussolés. Lui, non. Ces dernières heures, j’ai beaucoup pensé à ce que me racontaient ses parents sur la petite enfance de Thomas. Il est d’une patience inouïe. Sûr de son autorité naturelle, il sait être disponible et à l’écoute des enfants. Ce serait un père magnifique. Je savais que mes enfants l’adoraient. Ces derniers jours, j’ai compris pourquoi. Au début de ce texte, je me souviens d’avoir parlé de « grand frère ». Non. C’est un référent. Dans la plus belle acceptation du terme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pour finir, je lui fais la pire des vacheries. Involontaire bien sûr. Mardi, j’ai reçu un appel affolé de Christian, l’un de mes jeunes chefs de projet. Il continue à travailler en Août avec une petite équipe de trois personnes. Rien ne pouvait laisser prévoir une quelconque difficulté. Le chantier est loin d’être sur la fin. Bien entendu, je lui avais laissé mon numéro de portable, au cas où.&lt;br /&gt;Et l’incident majeur. La bourde du siècle. Une grosse erreur de programmation, et l’un de nos collaborateurs a détruit le fichier qu’il ne fallait surtout pas perdre. Un fichier très, très important, sinon ce n’aurait pas été drôle.&lt;br /&gt;Court moment de panique. Je me fais préciser que, quand même, il y a bien eu des sauvegardes de faites selon les procédures habituelles. Confirmé. Mais le dernier back up complet remonte à une semaine. Il faut donc faire reprendre une semaine de travail par les administratifs. Moindre mal. Je pousse un soupir de soulagement. Pas pour longtemps. Le patron ne décolère pas et parle de virer toute l’équipe pour faute grave.&lt;br /&gt;J’ai essayé de recoller les morceaux au téléphone. Rien à faire. Mon client voulait me voir au plus vite pour négocier de vive voix. Il semblait très remonté ! Ce seul incident ne peut à lui seul expliquer une telle intransigeance. Sans doute une accumulation de petites erreurs. Du moins, je l’espérais. Mais il fallait cependant que je tire cela au clair le plus rapidement possible. Et surtout que je dédramatise la situation. Un chiffre d’affaire potentiel assez conséquent est quand même en jeu !&lt;br /&gt;C’est donc moi qui suis remonté à Paris. Juste pour vingt-quatre ou quarante-huit heures. Je n’avais pas trop le choix.&lt;br /&gt;J’ai d’abord pensé à annuler nos vacances et à ramener les enfants chez Suzy. « Pas question ! » S’est insurgé Domi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- C’est toi qui a des problèmes, pas eux. Aucune raison qu’ils écourtent leur séjour !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne me suis pas fait prier longtemps. J’en suis sincèrement hon-teux. J’ai pris le train pour la Capitale aussitôt. Domi ne pouvant pas laisser trop longtemps les enfants seuls, j’ai appelé un taxi pour me conduire directement à Bordeaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai ainsi pu consacrer la journée d’aujourd’hui à résoudre le conflit apparu chez mon client. Rien de bien grave, au fond. L’un de mes jeunes collaborateurs, inexpérimenté, se débattait depuis quelques temps avec des difficultés techniques. Mais, encore en période d’essai, il s’accrochait pour essayer de faire ses preuves. Le jeune chef de projet, soucieux d’être perçu comme un « bon chef », avait visiblement pris en sympathie le nouveau. Lorsqu’il constatait des maladresses, il s’efforçait de passer par derrière et de sauver les meubles. Seulement voila, l’une des maladresses qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques lui a échappé.&lt;br /&gt;J’en ai, cela va de soi, profité pour redire, une énième fois la règle dont je fais pourtant bien souvent mon credo, mais qui, semble-t-il n’avait pas été suffisamment entendue :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je redis, je ne le redirai jamais assez… Et ça s’adresse à vous deux, développeur et chef de projet. Je ne vous reprocherai j.a.m.a.i.s d’avoir appelé au secours ou simplement d’avoir demandé de l’aide. Même s’il s’avère par la suite que vous pouviez, au bout du compte, vous débrouiller seuls.&lt;br /&gt;Mais je considèrerai comme une faute g.r.a.v.e. si de nouveau un jour vous ne tirez pas la sonnette d’alarme à temps. Personne n’est infaillible. Ça fait partie de notre job de savoir reconnaître ses limites. Ou son niveau d’incompétence.&lt;br /&gt;Bon c’est le premier gros problème pour l’un et l’autre, et nous allons nous en sortir sans trop de bobos. Mais je n’accepterai pas un autre incident de cet ordre. Sonnette d’alarme ! Sonnette d’alarme bon sang !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, vis-à-vis de mon client je m’en suis sorti avec beaucoup de douceur et une bonne dose de dérision. Ainsi que l’engagement de ne pas facturer les prestations de mes quatre collaborateurs pendant ces quinze jours d’août. Quand même.&lt;br /&gt;Pour finir d’enterrer le litige, un bon petit repas dans l’un des meilleurs restaurants des Champs s’imposait. Mais ça, c’est la routine de la partie commerciale de mon job.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai un peu traîné dans Paris, mais guère. Rien ne me faisait vraiment envie. J’ai pris le temps de m’arrêter boire un pot sur les Champs, et je suis revenu dans mes bureaux. J’ai deux ou trois heures devant moi avant de prendre le train pour Orléans. Ce soir je dors là-bas, chez ma mère. Je peux ainsi faire d’une pierre deux coups.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je viens d’en profiter pour relire tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent. Ce n’est pas le pied, ni le futur Goncourt, mais ça tient plutôt la route. Je ne suis pas mécontent de moi pour le moment. Je viens quand même de faire pas mal de corrections.&lt;br /&gt;Du coup, maintenant, je suis un peu à la bourre. Pourtant je voudrais encore dire quelques petites choses, qui trouveraient bien leur place ici, à ce stade, notamment sur la fidélité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Trop juste, là. Arrivé à Mimizan, faire un petit topo sur ma rencontre fortuite avec cet ex, et sur le fait que je n’éprouve absolument pas de désir d’aventure. Le mec s’est foutu de moi. Il m’a connu plus vindicatif et rapide en affaire !&lt;br /&gt;Faire réflexions sur l’amour, sur mon amour pour Domi, sans tomber dans le pathos) &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xii-laffaire.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XII)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-6933336828608775524?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/6933336828608775524/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=6933336828608775524' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/6933336828608775524'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/6933336828608775524'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xi-voyage-impromptu.html' title='Chap XI  Voyage impromptu'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-553941489180566168</id><published>2009-02-03T11:48:00.003+01:00</published><updated>2009-02-03T12:04:02.625+01:00</updated><title type='text'>Chap X  La vie continue...</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;10 &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;J’ai retrouvé le fauteuil de salon que nous avions laissé sur la ter-rasse. Heureusement il n’a pas plu. Les portes et portes-fenêtres sont également restées largement ouvertes. Sans avoir la phobie des visites noctambules, ce n’est quand même pas très sérieux !&lt;br /&gt;Au moins l’intérieur de la maison a bien pris le frais de la nuit !&lt;br /&gt;Il n’a pas plu, mais le velours du siège s’est gorgé d’humidité. Si près du lac… Je m’y installe quand même avec délectation. J’ai juste enfilé un short, et la fraîcheur du tissu me donne des frissons et dresse les poils de mes bras. J’aime.&lt;br /&gt;Je m’allonge confortablement, m’étire, pose mes pieds sur le tabouret et allume une cigarette. Rhôô ! Si Domi était là ! Il me mène la guerre contre ces premières bouffées prises avant le moindre petit repas. Mais je les trouve tellement bonnes ! Elles me font si délicieusement tousser ! J’attends que le café ait fini de passer. Le pain dégèle. Suzy et les enfants ne sont pas encore réveillés. Je ne vais quand même pas petit déjeuner tout seul !&lt;br /&gt;Ce sont les garçons qui posent pieds à terre en premier. Nadège et Suzy suivent de près. Suzy fait chauffer le lait pour les enfants. Na-dège s’assoie sur mes genoux pour un câlin. Les jumeaux cavalent déjà dans la pinède. Nous ne pourrons pas parler de nouveau en tête à tête pendant un bon bout de temps. J’envoie Nadège sortir les bols, et je vais saluer Suzy d’un baiser sur le front.&lt;br /&gt;Elle me repousse tendrement mais fermement. « Allez, prends le café, tiens… ».&lt;br /&gt;Faire comme si. Quelque chose me dit qu’elle a fait son choix, elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nadège s’est plongée dans un nouveau livre. « Le Comte de Monte Christo ». Elle semble bien avoir récupéré mon virus de la lecture. Les garçons ont entrepris une cabane dans la pinède. Eux aussi doivent se raconter une belle histoire. Je propose à Suzy de faire une petite promenade le long du lac. Nous y passions de longs moments autrefois, pendant que ma mère veillait sur la sieste de Nadège. Plus tard aussi, il nous arrivait de nous échapper ainsi, lorsque quelque parent ou ami pouvait rester à la maison pour les enfants. Combien de fois avons-nous fait l’amour, abrités dans la petite crique, au milieu des roseaux ?&lt;br /&gt;« Oui, mais pas trop longtemps. » a-t-elle répondu à mon interrogation.&lt;br /&gt;Un long moment nous marchons en silence. Ni l’un, ni l’autre n’ose engager la conversation. Pour ma part, je voudrais que le temps se fige, que tout s’arrête en cet instant. Vivre la beauté de l’instant pré-sent, ne pas avoir de question à se poser sur l’avenir. Fixer le bon-heur, écarter les idées sombres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Nicolas m’a appelé tout à l’heure. Il arrive demain à midi à Bordeaux. Je lui ai dit de prendre la navette, que j’irai le chercher à Ychoux. Il faudra que je parte vers midi trente.&lt;br /&gt;- Dis donc, ça ne le fait pas partir trop tôt d’Angers, cet horaire ?&lt;br /&gt;- Non, vers sept heures et demie. C’est raisonnable, bien qu’il m’ait dit qu’ils risquent de terminer le démontage tard dans la nuit !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Je suis heureuse qu’il revienne tout de suite…&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Tu ne dis rien ?&lt;br /&gt;- … … J’essaye de réfléchir. De comprendre. D’imaginer ce que nous allons faire.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suzy s’arrête, et me fait face. Elle me regarde, ébauche un maigre sourire, caresse ma joue d’un geste tendre et bouleversant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ce que nous allons faire ? La vie continue, Al, c’est tout !&lt;br /&gt;- Je m’attendais à ce que tu dises cela. Dès ce matin, j’ai compris que tu avais pris ta décision. Mais quand même !...&lt;br /&gt;- Quand même ?&lt;br /&gt;- Quand même, je voudrais comprendre. Comprendre comment tu peux écarter si froidement cette nuit que nous venons de vivre. Où nous avons retrouvé intacts nos amours, l’un et l’autre… Ne dis pas non ! Comprendre enfin où est-ce que j’ai pêché ? Quelles fautes j’ai commises pour que tu t’éloignes ainsi de moi ? Nous n’en avons jamais parlé en fait. Quand je me suis senti de trop, je suis parti, comme je te l’avais promis. Mais je n’ai rien compris.&lt;br /&gt;- Tu n’as rien compris ? Vraiment ? Oh, Al… J’ai été tellement reconnaissante que tu ne cherches pas à rendre les choses compliquées ! Pas maintenant !&lt;br /&gt;- Non, non ! Je vais me retirer, sans bruit. Sans histoire. Je t’aime trop pour te faire le moindre mal, tu le sais très bien. Mais là, maintenant, j’aimerais comprendre, avant que Nico ne revienne entre nous.&lt;br /&gt;Je ne t’ai jamais trahi. Comme j’en avais fait le serment, je n’ai jamais ouvert mon âme à qui que ce soit d’autre que toi. Domi l’entrouvre maintenant, petit à petit. Péniblement. Et je ne pensais vraiment pas que mes petites aventures ridicules …&lt;br /&gt;- Mais ce ne sont pas tes aventures qui m’ont éloigné de toi, Al ! Absolument pas ! J’ai toujours voulu, et je peux dire je crois, toujours respecté ta « double vie » ! Disons ton jardin secret, si tu préfères.&lt;br /&gt;- Alors ? Je ne comprends pas ! Je comprends de moins en moins !&lt;br /&gt;- Ce n’est pas ta double vie, Al, qui a progressivement mis en charpie cet amour pour toi que je croyais indéfectible. C’est que petit à petit, tu n’as plus eu de double vie… Justement.&lt;br /&gt;- Je ne comprends plus ?&lt;br /&gt;- J’ai passé ma vie à t’attendre, Al !&lt;br /&gt;- Mais tu mélanges tout ! J’ai été très, trop, pris par le travail, je le sais, et tu le sais bien ! Je ne faisais quand même pas que des galipettes, quand je n’étais pas à la maison !&lt;br /&gt;- C’est toi, là encore, qui parles de galipettes, pas moi ! Je te le redis, tes rencontres à l’extérieur ne regardaient que toi, et toi seul. Je ne t’ai jamais fait une réflexion à ce sujet ! Je t’attendais, c’est tout. Même quand tu étais près de moi, je t’attendais.&lt;br /&gt;Que ce soit à cause du travail, à cause de coups durs au bureau ou chez un client, à cause d’amis rencontrés autour d’un bon repas, à cause d’une partie de jambes en l’air, ou à cause d’inquiétudes qui envoyaient ton esprit ailleurs au lieu de rester auprès de moi, ça ne changeait pas beaucoup pour moi : je t’attendais. Les enfants t’attendaient. Et je leur disais quoi, moi, quand ils me demandaient « Il revient quand, Papa ? » ?&lt;br /&gt;- Hé bien, que j’étais retenu par mon travail, tout simplement !&lt;br /&gt;- Oui, le travail, toujours le travail ! Ils en avaient raz la casquette du travail, les enfants ! Et moi aussi !&lt;br /&gt;Mais ce n’est pas le plus grave !&lt;br /&gt;- … Explique ?&lt;br /&gt;- S’il fallait t’attendre, nous t’attendions. Avec la joie de penser : « Il va bientôt arriver ! ». Mais souvent, trop souvent, tu n’arrivais pas. Le pire, Al, c’est que nous ne pouvions jamais compter sur toi. Je ne pouvais jamais donner quelque crédit à tes promesses. Nous ne savions jamais quand tu arriverais, si tu allais arriver.&lt;br /&gt;Combien de fois le soir ai-je fait patienter les enfants en jouant ou en leur lisant une histoire, pour au bout du compte les coucher trop tard, sans qu’ils t’aient vu. Et Nadège, qui ne parvenait pas à s’endormir tant que tu n’étais pas venu lui faire le baiser du soir !&lt;br /&gt;- Tu dresses un tableau très noir, là !&lt;br /&gt;- Ah, non ! Non ! Ne viens pas dire maintenant que je ne te l’ai jamais dit ! Toutes nos conversations difficiles, (je ne peux même pas parler de disputes, non), toutes ont été autour de ce thème ! Je ne savais plus comment te le dire.&lt;br /&gt;- Je sais… Mais je te répondais aussi que tu attendais trop de moi, qu’il fallait que tu aies ta vie à toi, tes activités, tes plaisirs, tes amis. Ton jardin secret.&lt;br /&gt;- Et allez, pirouette, et ça va encore être de ma faute ! Trop amoureuse ! Al… Faut-il que je te rappelle les nombreuses fois où tu as « oublié » un rendez-vous important ? Chez le médecin, avec les enseignants des enfants ? Le spectacle de fin d’année des jumeaux !&lt;br /&gt;- Ah, ça y est ! Nous en avons parlé au moins cent fois ensemble ! Et tu sais très bien que ce sont des contraintes professionnelles qui m’ont empêché !&lt;br /&gt;- C’est bien là le plus grave, Al ! Je sais très bien que ce n’était pas pour un rendez-vous galant ! Justement ! J’aurais pu alors me dire : « C’est de ta faute ma vieille, tu as choisi, maintenant tu assumes ! ». Mais non !&lt;br /&gt;Je n’ai pas aimé et épousé un homme pour qui sa vie de famille était accessoire, un homme pour qui tout était prioritaire, tout, sauf sa femme et ses enfants ! Non ! J’ai épousé un homme aimant, attentionné, qui m’a accompagné dans mes grossesses comme peu d’hommes le font ! Qui partageait sans rechigner les tâches ménagères. Non, mieux que ça ! Qui refusait que l’on puisse dire que telle ou telle tâche était davantage du ressort de l’un ou de l’autre. Ces grands principes que tu défends encore dans ta boîte, avec la parité homme femme.&lt;br /&gt;Et puis tu as créé ta propre structure. Tu voulais être le chef ! Mettre en pratique tes grandes idées socio économiques ! Et tu as changé. C’est toi qui a changé, Al ! Pas moi. Mon amour, il s’est délité, tout doucement parce que je ne te reconnaissais plus.&lt;br /&gt;- Bordel, quel gâchis !&lt;br /&gt;- Oui, un énorme gâchis, Al. J’y ai ma part. Je n’ai pas pu, pas su, pas réussi à dire tout cela quand il aurait été encore temps. Je n’y parvenais que dans des grosses discussions, douloureuses, mais que tu n’entendais pas vraiment. Le lendemain tout repartait à l’identique. J’ai trop souvent souf-fert, Al.&lt;br /&gt;- Putain, quel con je suis !&lt;br /&gt;- Si jurer te fait du bien !&lt;br /&gt;- C’est mon boulot… C’est à cause du boulot que je vous ai perdus, c’est ça ?&lt;br /&gt;- Pas uniquement, Al, pas uniquement ! Maintenant, ne vas pas reporter toute la responsabilité sur ton travail qui, quand même, est une belle réussite.&lt;br /&gt;- Tu appelles une réussite une entreprise qui a tout détruit de ma vie de famille, de mon bonheur ? Tout détruit ce qui, en vérité, est ce qui compte le plus pour moi au monde ?&lt;br /&gt;- Al ! N’accuse pas les autres, entreprise ou personne. C’est toi, Al, et toi seul qui est en cause !&lt;br /&gt;- Alors je n’ai rien compris !?&lt;br /&gt;- Je te dis ça, mon chéri, parce que je t’aime encore un peu. Et que parfois j’ai des frissons quand je te vois reconduire les mêmes mécanismes avec Dominique. Pourtant, nous ne nous voyons pas souvent tous les trois. Prends en conscience, Al. Sinon tu cours à ta perte. Jean-Yves, moi, Dominique… Regarde un peu, Al, regarde !&lt;br /&gt;- Mais je ne comprends pas ! Aide-moi Suzy, je t’en prie ! C’est trop dur !&lt;br /&gt;- Ah non ! Tu ne vas pas pleurer ! Encore ton affectivité qui remonte à fleur de peau ! Comment peut-on être à la fois aussi solide et aussi fragile ? Non ! Je ne te prendrai pas dans mes bras ! Non, Al, regarde-toi en face pour une fois !&lt;br /&gt;- Dis-moi, alors…&lt;br /&gt;- Je te disais tout à l’heure que ce n’était pas ta double vie qui posait problème. Mais au contraire que tu n’en avais plus qu’une… La tienne ! Toi. Toi et les petits oiseaux ! Les autres ne sont qu’accessoires, ils font partie de ton décor.&lt;br /&gt;- Suzy ! Là tu exagères !&lt;br /&gt;- Si peu ! J’ai essayé de te le faire comprendre tant de fois ! Même quand tu étais avec moi, tu n’y étais pas vraiment. Même dans ces moments là je devais te partager !&lt;br /&gt;- Précise, s’il te plait ?&lt;br /&gt;- Des exemples ?... Quand nous nous promenions dans les rues ou à l’Agora. Je te sentais en quête permanente. Tu crois que je ne remarquais pas lorsque tu regardais les jolis garçons ? Mais mon pauvre ! Je les remarquais avant toi ! Je te connais bien, tu sais ! « Tiens, celui-ci va lui plaire… ». Et malgré ton bras sur mon épaule ou autour de ma taille, je sentais ton léger ralentissement. Je n’avais pas besoin de tourner la tête pour savoir que toi, tu jetais un œil en arrière après son passage. Pour vérifier que le verso valait bien le recto. Et pour, à tout hasard vérifier si, lui, ne se retournait pas aussi.&lt;br /&gt;Je n’étais là que pour le décor, Al… C’était flatteur pour toi d’avoir une jolie femme à ton bras. Ton regard ne pouvait qu’en être plus provoquant !&lt;br /&gt;- Là, tu te racontais des histoires !&lt;br /&gt;- Des histoires ? Allons ! J’ai pris conscience de ça pour la première fois, il y a bien longtemps, j’attendais les jumeaux, nous nous promenions dans les rues d’Aurillac, Nadège entre nous, nous donnait à chacun une menotte… C’est en voyant le jeune éphèbe prendre l’escalier après un regard circulaire que j’ai réalisé que nous arrivions à des toilettes publiques souterraines. Je me suis dit : « Non, pas celui-là, il est très jeune et trop efféminé. Ce n’est pas son style. ». Mais tu as subitement eu envie de pisser, et tu nous as plantés là sur la place, Nadège et moi !&lt;br /&gt;- Mais je n’ai fait que pisser ! Je suis remonté aussitôt !&lt;br /&gt;- Tu vois, tu t’en souviens ! Oui, tu n’as pas traîné. Quand même ! Encore heureux ! Mais moi, je savais qu’il ne te plaisait pas, et toi tu as eu besoin de vérifier. Ou d’aller voir s’il n’y avait pas quelqu’un d’autre en bas ?&lt;br /&gt;- Tout ça me semble tellement ridicule !&lt;br /&gt;- Ridicule de se sentir ravalé au rang d’accessoire ? D’accessoire encombrant, même ?&lt;br /&gt;- Mais tu n’as jamais été accessoire pour moi, merde ! Je t’ai aimé, je t’aime, comme je ne pourrai jamais plus aimer ! Comme je n’ai jamais aimé. Mais je ne pouvais pas ne voir que toi, continuellement ! La vie autour existe ! Merde !&lt;br /&gt;- Moi aussi j’avais envie d’exister. Et tu le sais bien, on n’existe vraiment que par le regard de l’autre. Et ton regard, il n’était pas pour moi. A la rigueur, je pouvais le partager.&lt;br /&gt;- Suzy, non ! C’est trop con !&lt;br /&gt;- Je ne sais pas si c’est con ou pas. C’est.&lt;br /&gt;Vois-tu, Nicolas a un métier difficile, qui le fait énormément voyager. Il s’absente souvent. Souvent le week-end. Mais quand il me dit : « Je serai à Ychoux à treize heures treize. », je sais qu’il y sera. Sauf imprévu grave. Je l’attends paisible-ment. Sans me ronger les sangs. Et quand il est avec moi, il est avec moi. Rien qu’à moi. Quand il arrive, il pose ses soucis professionnels avec le parapluie. Sur le perron. Et il rentre disponible.&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Lorsque tu avais une aventure, je le savais. Et tu savais que je le savais… Et je savais que tu savais que je le savais… Bref, nous étions dans le non dit le plus complet !&lt;br /&gt;- Ça, je m’en rendais compte aussi. Et j’en souffrais ! Sans savoir comment casser ce mécanisme. Je ne me voyais pas rentrer à la maison et te dire : « Tu sais chérie, je viens de me faire un petit mec, Mmmm… » ! Je voulais te faire souffrir le moins possible. Alors, j’essayais d’assumer. Mais surtout pas de noyer le poisson, reconnais-le !&lt;br /&gt;- Ce n’est pas ça ! Enfin, pas tout à fait, je vais y revenir. Ce que je voulais dire, c’est que je n’ai jamais été trompée par tes horaires à l’emporte-pièce. J’ai même envie de dire, « hélas ! ». Quand tu avais un rendez-vous professionnel, il était programmé, les choses étaient claires. Quand tu avais rendez-vous avec un mec, tu le disais. Enfin, tu le sous-entendais : « Je rentrerai tard ce soir. ». Quand tu avais une rencontre fortuite, je le savais aussitôt, avant même que tu me dises bonsoir ! (Et ce n’était pas nécessairement les soirs où tu rentrais le plus tard.) Mais quand je t’attendais en vain, quand tu rentrais n’importe quand, sans avoir prévenu de ton retard, quand c’était un copain, un collègue, un de tes collaborateurs que tu avais invité dans l’urgence au restaurant, ou même quand il t’était tombé dessus un pépin quelconque au boulot… Sans me prévenir, ou en laissant un simple message. Sans t’excuser du retard… Ça revenait à me faire comprendre que j’étais le dernier de tes soucis, et ça, c’était insupportable !&lt;br /&gt;- Non ! Tu ne peux pas avoir pensé ça !&lt;br /&gt;- Mais si, Al, bien sûr !&lt;br /&gt;- J’y crois pas ! J’y crois pas… Tu voulais aussi dire autre chose ? Tant qu’on y est ?&lt;br /&gt;- … ? Ah, oui… Tu ne me disais pas que tu avais rencontré quelqu’un. Mais je le savais. Parce que tu étais encore plein de lui. Plein du plaisir que tu venais de prendre. Or, je me suis parfois amusée à te provoquer, à t’aguicher. A jouer la louve en chasse. Enfin, à jouer… Je ne sais même plus ! Peut-être bien aussi que j’étais réellement excitée à l’idée que tu revenais d’un corps à corps torride ! Bref. Je te provoquais, et jamais, jamais tu ne t’es défilé ! Comme si tu y mettais un point d’honneur. Comme si tu pensais qu’ainsi tu me donnais une preuve de ton amour. Et l’amour, tu me le faisais… Bien, comme tu sais le faire. Plutôt mieux même que d’habitude.&lt;br /&gt;Tu le sais bien, nous avons tous les deux des souvenirs de séances de pur délire, d’une sensualité à fleur de peau.&lt;br /&gt;- Et ça aussi, tu me le reproches ?&lt;br /&gt;- Non, Al, je ne te reproche rien ! Là, c’est moi qui me faisais mal toute seule. Parce que je ne savais pas si tu me faisais si bien l’amour pour te faire pardonner, ou bien par obligation et par orgueil, ou bien parce que tu étais encore plein du souvenir de ton amant de passage, et que tu pensais encore à lui.&lt;br /&gt;- Non ! Là tu….&lt;br /&gt;- Arrête ! Je dis simplement que je ne pouvais pas penser comme une évidence que tu me désirais et me possédais parce que j’étais désirable et que tu avais envie de me prendre. Cette certitude qui rend les femmes belles… Le doute était là, Al ! C’est tout… Le doute était là… Point.&lt;br /&gt;- Oh, Suzy ! Suzy ! Me dire tout ça, là, en vrac ! Tu pensais donc que je ne t’aimais pas ?&lt;br /&gt;- Allons, ne joue pas la mauvaise foi ! Il ne s’agit pas d’amour, là ! Mais de reconnaissance ! Bien sûr que tu m’aimais. Et je n’en doutais pas. Mais j’avais soif de reconnaissance. Comme toutes les femmes.&lt;br /&gt;Nous avons envie que vous remarquiez notre nouvelle coiffure, la nouvelle robe, le maquillage sensuel… Non par coquetterie, mais pour se sentir exister aux yeux de celui que l’on aime ! Ça aussi, pour toi… Pas trop !&lt;br /&gt;- Mais tu t’es toujours moqué des apparences ! Tu préférais nettement que je te soutienne dans tes combats militants, non ?&lt;br /&gt;- Bien sûr. Et nous avons tellement de choses en commun sur ce plan ! Mais la reconnaissance, Al ! Exister dans les yeux de l’autre !&lt;br /&gt;- Je l’ai cherché, je sais… Mais me jeter tout ça à la figure !&lt;br /&gt;- Je ne te jette rien au visage, Al. Je veux que tu comprennes. Que tu comprennes ma décision. Je veux que notre relation repose désormais sur des bases plus saines.&lt;br /&gt;- Oh ! Ta décision ! Elle est claire maintenant. Tu n’as plus besoin de me la dire.&lt;br /&gt;- Al, écoute… Ecoute-moi… Cette nuit, j’ai beaucoup réfléchi. A tout ça. Je n’ai pas beaucoup dormi.&lt;br /&gt;Je te regardais, toi. Tu dormais, paisible, un sourire aux lèvres. Comme un petit enfant apaisé après avoir retrouvé son jouet préféré et qui s’est endormi avec sa peluche adorée à portée de la main…&lt;br /&gt;- Quand même ! Là…&lt;br /&gt;- Lorsque j’ai appris pour le cancer, c’est vers toi que je me suis retournée. J’avais besoin de ton amour, de ta force. De tes certitudes et de ta confiance dans la vie. De ton appétit de vie quasi carnassier ! C’est avec toi que je voulais réfléchir… Comprendre, décider… Je n’ai pas pensé aux conséquences possibles. Pour nous. Pour nos couples. Enfin, je crois plus exactement que j’en acceptais le risque…&lt;br /&gt;Mais maintenant que tu m’as redonné la force d’y croire et de me battre… C’est Nicolas que je désire auprès de moi. Son attention de tous les instants. Sa disponibilité sans faille. Son amour simple, sans fioritures, sans complication. Ce même amour que tu me vouais au début de notre mariage. J’en ai besoin, là, maintenant ! Et ce n’est plus toi qui peux me le donner !&lt;br /&gt;- … … Tu me donnes une baffe phénoménale, j’ai envie de crier : « Non ! Non ! » ! Et pourtant je sais que tu as raison.&lt;br /&gt;Je sais, je réalise un petit peu, là, à quel point j’ai fait notre malheur.&lt;br /&gt;Mais je t’aime Suzy. Je t’aime toujours. Ce que je disais hier au soir est toujours vrai. Je serai toujours auprès de toi quand tu me le demanderas ! Toujours ! La baffe est peut-être salutaire. Je crois que je vais sérieusement lever le pied par rapport à mon job.&lt;br /&gt;- Ce n’est pas pour moi que je le souhaite mon chéri. Ça, pour moi et ta présence auprès de moi dans les moments difficiles à venir, je le savais. Je l’ai toujours pensé. Mais c’est pour toi que je le souhaite. Pour toi et Dominique.&lt;br /&gt;Je pense que c’est un garçon rare que tu as rencontré. Ne le perds pas. Sois suffisamment disponible avant qu’il ne soit trop tard. Cesse de courir dix lièvres à la fois.&lt;br /&gt;- Domi… Oui, Domi… Il était tellement loin de mes pensées ces dernières heures, le pauvre…&lt;br /&gt;- Il t’aime, Al. Tu disais que pour Nico et moi ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Lui, Domi, il ne semble respirer que par, ou pour toi ! Tu n’as pas le droit de le décevoir ! Non, tu n’as pas le droit !&lt;br /&gt;- … Dur, dur, de t’entendre dire ça !&lt;br /&gt;- Viens, allez, rentrons… Les enfants sont seuls.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suzy était déjà partie chercher Nicolas à Ychoux quand Dominique m’a téléphoné. Sa fâcherie de la veille, je n’avais pas pris mon por-table pendant notre promenade avec Suzy, et je ne l’ai rappelé que le soir, était oubliée. Je ne l’ai jamais vu bouder bien longtemps. Hier soir je lui ai dit qu’il se passait des choses importantes dans la vie de Suzy et que nous en parlerions quand il serait là. Son appel d’aujourd’hui était pour me confirmer qu’il arrivait bien samedi soir.&lt;br /&gt;J’ai laissé Nicolas et Suzy se retrouver tranquillement. J’avais laissé un mot sur la table, et j’avais emmené les enfants à la plage. Sans faire la sieste.&lt;br /&gt;Seul, au calme dans ma chambre, ce soir j’essaye de faire le point et de mettre à jour ce texte. Je viens de revenir sur le compte-rendu de notre échange d’hier, Suzy et moi. J’avais oublié de transcrire quelques petits reproches. Tiens donc ! Oh, je n’ai pas la prétention d’avoir été fidèle et exhaustif. Tout a été tellement intense pour moi, j’ai vraiment le sentiment d’en avoir pris plein la tronche.&lt;br /&gt;Je sais qu’elle m’a aussi dit quelques trucs positifs. Mais je ne les retrouve plus au moment d’écrire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, il y a quelque chose d’étrange, qui me dépasse un peu dans l’écriture de ce texte-ci. J’ai doucement ripé vers un drôle de truc que je n’avais pas prévu.&lt;br /&gt;J’ai commencé à écrire ces pages fin mai. Il y avait six mois que j’avais rencontré Domi. Il voulait fêter ça. (Avec lui, nous fêterions bien un « anniversaire » tous les mois… Tous les jours, même. Comme si chaque jour gagné ensemble était une victoire pour lui !) Bref. Qu’importe le prétexte pour faire une petite fête ! Superbe soi-rée, et j’avais eu une idée simple de cadeau : j’ai attendu ce soir là pour lui proposer de quitter son studio et de s’installer définitivement avec moi. J’ai parfaitement réussi mon coup. Il a été bouleversé.&lt;br /&gt;C’est là que l’idée a germé. Le succès oblige à l’excellence, je devrais trouver encore mieux la fois d’après. Pour le vrai anniversaire, dans six mois, j’allais lui offrir le livre de notre aventure. De notre rencontre. Pour l’impression et la reliure, pas de problème. Un de mes clients me ferait ça aux petits oignons. Mais il fallait du conte-nu ! Dans les jours qui ont suivi, je m’y suis mis. Bon, je n’avais pas beaucoup de temps, et je n’avançais pas vite.&lt;br /&gt;Ben si, quand même ! J’ai rattrapé le temps, ou le temps m’a rattrapé. Petit à petit, imperceptiblement, je me suis retrouvé à écrire au presque jour le jour. Autrement dit, je me retrouve à écrire un journal intime. Moi !&lt;br /&gt;Bon, que je sois dépassé par les évènements, ou plutôt que je me laisse guider par eux, rien que d’habituel. J’ai toujours fonctionné un peu comme ça.&lt;br /&gt;Mais que j’écrive un journal ! Pourquoi pas un blog tant qu’on y est ! Quand je surfe sur Internet, je tombe souvent sur ce genre d’outils. Il y a les amusants, ou les polissons, dont chaque billet n’est que prétexte à afficher de (parfois) belles photos de filles ou de mecs à poil, ou des vidéos pornos… Intéressant, de temps en temps.&lt;br /&gt;Mais tous ces cloaques, rose bonbon ou vert fluorescent, où des demoiselles expliquent leur drame pour trouver les chaussures avec les bons talons, ou bien ceux de ces messieurs qui se bouffent le nez à propos de politique ou de football… Beurk !&lt;br /&gt;Le clou c’est lorsqu’un jour je suis tombé sur un papy qui donnait des recettes de confiture ! La classe !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allons, plus sérieusement. Je suis partagé. Je n’ai pas du tout envie de tenir un journal au jour le jour où je raconterais le merveilleux bonheur qui est le notre, à Domi et à moi ! Et d’un autre côté, je tournais en rond depuis des semaines pour trouver comment expliquer l’éclatement du couple Suzy Albert, et rendre compte de la discussion d’hier remplace bien des pages d’écriture !&lt;br /&gt;On verra. Disons que pour le moment je vais noter ainsi des moments forts de notre vie, et que, dans un deuxième temps, je retra-vaillerai cette matière pour faire un petit livre sympa à offrir à mon amoureux pour nos un an… Mon amoureux. Oui, je dis bien. Non, mais… Mon mec peut bien être également mon amoureux ! &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-xi-voyage-impromptu.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre XI)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-553941489180566168?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/553941489180566168/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=553941489180566168' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/553941489180566168'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/553941489180566168'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-x-la-vie-continue.html' title='Chap X  La vie continue...'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-2610095684941594758</id><published>2009-02-03T11:39:00.003+01:00</published><updated>2009-02-03T11:59:16.452+01:00</updated><title type='text'>Chap IX  La révélation</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;9&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je n’aurais même pas osé envisager ce cas de figure.&lt;br /&gt;Me retrouver ici, chez moi, à Mimizan, dans la maison familiale, avec Suzy et les enfants. Seuls. Comme autrefois. Putain. Chapeau le mec. Je l’admire le Nico ! Faut qu’il ait une sacrée confiance en lui et en l’amour que lui porte Suzy. Je crois que moi, à sa place, je n’aurais pas pu. Au diable le boulot et le service à rendre ! Ma femme, je me la garde avec moi ! Non mais… Ou alors, puisque de toute façon il était prévu que les enfants restent ici avec l’ex, j’aurais fermement demandé à ma belle de venir avec moi. Histoire qu’elle connaisse mieux le métier que je fais.&lt;br /&gt;Je dois le reconnaître, ça, il l’a proposé. « Tu pourrais venir avec moi à Angers. Même si je travaille dur, au moins tu verrais les spec-tacles ! » Mais Suzy avait refusé. Elle ne voulait pas me laisser seul avec les enfants. Et puis elle se sentait encore fatiguée.&lt;br /&gt;Tout plein d’arguments que je me pensais dans mon for intérieur à moi, et personnellement, assez fallacieux. « Ça serait-y pas qu’elle a envie de se retrouver seule avec moi ? » que je me suis dit !&lt;br /&gt;Non, je n’avais pas vraiment le cœur à plaisanter. Et s’il est vrai que le refus de Suzy m’a quelque peu étonné, j’y ai plutôt vu une preuve de plus que quelque chose ne tournait pas rond pour elle. Pourtant, je les avais pas mal observés ces trois derniers jours. Discrètement, bien sûr. Mais j’étais comme aux aguets, à vouloir déceler les indices d’une anomalie. D’évidence, leur couple était toujours dans la plus parfaite harmonie. Elle le dévorait des yeux. Peut-être même, si cela était possible, encore plus qu’avant l’été. Je voyais s’épanouir devant mes yeux, avec quelques petits pincements au cœur, je l’avoue, cette douce complicité qui nous avait unis en nos premières années de couple. Prévenante, elle anticipait le moindre de ses désirs. Sous le charme, il multipliait les attentions et les gestes de tendresse. Ce qui n’échappait pas aux garçons qui dansaient autour d’eux en psalmodiant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Oh, les amoureux ! Oh, les amoureux ! Oh, les amoureux !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Jusqu’à ce que Nico, en riant leur envoie un simulacre de coup de pied aux fesses, ce qui finissait de les mettre en joie.&lt;br /&gt;Non. C’est autre chose. J’ai l’impression de me trouver devant un trou noir qui me met de plus en plus mal à l’aise. J’ai décidé d’attendre que nous nous retrouvions en tête à tête. Là, dans l’instant, elle finit de leur dire bonsoir. Je l’ai précédée dans ce cérémonial. Tacitement nous savons que nous ne devons pas faire le tour des chambres ensemble. Les enfants ont intégré notre séparation, il ne s’agit pas de semer le trouble dans leur esprit !&lt;br /&gt;Comme le faisait mon père, j’ai tiré le lourd fauteuil du salon sur la terrasse. Confortablement installé, les pieds sur un tabouret, je sa-voure un petit cigarillo. Papa n’avait pas les moyens de ce luxe. Il mâchouillait son fume cigarette encore chargé d’un bout de mégot éteint.&lt;br /&gt;Suzy tire un simple fauteuil de jardin pour venir s’installer auprès de moi. Les bras croisés, repliés sur ses épaules, elle frissonne… « Dis, il fait un peu frais ce soir ! ».&lt;br /&gt;Je soupire de bien être. « Comme toujours auprès du lac… Tu entends les grenouilles ? »… Allons… Nous n’allons quand même pas parler de la pluie et du beau temps ! Du lac, des grenouilles qui ont oublié que la saison des amours est finie, ou du silence quand à la nuit tombée les cigales se décident à se taire !&lt;br /&gt;Nous nous taisons, nous, surtout. Un long moment. Qui pourrait être très agréable, s’il n’y avait cette insistante pression sur mon cœur. Je ne sais pas comment commencer. J’ai bien essayé il y a deux ou trois jours d’ébaucher une interrogation. Mais elle m’a coupé, un peu brutalement : « Mais non, que vas-tu chercher ? Je vais bien, je vais très bien même ! » Je me sens tellement balourd.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Maman et Papa aimaient bien s’installer comme ça le soir, face au lac. Ils y restaient des heures, sans allumer la lumière. A écouter les bruissements de la nuit.&lt;br /&gt;- C’est dommage que ta mère ait refusé de venir passer quelques jours. Ça lui aurait changé les idées. Et elle aime tellement les enfants…&lt;br /&gt;- Et toi aussi, tu aimerais qu’elle soit là, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;- Que veux-tu dire ?&lt;br /&gt;- Je crois que vous vous entendez bien toutes les deux, non ?&lt;br /&gt;- Ça c’est sûr. Je me sens plus en confiance avec elle qu’avec ma propre mère. C’est dur de dire ça, non ? Mais pourtant, c’est tellement vrai !&lt;br /&gt;- Pourquoi dur ? C’est comme ça, c’est tout. Elle-même s’entend mieux avec toi qu’elle ne s’est jamais entendue avec moi ! Bien que, tu le sais bien, je n’ai rien à lui reprocher !&lt;br /&gt;- Mais ça, c’est normal. Tu es un homme. Il y a des choses que nous comprenons sans parler, entre femmes.&lt;br /&gt;- Et par exemple, si elle était ici, il y a des choses qu’elle aurait déjà comprises, elle ?&lt;br /&gt;- Mais quoi ? Tu es pénible ! Arrête de parler par énigme à la fin ! Si tu as quelque chose à dire, tu le dis. Point !&lt;br /&gt;- Suzy… S’il te plait… Je n’ai vraiment pas envie d’une passe d’armes. Nous sommes si bien, là !&lt;br /&gt;- Ben alors, arrête, toi ! Depuis trois jours je te sens là, à tourner autour du pot ! C’est pénible à la fin ! Tu imagines quoi ? Que je suis malheureuse ? Que tu me manques ? Que quoi ?&lt;br /&gt;- Suzy… Je ne prétends rien. Je n’imagine rien. Nous nous connaissons tellement tous les deux ! Tu crois, toi, que parce que nous sommes séparés, je ne te connais plus aussi bien, et que je ne comprends plus rien à rien ? Mais Suzy, je te connais toujours aussi bien, tu sais. Et quand je dis que quelque chose ne tourne pas rond… Je ne sais pas quoi. Ça… Justement ! Je pense que ce n’est pas directement lié à Nico, parce que ça se voit comme le nez au milieu de la figure que vous vous aimez toujours. Je dirais même de plus en plus. Mais ma Suzy n’est pas comme d’habitude, il y a quelque chose. Ça, j’en suis sûr. Et je suis triste de voir que tu refuses de te confier. Oui, c’est peut-être con, mais ça me fait mal !&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Suzy !!&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s’est levée brutalement, et s’est réfugiée à l’intérieur. Je suis surpris. Déstabilisé. Ça non plus ce n’est pas elle ! Une angoisse irraisonnée noue de plus en plus fort ma gorge. Qu’y a-t-il de si grave qu’elle ne puisse l’affronter ? Elle ?&lt;br /&gt;Je ne peux pas la laisser ainsi. Je rentre pour la rejoindre. La retrouver, d’abord. Où s’est-elle réfugiée ? Pas loin. Elle est dans sa chambre, assise sur le lit. Les genoux serrés, courbée en avant, ses mains jointes sur ses genoux tripatouillent un mouchoir. Elle a pleuré. Elle pleure.&lt;br /&gt;Je reste un moment interdit. Je l’ai vue si rarement pleurer ! L’apparence. Toujours l’apparence ! Pour rien au monde elle n’accepterait de donner sa détresse en pâture. Dès lors, je sais que c’est grave. Tout doucement, je viens m’asseoir auprès d’elle. Sans bouger. En silence. De longues minutes. Et puis je laisse aller ma main qui d’elle-même vient recouvrir les siennes. Sans un mot.&lt;br /&gt;Enfin elle se jette dans mes bras, laissant libre cours à son chagrin, les larmes libérées se déversent sur ma joue. Ma main hésitante vient caresser ses cheveux. Je dénoue la barrette qui retient sa coiffure en un chignon savamment désordonné. Sa belle chevelure se répand sur ses épaules et vient cacher son visage. Elle ne dit rien. Je n’ai plus d’impatience. Je sais qu’elle va se confier.&lt;br /&gt;Je bouge légèrement pour pouvoir poser un baiser sur son front glacé. Elle se redresse, essuie ses dernières larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- J’ai un cancer…&lt;br /&gt;- Depuis quand le sais-tu ?&lt;br /&gt;- Quelques jours avant de venir ici. J’ai fait les examens habi-tuels. La mammographie a signalé une anomalie. Le radiologue m’a demandé de retourner voir le Docteur Marchandeau. Voilà.&lt;br /&gt;- Et le diagnostic est catégorique ? Tu as passé d’autres exa-mens ?&lt;br /&gt;- Non, pas encore. Marchandeau m’a dit que c’était très proba-blement une tumeur, mais qu’elle était dépistée à temps. Il faut faire une biopsie pour confirmation. J’ai pris rendez-vous début Août. Il n’y avait pas de créneau avant.&lt;br /&gt;- Il faut attendre confirmation, ma chérie. La mammo n’est pas un examen fiable à cent pour cent !&lt;br /&gt;- Marchandeau n’a aucun doute. C’est le type de cancer qui doit être précisé.&lt;br /&gt;- Tu en as parlé à Nicolas ?&lt;br /&gt;- Non ! Je n’ai pas pu. Je ne veux pas l’inquiéter sans avoir des éléments précis à lui donner. Ça va être tellement dur pour lui ! Il est tellement dans le rêve ! Encore…&lt;br /&gt;- Tu me surprends, là ! Tsss… Ne me dis pas que tu as peur qu’il fuie ! Ça ne me semble pas du tout son genre !&lt;br /&gt;- Oh ! Non, pas ça ! Mais il rêve tellement que nous fassions un enfant. Un enfant à lui.&lt;br /&gt;- Et alors ? Ce n’est pas à écarter. Pas encore. Tu as jusqu’à présent été férocement partisane de dire toujours la vérité, il me semble. Non ?&lt;br /&gt;- Je sais. Je sais. Mais là, je n’ai pas pu. Et c’est ce qui me rend le plus malheureuse. C’est de toi dont j’avais besoin dans ces moments…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je la reprends dans mes bras. Embrasse son front maintenant brûlant. Caresse de nouveau ses cheveux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je serai là. Je serai toujours là quand tu auras besoin de moi. Je resterai à ma place, crois-moi, j’aime et respecte Nico. Mais je serai toujours là quand la mère de mes enfants aura besoin de moi. Je t’aime encore un petit peu, tu sais ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s’écarte légèrement de moi. Me gratifie d’un sourire tendre. Reconnaissant ? Elle pose un délicat baiser sur mes lèvres, et revient se blottir sur ma poitrine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je sais. Je savais. Pardonne-moi pour tout à l’heure. J’étais en rage de me sentir ainsi percée à jour par toi. Je voulais tellement que rien ne transparaisse !&lt;br /&gt;- Tu n’as rien à te faire pardonner. C’est encore moi qui ai été plutôt lourd sur ce coup ! Comme toujours. Mais Marchandeau t’a dit quoi, exactement ? C’est quel sein ?&lt;br /&gt;- Le droit. Il dit que d’après la mammo la tumeur est inférieure à huit millimètres. Qu’il faut voir si elle est intrusive. Que l’opération peut, peut-être, être évitée. Mais il m’a quand même demandé d’y réfléchir. Il a beaucoup insisté sur le fait que maintenant, avec les reconstructions simultanées, l’intervention n’est plus traumatisante comme autrefois, surtout lorsque la tumeur est prise à temps.&lt;br /&gt;- C’est plutôt rassurant, non ?&lt;br /&gt;- Tu trouves ? Plus j’y pense, et plus je me demande s’il n’a pas pris beaucoup de précautions oratoires. Comme s’il voulait me préparer à plus grave !&lt;br /&gt;- C’est bien toi, ça… Farouchement adepte de la transparence et du « parler vrai », et si le toubib pose clairement cartes sur table, comme il nous connaît, alors tu soupçonnes anguille sous roche !&lt;br /&gt;- Je suis tordue, tu ne le savais pas ?&lt;br /&gt;- Ouais… Mon adorable tordue… Mais dis-moi, ce coup de fil en juillet, que je n’ai pas bien compris ? Tu savais déjà ?&lt;br /&gt;- Je sortais de chez Marchandeau. J’avais besoin de te parler. Mais je n’ai pu rien dire au téléphone. Et dès que je t’ai eu au bout du fil, j’ai ressenti ma démarche complètement déplacée.&lt;br /&gt;- Déplacée ? M’appeler à l’aide est déplacé ?&lt;br /&gt;- Non ! Paniquer sans avoir d’éléments plus précis était déplacé. Ce n’est pas moi, tu le sais bien. Mais la menace de cette ignoble maladie enlève toute lucidité et objectivité. Je me suis dit qu’il serait bien assez tôt d’en parler ici, à Mimizan, après les autres examens. Et j’ai raccroché. Je ne savais pas alors qu’il me faudrait attendre aussi longtemps le rendez-vous pour la biopsie.&lt;br /&gt;- Je comprends que cette attente doit être effroyable ! Et notre système de santé est l’un des plus performants d’Europe ! Je te dis pas les pauvres anglaises…&lt;br /&gt;- Excuses-moi… Mes propres soucis me suffisent !&lt;br /&gt;- Je suis un idiot…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous restons enlacés, sans un mot. Mille pensées assaillent mon esprit. Je dois bien le constater. Je l’aime encore. Et la menace de cette opération ! Ce corps si épanoui, si frais et alerte ! Mutilé. Marqué à vie. Et si elle a des rayons ? Une chimiothérapie ? Pourra-t-elle encore avoir des enfants ? Et même, si les traitements sont longs. Ne sera-t-il pas trop tard, après ? Et Nicolas. Comment va-t-il réagir, lui ? Il est si jeune. Il a la vie devant lui. Supportera-t-il le quotidien avec une malade ?&lt;br /&gt;Je caresse mécaniquement ses cheveux. Je m’imprègne de son odeur. Comme si la maladie risquait ensuite de la modifier.&lt;br /&gt;Suzy, je t’aime. C’est effroyable. Etouffant. Glaçant. Je l’aime. Je l’aime toujours, et pourtant je pense là, à cet instant, à Dominique. Et pas comme à une contrainte. Non. Je l’aime lui aussi. Je le voudrais auprès de moi, là, en cet instant. Sentir son corps jeune, frais et vigoureux me transfuser de la vie. J’aimerais me donner à lui sur le champ. C’est dingue. Je tiens mon ex femme dans mes bras et mon cœur bat violemment pour elle. Et je rêve que mon amant m’assaille, me pénètre, m’arrache la douleur en même temps que le plaisir ! Je suis un pervers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un frisson traverse l’ensemble du corps de Suzy. Elle se serre plus fort encore dans mes bras. Je n’ose pas bouger. Quand elle parle, c’est un murmure. Une confidence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Tu sais, Al, je n’ai pas vraiment peur de la mort. Nous l’avons l’un et l’autre toujours regardé en face. Je me sens prête à l’affronter. C’est drôle. Elle n’est pas vraiment une menace…&lt;br /&gt;- … … (Je caresse tendrement ses cheveux.)&lt;br /&gt;- Non, je n’ai pas peur de la mort… Pas du tout.&lt;br /&gt;- … … (J’embrasse son front, y laisse reposer mes lèvres.)&lt;br /&gt;- Non. C’est souffrir qui me fait peur. J’ai peur de ne pas être capable de faire face.&lt;br /&gt;- Mais nous n’en sommes heureusement pas là du tout ! Cette putain de maladie, tu la vaincras ! Nous la vaincrons ! Tu ne seras pas seule. Nico, moi, les enfants… Domi aussi… Nous serons tous autour de toi !&lt;br /&gt;- Je serai seule face à la souffrance, Al. Quoi que tu dises.&lt;br /&gt;- Chérie, tu sais les extraordinaires progrès de la médecine. La douleur est prise en charge très sérieusement maintenant. Personne ne te laissera souffrir l’insoutenable ! Nous sommes au XXIème siècle !&lt;br /&gt;- Pendant la maladie… Oui, peut-être… Sans doute… Mais si les choses prennent une mauvaise tournure ? Ils ne maîtrisent plus rien, alors !&lt;br /&gt;- Chérie… Regarde-moi. Quoi qu’il arrive, tu entends, quoi qu’il arrive, je ne te laisserai jamais souffrir. Je serai là. Je te le jure ! Chérie… Jamais !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je la serre à l’étouffer. Je prends son visage à deux mains, embrasse son front, ses yeux, son nez… Mes lèvres courent sur son visage, vont à la rencontre de son cou, des fossettes des clavicules… Sa respiration est chaotique, saccadée. Elle geint.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Al, non. Al… Nicolas, Domi… Tu es fou ! Non, Al…&lt;br /&gt;- Je t’aime, Suzy, je t’aime toujours ! Oui, je sais, j’aime aussi Dominique. Mais je t’aime, toi ! Tu es ma femme… Ma femme à moi !&lt;br /&gt;- Al, non ! Nous allons tout de suite le regretter ! C’est de la folie ! Al…&lt;br /&gt;- Non, je ne suis pas fou. Nous ne sommes pas fous ! Je t’aime Suzy. Tu as besoin de moi. J’ai envie de toi. Une dernière fois… Chérie…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes allongés maintenant. Mes mains parcourent son corps comme celles d’un aveugle qui cherche désespérément à reconnaître un corps qu’il a autrefois bien connu. Ma bouche dévore son cou, je mordille son menton, mes lèvres retrouvent enfin les siennes… Elle me repousse désespérément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Al… La porte…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Je me relève pour fermer la porte de la chambre restée entrouverte. Les enfants. Surtout que les enfants ne se rendent pas compte. Je rejoins Suzy et l’embrasse tendrement avant d’entreprendre de la déshabiller. Gestes connus. Rituel à la fois tendre et passionné. Après plus de treize ans de vie commune, nous étions ainsi chaque fois, émus, vaguement pressés, vaguement maladroits, toujours fébriles. Elle me laisse faire, mais, mine de rien, elle m’aide et me simplifie la tâche. Comme autrefois.&lt;br /&gt;Enfin nue, elle s’étire et se cambre sur le lit, pendant que je me déshabille en laissant mes lèvres découvrir, redécouvrir chaque fossette, chaque mont, chaque rondeur de ce corps magnifique qui semble ne vouloir jamais vieillir. Quand ma bouche a rejoint ses hanches et que mes dents mordillent ses flancs, elle emprisonne ma tête de ses deux mains, plaque mon visage sur son corps, à m’empêcher de respirer ! Je viens de retrouver un de nos points sensibles… Enfin débarrassé de mes rares oripeaux estivaux, je viens la recouvrir de ma lourde carcasse en cherchant ses lèvres.&lt;br /&gt;Au début de notre amour, j’appréhendais de la couvrir ainsi, elle si fragile, si fluette, avec ce corps massif et lourdement athlétique ! Plus habitué aux confrontations viriles et musclées avec mes compagnons, j’avais tout bêtement peur de lui faire du mal ! Je m’usais les coudes à essayer d’alléger cette masse étouffante. C’est elle qui me demanda de la couvrir sans ménagement. « Je veux te sentir, je veux que tu m’étouffes, je veux être totalement à toi ! »&lt;br /&gt;Je glisse quand même sur le côté pour laisser le champ libre à ma main droite qui ne parvient pas à se repaître de cette douceur de soie retrouvée. Mes mains éprouvent le poids de ses seins fermes si bien galbés, le sein droit… Petit flottement… Je baise tendrement cet obus sensuel qui contient, là, sous cette peau diaphane… Non, l’idée est horrible. Je remonte lui voler un baiser qu’elle rend aussitôt tendre et passionné.&lt;br /&gt;Ma main est redescendue flatter le mont et mes doigts jouent avec ses lèvres et s’insinuent dans son intimité. Elle geint de nouveau, bouge un peu pour dégager son propre bras droit et lui permettre de prendre à pleine main mon vit qui n’en peut mais. Tandis qu’elle martyrise délicieusement mon braquemart à son comble, je la sens devenir abondamment humide. Nous avions trop d’envies ce soir, tout va bien vite ! Je me prépare à la posséder, mais elle me repousse fermement et entreprend de calmer le jeu. En me plaçant sur le dos et en remplaçant la branlette musclée par de savantes gâteries. Pour me montrer qu’elle n’a rien oublié.&lt;br /&gt;Au début de notre union, elle avait voulu comprendre ce que je trouvais de plus aux garçons. « Ils font l’amour mieux que moi ? ». J’avais nié, bien sûr, en affirmant que c’était autre chose, de très différent, et puis j’avais avoué que je n’avais jamais trouvé de femme qui suce aussi bien qu’un homme. « Je veux que tu m’apprennes… » Merveilleux souvenirs de séances pédagogiques fort ludiques !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré tout son art du tempo, et des judicieux moments de diversion qu’elle sait créer, je ne tiendrai pas longtemps à ce rythme.&lt;br /&gt;Elle le comprend et d’autorité vient s’empaler sur ma hampe. Ivresse de plaisirs connus et toujours renouvelés. Sa bouche s’empare de la mienne, ses seins, pendants, agacent ma poitrine. Ma main droite glisse entre nos ventres pour venir titiller le clitoris. Je sens la pression monter. Je suis bêtement fier de savoir ainsi maîtriser mon plaisir et calquer mon propre rythme sur celui de mon ou de ma partenaire. Plaisir fou de l’explosion simultanée !&lt;br /&gt;Sauf que là… Je sens la pulsion de Suzy se retirer. Oh, je la connais bien, et je sais ses limites. A cet instant, le plaisir lui échappe, et elle s’acharne pour me conduire, moi, au paroxysme. Je la connais bien. Déjà elle n’est plus suffisamment humide. Je la bloque dans mes bras pour interrompre la chevauchée fantastique, et doucement, je nous fais basculer pour me retrouver au dessus d’elle. Nous nous comprenons si bien au lit ! Elle me voit venir. Elle enlace mon cou et me murmure à l’oreille : « Non, toi ! Toi, prends ton plaisir ! ».&lt;br /&gt;Je la regarde, lui souris, vole un petit baiser avant de me laisser glisser le long de son corps, en embrassant et suçotant chaque millimètre de peau que ma bouche rencontre. Enfin, j’évite le clitoris trop exacerbé, et je viens jouer avec les petites lèvres que je mordille et lisse de ma langue. J’introduis cette dernière à l’orée de la caverne, là où la muqueuse est sensuellement granuleuse. En relevant ses jambes, je cajole et exaspère sa corolle et ma langue tente une introduction. Puis je remonte de nouveau vers la douceur originelle. Mes doigts prennent vite le relais pour masser la vulve et s’imprégner de la lubrification. Une fois ainsi graissé, mon majeur reprend le chemin abandonné par ma langue, je la doigte tout en douceur. L’index a rejoint le conduit à la recherche du point « G », et les deux doigts, en ciseaux, pincent et travaillent la fine et fragile paroi qui sépare les deux conduits.&lt;br /&gt;La tension a été détournée. Je peux reprendre la progression. Mes doigts continuent leur œuvre, pendant que mes lèvres retrouvent le chemin du clitoris. Mes sucions, mes léchouilles, mes excitations multiples, mon index s’attardant sur le point crucial, je sens rapidement la modification de sa respiration. Ses apnées se font plus fréquentes. Ses gémissements sont étouffés par un coin entier du drap qu’elle mord pour ne pas perturber le sommeil des enfants.&lt;br /&gt;Suzy m’attire vers elle. « Viens, viens... Maintenant... » Je retourne prendre ses lèvres.&lt;br /&gt;Le plaisir nous plonge dans un profond silence pendant de longues minutes.&lt;br /&gt;Epuisée, elle vient se blottir dans le creux de mon cou et de mon épaule. Sa tête a sa place, là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De longues, longues minutes. Et enfin, dans un souffle : « Al, qu’allons-nous devenir maintenant ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis bien incapable de répondre. Je n’ai pas pris le temps d’y réfléchir. Je ne me suis pas posé de question. Je l’aime. Ces jours derniers, plus je percevais sa détresse, et plus j’avais envie d’elle. Lui faire l’amour pour tout effacer. Comme chaque fois que nous avions rencontré une difficulté. Rien ne pouvait nous résister lorsque nous avions touché ainsi du doigt la puissance de notre amour.&lt;br /&gt;Maintenant. Maintenant, oui, je commence à mesurer la portée de notre folie. Dominique. Un vent de panique m’envahit à l’idée que je puisse le perdre. Non ! Je l’aime ! Je l’aime trop ! Je l’aime, lui aussi ! J’ai besoin de ses rires, de sa fraîcheur, de son enthousiasme, de son amour inconditionnel ! De son corps aussi. L’image de son torse puissant et musclé, où le plus petit des muscles frémit lorsqu’il fait le moindre effort, de son fessier si ferme, avec une adorable fossette sur chacun de ses lobes, de son sexe toujours prêt, toujours offert, tendre ou agressif, conquérant ou docile. Ces images qui se superposent au corps ferme et soyeux de Suzy, langoureusement abandonné après m’avoir donné des plaisirs tellement intenses ! Choisir… Choisir ? Mais pourquoi diable faudrait-il choisir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;- Je ne sais pas ma chérie. Je ne sais pas. Là, en cet instant, tu viens de me montrer que tu m’aimes toujours. Moi, je n’ai jamais douté de mon propre amour.&lt;br /&gt;Et puis il y a ta vie. Il y a Nico. Cet amour passion qui vous unit, qui crève l’écran.&lt;br /&gt;Et puis il y a Domi. Cet amour improbable, cet amour impossible qui me remplit et me ravit. J’ai peur de le perdre… Je ne sais pas chérie. Je voudrais tout, et j’ai peur de tout perdre… Comme toi sans doute.&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Putain, c’est beau les principes ! Quand on n’est pas confronté à leur mise en application !&lt;br /&gt;- Je suis un principe ? Un beau principe ?&lt;br /&gt;- Chérie, tu es une preuve ! Une merveilleusement preuve matérielle que la liberté est plus facile à énoncer qu’à mettre en pratique ! Couple libéré… Que je disais…&lt;br /&gt;- Je détruirai Nico si je le quitte. Tu sais, il est beaucoup plus fragile qu’il ne le paraît !&lt;br /&gt;- Je ne veux pas réfléchir et me torturer ce soir. Tu es là. Nous sommes là. Je veux profiter et vivre pleinement cette nuit… Demain sera un autre jour. Nous verrons…&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-x-la-vie-continue.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre X)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-2610095684941594758?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/2610095684941594758/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=2610095684941594758' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2610095684941594758'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2610095684941594758'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-ix-la-revelation.html' title='Chap IX  La révélation'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-199702988154179570</id><published>2009-02-02T10:40:00.003+01:00</published><updated>2009-02-03T11:47:58.692+01:00</updated><title type='text'>Chap VIII  Retour aux sources</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;8 &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Enfin Mimizan. J’ai rejoint les vacanciers hier au soir tard. Presque tout le monde dormait. Olivier tenait compagnie à Suzy, ils discutaient dans la cuisine en m’attendant.&lt;br /&gt;Ils arboraient tous les deux un hâle impressionnant. Ils n’ont pas eu besoin de me dire qu’il fait un temps magnifique. Malgré nos fré-quents joggings avec Domi, parfois en petite tenue, à côté je fais plutôt cachet d’aspirine. Il est vrai que ce dernier mois !&lt;br /&gt;Bureau + bureau = blanc de chez blanc !&lt;br /&gt;Je ne m’en inquiète pas trop : dans quelques jours d’aucuns pourront croire que je viens des îles !&lt;br /&gt;Bien entendu un petit café m’attendait. Il m’a donné la force d’échanger quelques mots malgré ma fatigue. J’ai été rapidement rassuré : Aline et Olivier restent encore ce week-end. Nous aurons le temps de parler un peu, et j’aurai plaisir à revoir leurs deux gamins. Autre bonne surprise, Nicolas et Suzy prolongent également une semaine de plus. Nico a appris l’annulation de la tournée prévue par la jeune troupe de danse dont il soutient la création sur le plan technique. Le danseur vedette et fondateur a été rappelé en urgence par son ancienne compagnie, avec laquelle il est toujours lié, pour un remplacement en catastrophe. Les tourtereaux devraient donc être encore là lorsque Domi me rejoindra. Tout se goupille vraiment bien cette année.&lt;br /&gt;Je ne tenais plus debout. Je suis allé me coucher. La journée avait été particulièrement longue. Ranger un minimum l’appartement, faire un petit détour, trop court, par Orléans pour embrasser ma mère, accompagner Dominique en Vendée dans son camp de voile. Après un repas léger et une sieste polissonne dans les dunes, j’avais enfin pris la route des Landes…&lt;br /&gt;Nous n’avons plus vingt ans, ma bonne dame… Merci. Bonne nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Journée de rêve ! C’est un bonheur pour moi lorsque cette maison bruisse du sol au plafond d’une vie sans contrainte. Résonne des piaillements des enfants. Les souvenirs d’enfance m’envahissent alors chaleureusement.&lt;br /&gt;Lorsque, pendant l’été, la maison était le rendez-vous de l’énorme tribu familiale. Les hasards de la vie avaient dispersé les cinq frères et sœurs de Maman dans tout le sud-ouest, mais à la belle saison c’est ici, près de l’océan, les pieds dans l’eau du lac, que tous se retrouvaient. Toutes les chambres étaient occupées. Nous, les enfants, campions dans les pièces mansardées du grenier. Une pour les garçons, une autre pour les filles. Tous âges confondus. La notre qui dans l’année servait de grenier et de débarras, était partiellement dégagée pour la période d’été. Dans les jours qui précédaient, il m’incombait de stocker dans un coin de la grange ce qui ne craignait pas trop. Les vieux livres et les vieilles revues, eux, étaient empilés le long des murs, cachés par des rideaux sommaires faits de toiles à matelas. Ah, les prodigieuses après-midi de pluie passées à feuilleter ces ouvrages incompréhensibles ou rococos…&lt;br /&gt;Des matelas, roulés et empilés dans un coin pendant l’hiver, jonchaient le vieux parquet. Sans me faire prier je libérais ma chambre et partageais cet espace avec trois de mes cousins. Julien, le grand, qui ne nous gênait pas beaucoup, et ses jeunes frères Daniel et Arnauld, des jumeaux (hé, oui, ça tient de famille !) également plus âgés que moi. Ah, ce trouble que je ne comprenais et n’analysais pas trop, lorsque, couché en premier, le regard filtrant à la lisière du drap remonté jusqu’au front, faisant semblant de dormir, je regardais mes cousins dans le plus simple appareil faire des effets de musculature devant la vieille armoire à glaces…&lt;br /&gt;Petit dernier de la tribu arrivé par accident, j’ai cinq ans de moins que les jumeaux. Ils m’associaient cependant volontiers à leurs jeux, mais au fil des années, leurs intérêts s’éloignaient quelque peu des miens. Fort agréablement bâtis, jouant en experts de leur ressemblance troublante, à quatorze ans ils commençaient gaillardement à courir la gueuse. Et moi, à l’époque, je préférais largement passer des heures à pêcher sous les ponts du Courant ! Ce n’est que quelques années plus tard, lorsque j’ai eu treize ou quatorze ans, que je présentais une stature imposante et commençais même à les dépasser en taille, qu’ils ont entrepris de me déniaiser. Je les suivais dans leurs dragues effrénées sur la plage de l’océan, où ils m’utilisaient pour occuper la petite sœur qui collait trop à la belle qu’ils visaient. J’ai su en profiter. Largement.&lt;br /&gt;Leur frère, aîné de deux ans, rentrait le plus souvent lorsque nous étions couchés. Monsieur avait une petite copine en titre. Ses parents se rengorgeaient de ses succès à tout juste seize ans, et lui laissaient toute latitude pour ses horaires.&lt;br /&gt;Très gentil garçon, si ce n’est que Julien était le petit mâle caricatural. Macho en diable. Pourtant…&lt;br /&gt;Pourtant, c’est bien lui qui, un jour où son amoureuse était absente, m’a entraîné au fond de la grange pour m’expliquer en quoi consis-taient ses jeux avec sa copine. Exercices à l’appui. Il m’a initié à la masturbation, m’a branlé jusqu’à ce que je le supplie de cesser après une jouissance désespérément sèche, puis a guidé ma main avec autorité pour que je lui rende le même service. Il a exigé que j’embrasse son vit incandescent juste lorsque, haletant puis la respiration bloquée, de puissants jets venaient s’écraser sur son torse et son ventre, là à quelques centimètres de mon nez ! Cette odeur… Ce trouble qui m’a bouleversé ! Ces jets qui ne semblaient vouloir cesser m’impressionnaient.&lt;br /&gt;Sans doute suis-je depuis toujours en quête de ces images fonda-trices. Lorsque le plaisir amène un partenaire de rencontre à lâcher parcimonieusement quelques gouttes qui glissent le long de sa hampe pour venir se perdre dans ses poils pubiens, j’éprouve toujours le petit pincement au cœur d’une fugace déception. Heureusement (pourquoi dis-je heureusement ? Hein, pourquoi ?), Domi a plus que répondu à mes attentes, et très vite ravalé ces images au rang de souvenirs désuets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cinq cousines partageaient la chambre voisine. Occasion de multiples jeux. Apprentissage de la vie sociale, de la séduction à la provocation. Rien d’important à mes yeux d’enfant. Le plus souvent d’ailleurs, je menais une vie solitaire au milieu de cette foule piail-lante.&lt;br /&gt;D’autres cousins, nés des sœurs aînées de Maman, étaient plus grands, certains mariés avec enfants. Ils ne passaient qu’occasionnellement. Bonheur total pour moi à chaque fois. J’adorais m’occuper de ces bébés, leur donner à manger, assister à leur change, les faire jouer dans leur berceau ou tenir leurs me-nottes pour assurer leurs premiers pas. Je ne le formulais pas clairement, mais je savais déjà que là était ma vraie vie. Je ne pouvais concevoir mon avenir sans avoir des enfants. Mes propres enfants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaque repas était un moment de fête. Dès que le temps le permettait, c'est-à-dire en cette période le plus souvent, la grande table était mise sur la terrasse, à l’ombre du grand frêne. Les cigales chantaient dans les pins tout proches. A une quinzaine de mètres, le lac clapotait sur notre bout de plage quasiment privée… Un paradis pour les enfants. Il était parfois difficile d’obtenir que l’un de nous sorte de l’eau pour aider à mettre le couvert. C’est drôle. Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble maintenant que c’était souvent mon tour… Privilège des petits ?&lt;br /&gt;Nous étions le plus souvent une quinzaine à table. Parfois plus. Mes parents, un frère et une sœur de Maman et leurs conjoints, Julien, les jumeaux, les cinq filles et moi. De temps en temps quelque autre cousin et sa famille ! Je ne vous dis pas l’entreprise ! Surtout qu’avec Maman, hors de question de faire un petit repas à la sauvette ! Ce n’était pas l’époque où l’on se contentait d’une salade composée et d’un bout de fromage ! Les trois femmes passaient la matinée à faire la cuisine. Et après le repas, elles se retrouvaient toutes les trois avec une ou deux des filles pour la vaisselle. Nous les entendions rire de l’extérieur. Mais pas question d’aller voir ! Cuisine interdite aux hommes. C’était comme écrit sur la porte.&lt;br /&gt;Les hommes, eux, se faisaient une raison et sortaient les boules pour une partie de pétanque sur le bout de chemin qui mène au lac. Papa avait une relation très forte avec le beau-frère de Maman. Ils étaient comme deux frères. Non, plus que des frères. Tonton Fernand était d’origine espagnole, avait un accent à couper au couteau, mais c’est sa gorge qu’il aurait tranchée plutôt que de dire du mal de Papa. Papa, lui, sans doute frustré d’avoir été fils unique, aurait donné sa chemise et même plus pour Tonton Fernand. Celui-ci est parti trop tôt. Accident cardiaque. Papa a été profondément affecté. Quelques mois plus tard, sa maladie d’Alzheimer débutait.&lt;br /&gt;Nous, les enfants, jouions dans la forêt clairsemée qui borde le lac. Pas question de se baigner ! L’eau était interdite jusqu’à seize ou dix-sept heures. Les parents étant obsédés par les risques d’hydrocution. Faut dire qu’avec les repas que nous faisions ! Pas question non plus de prendre les vélos pour aller à la mer. Nous devions attendre.&lt;br /&gt;Heureusement les copains et copines qui habitaient le village venaient souvent nous rejoindre. Le coin est tellement idyllique !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais pourquoi diantre ce sont les souvenirs de cette période de mes neuf ans qui remontent ainsi, en premier, à la surface ? Ces étés familiaux ont duré jusqu’à mes vingt ans, lorsque je suis monté à Paris pour finir mes études. Et puis la vie a fait son œuvre. Chacun a suivi son chemin. Maintenant, il n’y a guère que les mariages et les enterrements qui nous réunissent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nadège a décidé semble-t-il qu’elle me monopoliserait pour cette première journée. Elle m’accompagne partout, me prend le bras pour se promener avec moi, ou vient poser sa tête sur mon épaule lorsque je suis assis. Elle m’assaille de questions, me demande des nouvelles de sa Mamy, ma mère, que je suis passé voir avant de descendre. J’aurais voulu qu’elle vienne quelques jours ici, dans sa maison. Nouveau refus ferme et obstiné. Pas question qu’elle s’éloigne de la maison de retraite de mon père. Elle veut pouvoir y aller au plus vite si on l’appelle. Il y a bien longtemps que nous avons abandonné l’idée de faire sortir Papa, même pour de courts séjours. Il a maintenant besoin de soins constants et une vie strictement végétative. Alors, je donne ces nouvelles à ma fille. Avec beaucoup de pudeur mais aussi d’honnêteté. Suzy et moi avons toujours voulu que les enfants n’ignorent rien des aléas de l’existence. Ce n’est pas en leur masquant les problèmes que nous les préparerions à affronter la vie…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai quand même pu passer un long moment avec Aline et Olivier. Nico et Suzy nous ont rejoints un peu plus tard, et nous avons profité d’une merveilleuse après-midi. Brusquement les motivations de ma fille m’ont sauté aux yeux…&lt;br /&gt;Les enfants d’Aline et Olivier sont un brin plus jeunes que nos jumeaux. Nadège prend ses distances et marque ostensiblement qu’elle est maintenant dans le camp des grands. Sa puberté ne la chatouillerait-elle pas un petit peu ?&lt;br /&gt;Sur l’insistance des petits, nous avons pris les voitures pour aller à la plage. Autrement dit, à l’océan. Suzy a rit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- « Encore une fois nous ne devrions pas avoir de problème pour nous garer… Nous partons quand tous les autres reviennent… »&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;J’ai reçu la pique cinq sur cinq. Inconsciemment, je reproduis les habitudes de mon enfance. La plage en fin de journée. Je sais bien pourtant que Suzy et les enfants préfèrent y passer la journée, en n’emportant qu’un pique-nique vite grignoté dans un repli de dune à l’abri du vent ! Mais j’aime bien mes aises, un bon repas, et j’ai horreur de croquer du sable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les enfants d’Olivier, c’est la dernière baignade à l’océan. Ils repartent demain. Ils pourront bien entendu encore profiter du lac avant le départ, mais pas plus. Les adieux sont prévus après le repas de midi. Aline voudrait arriver chez eux avant minuit. Il lui restera une petite semaine pour remettre la maison en marche, elle doit ensuite partir seule rejoindre des collègues, et encadrer un stage d’orchestre dans le Doubs. La vie d’artiste a aussi ses servitudes !&lt;br /&gt;Pour cette ultime baignade, il semble que l’océan a sorti sa grande tenue de gala. Aussitôt garés, de derrière la dune, en entendant le vrombissement des vagues nous avons su que le spectacle serait grandiose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- « Les enfants, je crois qu’il va falloir faire très attention aujourd’hui… L’océan veut vous dire au revoir… »&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Les rouleaux sont impressionnants. De puissantes vagues se dressent les unes contre les autres, s’accrochent, se bousculent, s’enlacent. Faisant jaillir d’impressionnants nuages de gouttelettes qui irisent dans le soleil descendant. De multiples arcs en ciel apparaissent et disparaissent à chaque flux. Passé la dune, le vent est cinglant, chargé de ces minuscules grains de sable des vastes plages landaises. Les estivants qui n’ont pas fui ont ré enfilé leurs tee shirts, et protègent leurs jambes avec leurs draps de bain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- « Les enfants, vous êtes sûrs que vous voulez vous baigner ? »&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Mais allez faire faire demi-tour à cette bande d’assoiffés d’eau de mer ! Heureusement, la marée est descendante, et déjà de petites baïnes se dessinent sur la plage. Les baïnes ? Ce sont des sortes de grandes cuvettes qui se forment sur nos immenses plages de la côte atlantique. La houle creuse progressivement le sable, formant un banc parallèle à la plage. Ces cuvettes sont parfois assez étendues et profondes, elles constituent à marrée basse de véri-tables petites piscines d’eau de mer. Des plans d’eau sans doute agréables pour jouer, mais terreur des surveillants de baignade et des maîtres nageurs sauveteurs. A l’une des extrémités, il se forme toujours un chenal où l’eau s’engouffre à marée descendante pour rejoindre l’océan. S’en suit un courant souvent très violent, responsable chaque année de graves accidents, quand ce ne sont pas des noyades.&lt;br /&gt;Pourtant, pour quelqu’un qui connaît la côte, respecte l’océan, et sait qu’on ne joue pas davantage avec lui que l’on ne joue avec les hautes cimes des Pyrénées, ces endroits sont merveilleux, surtout pour les enfants. Un peu plus loin, à l’écart de la plage centrale, il y en a toujours une qui se forme depuis des années, qui va, qui vient, à quelques dizaines de mètres près. Elle est profonde, enfants nous aimions y plonger pour ramener des palourdes. Maintenant ! A part des coquillages vides ! Déjà, elle se devine, et là-bas, les vagues s’affaiblissent en butant sur le banc de sable. Nous nous dirigeons donc vers cette extrémité de la plage, contournant par de chaotiques zigzag les vacanciers qui grelottent sur leur coin de sable, mais qui pour rien au monde ne perdraient quelques quarts d’heures des rayons de soleil. Dire qu’à quelques kilomètres de là, sur le bord du lac, à l’abri des grands pins, le temps est chaud et merveilleusement calme !&lt;br /&gt;Une fois posé notre campement, juste au pied du panneau qui menace : « ATTENTION : DANGER, Baignade non surveillée », Aline et Suzy entraînent les petits vers une cueillette de coquillages en attendant que la marée descende encore un peu, jusqu’à ce que le courant s’échappant du chenal ne soit plus dangereux.&lt;br /&gt;Les trois hommes restent ensemble, en compagnie de Nadège qui décidément ne me lâche pas. Agréable moment de silence et de calme, à savourer les rayons du soleil encore chauds à l’abri du vent. Les deux frères ont repris une conversation familiale visiblement suspendue un peu plus tôt. Nadège me fait un grand câlin. Douceur des après-midi d’été. Je voudrais qu’ils ne cessent jamais…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, depuis le matin, je ressens un malaise confus. Suzy m’intrigue. Je ne la sens pas naturelle comme d’habitude. Elle semble jouer un personnage. Surjouer je devrais plutôt dire. Tout à l’heure par exemple, quand elle a plaisanté sur l’heure tardive de notre départ à la plage. J’ai pensé « Bien sûr, il fallait qu’elle dise ça ». Je ne sais pas… Comme une absence de spontanéité. Là, maintenant, elle tient le petit Daniel par la main, rit, laissant ses che-veux flotter dans le vent, entraîne le gamin dans des démarrages brusques vers un trésor aperçu au loin. « Il faudra que je lui parle. » J’ai pensé ça, comme ça. Je me connais bien. J’ai appris à écouter mon instinct. Je profite d’un moment où finalement Nadège ne peut résister à l’attrait d’une cueillette de coquillages, et j’interromps Nicolas dans sa conversation qui de toute façon décline aimablement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Nico, ça va ?&lt;br /&gt;- Ben… Oui, ça va ! Pourquoi tu me demandes ça ?&lt;br /&gt;- Non, rien… Je voulais juste dire, enfin je te demandais, le séjour s’est bien passé ?&lt;br /&gt;- Oh, oui, ça, super… Merci d’ailleurs, pour mon frère et moi. On ne s’était pour ainsi dire pas vus depuis l’été dernier. Là, nous avons passé de supers moments !&lt;br /&gt;- … … Et… avec Suzy, ça va ?&lt;br /&gt;- Ben, oui ? C’est quoi, là, ton problème ?&lt;br /&gt;- Je ne sais pas… Je la trouve tendue…&lt;br /&gt;- Tendue ? Non… Je crois pas. Elle est très fatiguée. Les premières semaines de juillet, avec les gamins à la maison, elle n’a pas vraiment réussi à récupérer. Ici, j’ai essayé de la décharger un max. Et regarde, là, elle cavale !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne veux pas être lourd. Après tout, ce n’est qu’une vague impression. C’est sûr, il faut que je lui parle. Juste pour me rassurer. Tout à l’heure peut-être. Ou demain, lorsque nous serons plus au calme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aline et Olivier ont quitté Mimizan à peu près à l’heure. D’évidence, ils sont beaucoup mieux organisés que nous ne l’étions, Suzy et moi. Les départs étaient toujours des moments de stress. Le dernier pipi, au dernier moment. Cyril est un spécialiste. Une demi-heure qu’il joue dehors avec son frère, et au moment de fermer la porte… « Où est Cyril ? »… « Aux toilettes, il arrive… Ah, ne commence pas à stresser ! »… Et le gaz ? Avons-nous bien fermé le gaz ? Ah, et la bouteille d’eau fraîche ! Nous allions partir sans eau. S’il fait chaud sur la route… Ah, et les volets de notre chambre ? Tu les as bien fermés au moins ? Il vaut mieux vérifier… « Mais Nadège où vas-tu maintenant ? », « Je reviens… J’ai oublié le maillot de bain pour ma poupée… »… J’en passe. Et des meilleures. A mettre dans les anales, les départs de la famille Bergonses… (Avec une « s » siou plait ! J’y tiens !)&lt;br /&gt;Ce n’est plus mon problème. Pour le moment. Je souris en pensant à mes départs, le plus souvent au contraire à l’arraché. Je dois y aller ? Les chaussures, la veste, et hop, deux minutes après la voiture démarre. Les affaires dont je peux avoir besoin ? Elles sont généralement prêtes. L’attaché case n’attend qu’à être enlevé, un sac de voyage est bouclé en moins de cinq minutes. J’avoue que je suis assez chiant sur ce point. Même Domi a râlé lorsque nous sommes partis avant-hier. « Mais enfin, nous ne sommes pas aux pièces ! Tu la reverras ta femme ! Laisse-moi le temps de vérifier que je n’oublie rien ! » Je suis chiant. Souvent. Je sais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant, il va falloir que le couple Suzy Nicolas et moi trouvions nos marques. Nous ne nous sommes encore jamais retrouvés ainsi, ensemble au quotidien. Et je tiens par-dessus tout à ce que Nico se sente à l’aise. Je n’ai pas voulu qu’ils me cèdent la grande chambre où ils s’étaient installés. « Notre » chambre. J’ai repris ma chambre d’enfant. Elle a l’avantage d’être à l’autre bout de la maison, avec sa propre entrée, je ne les gênerai pas. Ils pourront faire l’amour sans craindre que j’entende. Et puis j’y suis bien, entouré de souvenirs. J’étais ado lorsque nous avions remplacé le lit d’enfant par un grand lit. Un vrai « baizodrome » comme je suggérais aux copains que j’invitais à visiter. Mes parents, eux, avaient vu l’avantage de la souplesse lorsque toute la famille débarquait. J’étais alors renvoyé au grenier, et un couple pouvait prendre ma place. Il y a encore mes livres sur les étagères. Toute la bibliothèque verte, le Club des Cinq et Sans Famille côtoient les Alexandre Dumas, les Zola, tous les Victor Hugo… Dire que je dévorais tout ça et que j’ai été orienté vers une formation d’ingénieur ! Bon, honnêtement, je ne regrette rien.&lt;br /&gt;Oh ! Un vieux Jean-Louis Bory : « Le Pied » ! Qu’est-ce qu’il fiche là ? Il faudra que je le remonte. Bah, Domi sera ravi de trouver quelque chose à lire ici !&lt;br /&gt;Oui, nous allons devoir trouver nos marques, et faire face à cette situation nouvelle. Déjà, Domi doit plutôt m’appeler après le repas de midi, pendant la sieste. Il n’encadre pas des ados cette fois-ci. Il s’agit d’un stage de perfectionnement sportif pour jeunes adultes déjà expérimentés en navigation. Il a donc moins de contraintes. Et puis j’ai bien la ferme intention de beaucoup profiter de mes enfants, de m’en occuper au maximum. J’enverrai les tourtereaux se balader en amoureux, et moi, j’irai à la plage avec Nadège et les garçons. Ça devrait le faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec tout ça, au bout de trois jours, je n’ai pas encore trouvé le temps et l’occasion d’être en tête à tête avec Suzy. Quand la nouvelle tombe. Nicolas est sollicité pour remplacer en urgence un collègue qui a trouvé le moyen de se blesser assez sérieusement en se laissant tomber une poutrelle sur le pied. Nico connaît bien ce festival et son Directeur Technique. Depuis des années il faisait partie de l’équipe de machinos. Cette fois-ci, il avait dû refuser ce job pour assurer la régie plateau de la petite compagnie de danse. Pour que finalement celle-ci déclare forfait ! Etrange boulot aléatoire que ce métier d’intermittent du spectacle…&lt;br /&gt;Nico ne court pas après les heures, il sait qu’il a largement son statut, malgré les nouvelles règlementations contraignantes et iniques. Mais un boulot ne se refuse pas dans ce métier sans une raison valable. Sinon, ça vous revient un jour ou l’autre sur le coin de la gueule. Bon. Il ne reste que deux jours de festival. Il pourra revenir pour le dernier week-end et remonter sur Paris avec Suzy. Elle le rassure. Il ne devrait y avoir aucun souci. C’est un peu dommage, c’est tout. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-ix-la-revelation.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre IX)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-199702988154179570?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/199702988154179570/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=199702988154179570' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/199702988154179570'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/199702988154179570'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-viii-retour-aux-sources.html' title='Chap VIII  Retour aux sources'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-6125046673635542615</id><published>2009-02-02T10:31:00.003+01:00</published><updated>2009-02-02T10:48:38.577+01:00</updated><title type='text'>Chap VII  Bientôt sous le soleil</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;7&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Finalement, cet incident a été totalement bénéfique. Je savais, j’ose dire dès le premier jour, que notre rencontre pouvait devenir tout et n’importe quoi, sauf une aventure banale. Domi n’est pas le genre de garçon que « l’on se fait » à l’heure du déjeuner ou de cinq à sept. Tout au plus dans ce cas lui arracherait-on quelques millilitres d’une essence dénaturée. Sa personnalité est bien trop forte, son charisme bien trop évident. Mais lors de ce drame qui nous a rapprochés, je n’avais pas encore réellement assumé ma séparation d’avec Suzy. Ou je ne m’étais pas résigné à faire le deuil de ma vie hétérosexuelle. Ou, brûlé au quinzième degré, je ne pouvais m’approcher d’une passion trop ardente. Ou bien tout à la fois.&lt;br /&gt;J’ai dit comment j’essayais de ne plus penser en m’enivrant d’aventures tout aussi brèves qu’elles étaient intenses. Mon cœur était brisé, je pensais sans doute qu’en le distribuant par petits mor-ceaux je viderais ma poitrine et vaincrais ainsi la douleur. Mais la souffrance perdurait. Prenait même de l’intensité en changeant progressivement de nature. Du désespoir de n’avoir pas, malgré les meilleurs ingrédients, su réussir ma vie de couple et ma vie de famille, je glissais imperceptiblement vers la désespérance de me découvrir volage, versatile, superficiel, vulgaire, inconstant. Rien ni personne ne pouvait me retenir plus longtemps qu’une bonne séance de jambes en l’air. De l’affectif par trop romantique que je croyais être, je glissais dans la peau d’une bête du sexe qui ne voyait, ne pensait, ne jugeait qu’en terme de prouesses et de performances.&lt;br /&gt;J’appuyais bien fort là où ça faisait mal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et les yeux sombres de Dominique se sont posés sur moi.&lt;br /&gt;Nous avons passé près de deux heures dans ce café de la place de la gare. Parlant peu. Avec de longues périodes de silence où, comme à tour de rôle, nous jetions des regards vers l’autre à la dérobée comme pour essayer de le découvrir, de le deviner. De temps en temps ces coups d’œil s’entrechoquaient. Et nous avions alors tous deux un sourire contrit qui semblait s’excuser de tant de témérité. Et puis, tout doucement, les mots sont venus.&lt;br /&gt;L’agitation autour de la gare perdurait. Les véhicules de secours repartaient, un à un, les témoins reprenaient progressivement leurs activités. Le café bourdonnait des commentaires, parfois ridiculement sentencieux, et nous nous regardions avec un pâle sourire. Complices. De commentaires en réactions sur les sentences idiotes de ceux qui n’avaient rien vu et ne savaient rien, nous avons commencé à échanger, à nous découvrir. Très vite, Dominique m’a parlé de sa famille, de son jeune frère, il était bouleversé par l’image obsédante de ce garçon chéri par-dessus tout qui se superposait à la malheureuse victime. Et chacune de ses phrases, dites avec simplicité et avec une sorte de modestie, me faisait découvrir une famille heureuse, chaleureuse, aimante. Qui l’accompagnait avec une affection et une tendresse sans faille sur son chemin de jeune gay bien dans sa peau et décidé à s’assumer pleinement. J’étais bouleversé. Je touchais du doigt un rêve impossible.&lt;br /&gt;Il m’a interrogé sur ma vie de famille. Sur ma femme, sur mes en-fants. Sur le pourquoi et le comment de ma séparation d’avec Suzy. Très vite j’ai réalisé que ce n’était pas la curiosité qui l’animait. Il s’efforçait avec ténacité et discrétion de chasser de mon esprit les images horribles qui par intermittence faisaient encore passer un voile sombre devant mes yeux et me faisaient oublier de respirer. J’ai beaucoup parlé. Eu moins d’apnées. Progressivement, j’ai recommencé à respirer normalement.&lt;br /&gt;Il a un petit studio à Evry. Il était venu en bus à la gare de Corbeil dans l’espoir de recroiser une ancienne relation disparue dans la nature. Je lui ai proposé de le ramener en voiture. Je lui ai offert un dernier verre chez moi. Et nous avons continué à parler, parler…&lt;br /&gt;Dès ce premier jour il s’est enthousiasmé pour le contenu de mes bibliothèques. Il a inventorié les disques en vrac que, visiblement, j’écoutais fréquemment. Et à chaque découverte qui lui parlait, il jubilait comme un gamin qui a retrouvé un vieux Tintin. Je souriais du bonheur de ses joies simples. Nous avons traîné. Il était tard. J’ai sorti des pizzas du congélateur et nous avons grignoté. Et parlé. Et reparlé. Et re-reparlé…&lt;br /&gt;Plus je découvrais sa personnalité, et plus je me sentais envahi d’un trouble sentiment de honte. Il est jeune, beau, prodigieusement désirable. Il est avant tout fin, cultivé, honnête, pur. Je me sentais une sorte de pouilleux qui en farfouillant dans les détritus tombe sur un diamant taillé brillant de mille feux. J’avais honte. Je me dégoûtais d’être si ordinaire, si vulgaire. Si vieux.&lt;br /&gt;Dès cet instant j’ai haï cette grosse douzaine d’années qui nous séparent. J’aurais voulu être plus beau, plus jeune, irréprochable. J’étais incapable d’avoir le moindre geste déplacé.&lt;br /&gt;Pour regarder les albums photo de mes enfants qui ne quittent pas ma table de nuit, nous nous asseyons sur mon lit. Tout aussi naturellement nous nous allongeons et il vient se réfugier, sa tête dans le creux de mon épaule, appuyée à ma poitrine. Cette position qu’il aime tant aujourd’hui. Je ne sais pas trop quand, nous nous endormons.&lt;br /&gt;C’est le réveil, programmé, qui nous a fait bondir sur nos pattes. Nous nous sommes regardés et nous avons souri, ensemble. Il a déposé un tendre mais frémissant baiser sur mes lèvres. « Je pourrai repasser, ce soir ? » m’a-t-il demandé. J’ai répondu par un autre baiser. Tout aussi tendre.&lt;br /&gt;C’était la première fois, depuis mon adolescence, que je dormais avec un homme sans lui faire l’amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Domi ne fait pas de manières. Il ne m’a pas demandé de grandes déclarations. Il ne m’a pas demandé de l’aimer. Il m’a aimé. Il m’a choisi. Tout doucement il nous a installés dans un bonheur tranquille. Où l’on ne se pose pas la question du « pourquoi » et du « jusqu’à quand ». Où l’on vit.&lt;br /&gt;Au début, il me rejoignait quand je rentrais du travail. Il m’attendait au coin de la rue, assis sur une margelle, lisant le livre qu’il m’avait emprunté la veille. Quand il voyait passer la voiture et que je lui faisait un petit signe, il rejoignait le hall de l’immeuble et attendait que j’arrête l’ascenseur pour m’accompagner. Le soir, parfois tard, il rejoignait son petit studio. Avec une réserve de lecture. Parfois, il restait dormir.&lt;br /&gt;Il est arrivé, inévitablement, qu’un soir je sois professionnellement retardé. Je l’ai appelé quand je suis sorti de chez le client. Il m’attendait toujours au coin de la rue. Le soir même je lui ai donné un trousseau de clefs.&lt;br /&gt;Sans l’incident de la forêt de Sénart, je ne sais pas combien de temps aurait pu durer cette relation, si merveilleusement belle et pourtant si équivoque : son amour était évident, naturellement évident. Moi, je restais bloqué avec mes fantômes, incapable de regarder en face et de nommer cet amour qui me brûlait la face. Naturellement chiant, le mec.&lt;br /&gt;Dès le lendemain de ce très long échange, j’ai voulu qu’il s’installe totalement et définitivement à l’appartement. Il avait donné son préavis pour libérer son studio au mois d’Août. Qu’importaient ces quelques semaines à laisser le studio vide ?&lt;br /&gt;Son frère est venu nous aider à déménager.&lt;br /&gt;Nous baignons depuis dans le bonheur d’une paisible certitude.&lt;br /&gt;La lune de miel ne pouvait cependant pas se prolonger éternellement. Domi était engagé dans l’organisation et l’encadrement d’un camp d’adolescent. Je l’ai vu partir avec la tranquille assurance d’un retour plein de promesses.&lt;br /&gt;Mais il y a un grand vide, là, auprès de moi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une lettre. Domi m’envoie une lettre. Tous les soirs, lorsque ses préados sont couchés, avant qu’il ne rejoigne la réunion d’équipe, il me téléphone. Mais il a jugé utile de m’expédier une lettre !&lt;br /&gt;Je souris. C’est notre première vraie séparation depuis neuf mois. Ce camp qu’il organise pour la troisième fois avec Jean, le prof de français, est très important pour lui. Ces garçons et ces filles ne quitteraient pas la banlieue sans leur initiative. Ils ont dû batailler ferme avec l’administration, les parents, les jeunes même. Maintenant, ce séjour en montagne, canoë kayac et jeux de pleine nature, est devenu une institution. Incontournable. Des mômes de treize à quinze ans découvrent que le paysage peut être fait d’autre chose que de barres d’immeubles. Les relations établies hors système scolaire avec des cinquièmes et quatrièmes aident fortement à la réussite de l’année scolaire suivante. Pour les troisièmes, c’est un peu leur cadeau de fin de scolarité au collège.&lt;br /&gt;Je serre les dents en pensant au discours ambiant sur la belle vie des enseignants avec leurs deux mois de « grandes vacances » ! Nous avons eu du mal à préserver quinze jours de libres pour être ensemble. Et mes enfants seront avec nous. Les vacances en amoureux dans un pays exotique, ce ne sera pas pour cette fois-ci !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m’écrit. Hier au soir il ne m’a rien dit au téléphone. Pourtant, la lettre était déjà postée ! Surprise ? Je porte la lettre à mon visage. Malgré le voyage, les sacs de colis bousculés et empilés, les multiples mains qui ont tripoté ce bout de papier, je sens son odeur. Et mon cœur se met à battre. Redeviendrais-je romantique ? Je l’aime. Il me manque. Je sors mon canif porte-clef pour l’ouvrir : je n’aime pas déchiqueter les enveloppes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;blockquote&gt;Mon amour,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu me manques. Tout à l’heure je vais te téléphoner, j’ai hâte d’entendre ta voix. J’ai hâte de te retrouver. Mais je ne te parlerai pas de ce que je vais écrire ici. Je te dirai deux mots de la journée, bien sûr, mais je ne te parlerai pas de l’incident. C’est trop difficile, trop flou. J’ai besoin d’un écrit que je puisse relire, corriger. Que nous puissions revoir ensemble. Une trace. Je n’ai pas encore tout compris de ce que j’ai vécu cet après-midi. Il me reste un trouble. Des interrogations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec Jean, nous avons décidé d’organiser la chasse à l’homme aujourd’hui. Ce jeu est un peu devenu une institution du camp qui permet de découvrir les environs. La veille, nous avons soigneusement préparé le parcours avec l’équipe. Comme d’habitude, c’est moi qui m’y suis collé. Cette sorte de jeu de piste consiste à poursuivre et débusquer l’homme en fuite (moi). Chaque équipe de cinq ou six dispose d’indices qui, d’étape en étape, lui fait effectuer un parcours adapté à leur âge. Ce n’est pas simple à organiser. Mais là n’est pas le problème.&lt;br /&gt;La matinée s’est super bien passée. Chaque groupe a rejoint les points de pique-nique dans les délais prévus. Planqué à distance, dans les hauteurs, j’avais pu suivre avec les jumelles l’essentiel des opérations. J’ai mangé seul ce que j’avais emporté et je me suis reposé en vue de la course poursuite finale. Lorsque les premiers groupes m’ont repéré, c’est aux plus rapides et aux plus débrouillards de mettre la main sur moi. La main… Je ne me laisse pas prendre comme ça, et ils doivent me faire prisonnier !&lt;br /&gt;Cette année, c’est un groupe de cinquième qui s’est montré le plus malin et le plus acharné ! Des mômes de treize, quatorze ans ont fait la nique aux plus grands et ont réussi à me coincer dans une impasse. J’ai joué le jeu jusqu’au bout et me suis débattu comme un beau diable. Ils n’étaient pas trop de cinq pour me plaquer au sol !&lt;br /&gt;Un gamin bloquait chacun de mes membres. Un autre était même monté à califourchon sur ma poitrine. Je riais et peinais à retrouver mon souffle. Je les félicitais. Et soudain, j’ai eu une drôle d’impression. Je n’ai pas réalisé tout de suite. Sur ma jambe gauche… Ce n’était pas naturel… J’ai demandé au môme sur ma poitrine de me laisser respirer : J’étouffais. Et je voulais voir.&lt;br /&gt;C’était Séverine, une gamine de treize ans, plutôt bonne élève mais au physique assez ingrat (c’est l’âge !), qui était à califourchon sur ma cuisse. Je n’ai plus eu de doute ! Elle se frottait ! Elle s’excitait sur ma cuisse dénudée ! Aucune équivoque possible. Son mince short ne m’empêchait pas de sentir la chaleur de son entre jambe. Et elle ne réalisait même pas que je la regardais !&lt;br /&gt;Que te dire ? Je suis resté tétanisé. Incapable de réagir. J’avais peur. Peur pour elle, surtout, peur que les autres se rendent compte, et là… Peur tout court. Je n’osais pas bou-ger. Intuitivement, je savais que rien ne devait montrer que je m’étais rendu compte.&lt;br /&gt;Un autre groupe est arrivé, et j’ai pu demander qu’ils me libèrent. Nous nous sommes tous assis, tous étaient ravis de la journée. L’ambiance était super. Comme toujours à la fin de ce jeu. Seule Séverine était comme absente. Je n’osais pas la regarder, mes yeux glissaient vite lorsqu’ils passaient sur elle. J’étais très mal à l’aise. Et de plus en plus mal en sentant mon malaise.&lt;br /&gt;Voilà.&lt;br /&gt;Il faut que je digère. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, si je dois faire quelque chose, d’ailleurs. Mettre le doigt sur l’incident, peut poser plus de difficultés que le silence. Mettre des distances entre Séverine et moi serait une façon de pointer le problème. Ne rien faire ou dire pourrait-il être pris comme un encouragement ?&lt;br /&gt;Je n’ai rien dit non plus à Jean. Je ne sais pas comment présenter la chose. Nous nous entendons super bien, mais…&lt;br /&gt;Il y a moi, et ce que je suis. Il faut un truc comme ça pour que je me rende compte que je ne m’assume pas to-talement !&lt;br /&gt;Et puis, depuis tout à l’heure, je ne cesse de penser aux pé-dophiles. Ces condamnations intransigeantes qui sont dans l’air du temps. Les enfants ont un sexe bordel ! Ce ne sont pas des anges ! Ceci m’arrive à moi. Pas de risque. Même si ça avait été l’un des petits mecs qui aurait bandé sur ma cuisse. Je n’ai jamais été attiré par quelqu’un de plus jeune que moi. Mais si c’était arrivé à un mec hétéro lambda, plus ou moins bien assumé. Je me dis qu’à coup sûr, il aurait bandé. Et ça interroge, non ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, il faut que je digère. Peut-être que j’attache trop d’importance à ce qui n’est, après tout, que la découverte de son propre corps et la prise de conscience de nouvelles sensations. Mais bon sang, je ne m’attendais pas à ça ! Preuve qu’on ne nous parle pas de l’essentiel, à l’IUFM !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On laisse passer un jour ou deux et on en reparle, ok ?&lt;br /&gt;Vivement la côte landaise ! Je t’aime, t’es au courant ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A très vite. Bisous.&lt;/blockquote&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Domi ne s’assume pas totalement… C’est une sacrée nouvelle, ça ! Bon sang, ce garçon n’a pas fini de me surprendre ! Cet incident même montre combien il est attentif, soucieux de l’intérêt des enfants. Bon pédagogue, quoi. Excellent. Et bien dans sa peau. Je ne suis pas sûr du tout que j’aurais assumé aussi bien, dans les mêmes circonstances… Garçon ou fille, je sais bien même que mon trouble aurait été… Evident !&lt;br /&gt;Oui, je t’aime mon petit pédagogue. Attends ce soir, je vais te le dire. Et je saurai remplacer ton trouble par un autre. Sans culpabilité aucune !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je redoutais ce mois de juillet. Je ne voulais pas retrouver la solitude douloureuse d’avant ma rencontre avec Domi. Il n’en est rien.&lt;br /&gt;Je suis plein de lui, il ne me laisse pas seul la moindre minute. Et mon boulot est à son intensité maximum. Chaque début d’été, c’est pareil. Beaucoup de chantiers doivent se terminer avant les congés. Les périodes de tests, de validation et de réception des produits par les clients occasionnent pas mal de stress. Je dois préparer le prévisionnel pour la rentrée. Faire les entretiens de plan de carrière avec l’ensemble du personnel. Procéder à des recrutements.&lt;br /&gt;Je ne pose guère les pieds par terre. Mais j’aime ça.&lt;br /&gt;Je le sais, et j’ai appris à me gérer ainsi. J’aime être acculé au pied du mur. J’aime les difficultés qui semblent insurmontables. Profes-sionnellement comme dans la vie de tous les jours. J’ai l’impression que c’est ainsi que je donne le meilleur de moi-même. J’ai toujours admiré, mais sans les envier un seul instant, ces personnes qui, parfaitement structurées, élaborent un programme au quart de poil près, et s’y tiennent parfaitement. Ainsi, mon ex beau-père est capable de dire un mois à l’avance, après avoir préparé leurs vacances, quel jour, à quelle heure, ils arriveront à tel ou tel hôtel, feront telle ou telle excursion ! Moi, ça me fiche le frisson.&lt;br /&gt;Je peaufine un dossier dans la nuit qui précède sa remise au client. Il m’est arrivé de le commencer, ou de tout reprendre à zéro le jour qui précède. Je n’ai jamais le moindre retard. Epuisé, mais ponctuel.&lt;br /&gt;D’où, entre autres, les difficultés dont je parlais dernièrement avec Suzy, liées à l’ordinateur installé dans notre chambre. Domi voudrait bien dormir après une journée d’activités sportives, et moi, dans un coin, je pianote sur le clavier. J’en ai acheté un sensé être totalement silencieux, il n’est pas mal d’ailleurs, et je me contente de la lueur de mon écran plat, mais quand même !&lt;br /&gt;Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais à la maison je n’utilise jamais mon ordinateur portable. Je préfère mon bon vieux PC. Mon fauteuil confortable peut-être ? Et puis mes textes personnels. Je ne les laisse jamais sur mon outil de travail. Je les ai toujours avec moi, mais sur une clef USB. Uniquement.&lt;br /&gt;En général, je lis un peu dans le séjour pendant qu’il s’endort. Je ne m’attarde pas trop auprès de lui après que nous ayons fait l’amour, sinon je le rejoindrais vite dans les bras de Morphée ! Il ronchonne chaque fois que je le prive de son oreiller préféré : ma poitrine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce moment, je m’éclate ! De nouveau aucune contrainte, il m’arrive de travailler toute la nuit ! Et quand je rentre le soir, je m’effondre, sans même manger, certain que son appel, après avoir couché ses colons, me réveillera… Ensuite, j’ingurgite un sandwich devant mon écran. La belle vie, quoi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette année, je n’ai pas trop de difficultés.&lt;br /&gt;Le chantier le plus important en train de se terminer est dirigé par Brigitte. L’un de mes meilleurs ingénieurs, sinon la meilleure. Quand je pense à elle, je ne peux m’interdire ce petit clin d’œil : Seul hic, de taille, mais qui la fait rire, je dois relire tous ses rapports pour corriger ses fautes d’orthographe. Elle me traite de maniaque, affirme que les clients s’en foutent, dans la mesure où ce qu’elle dit est solidement construit et argumenté. Il est vrai qu’il ne m’est jamais arrivé de corriger le fond. Mais la forme ! Vingt Dieux ! Avec un DESS en poche ! Je ne peux pas laisser passer. C’est l’image de MA société quand même ! Maniaque. Peut-être. Super bonne technicienne. Sûrement !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si les dossiers et les fins de chantier ne me donnent pas trop de soucis pendant ce mois de juillet, je traverse en revanche une phase de recrutement assez prégnante. C’est un enjeu très important pour une petite société de services. Je ne pense, pour ainsi dire, qu’à ça. Jour et nuit. Heureusement, je peux m’appuyer sur ma secrétaire pour les entretiens préalables, elle connaît bien mes attentes et a pris goût aux tâches relevant des ressources humaines. Alain, excellent technicien, est en inter contrat, et peut assurer une bonne part des entretiens techniques. Mais les autres rencontres et la négociation salariale m’incombent. Deux de mes analystes et un ingénieur Chef de Projet me quittent, et je dois absolument recruter un ingénieur système technicien réseau. Quatre recrutements, ce n’est pas de la tarte. Les décisions sont parfois bien difficiles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens. Aujourd’hui par exemple : le technicien réseau était sur la sellette…&lt;br /&gt;Je compte sélectionner trois candidats et soumettre leurs compé-tences à l’ingénieur système de chez un client qui a accepté de me donner ce coup de main. Je n’ai pas les compétences suffisantes pour être tout à fait pertinent. La décision d’embaucher des « presque débutants » entraîne ce genre de difficultés. Beaucoup de mes concurrents préfèrent et trouvent plus rentable de « débaucher » les bons éléments repérés sur le terrain, avec ou sans la complicité d’un cabinet de recrutement. Pour ma part, je préfère limiter les coûts et consacrer une masse salariale plus conséquente à une réelle progression des plans de carrière de mes collaborateurs. Ce qui n’évite pas le débauchage. Pour preuve cette année.&lt;br /&gt;Mireille, la secrétaire, avait retenu six CV, avec la complicité d’Alain, pour les aspects professionnels.&lt;br /&gt;Rien de remarquable à signaler lors du premier entretien. Une jeune femme, à l’aise, volontaire, indiscutablement compétente. Petite expérience de deux années. Presque l’idéal, quoi. Retenue pour les entretiens techniques approfondis.&lt;br /&gt;Deuxième rendez-vous. Mireille ne m’avait rien dit. J’ouvre la porte. Le choc. Le garçon, assez jeune, accompagné d’une personne qui s’est avérée être une assistante, a eu besoin de deux chaises pour pouvoir s’asseoir. Il marchait difficilement, ses cuisses étant comme collées jusqu’aux genoux… De ses membres supérieurs on ne reconnaissait que des avant-bras et les mains, étonnamment fines et gracieuses.&lt;br /&gt;Je suis resté un très, très long moment à étudier le CV. J’étais comme tétanisé. Impuissant. Confronté à mes démons. Dès la pre-mière minute je savais que ce recrutement n’était pas possible dans un contexte de service à la clientèle. Mais le CV était brillant, plus que satisfaisant. Je ne pouvais refuser que pour des raisons d’aspect physique, de présentation. Ce que je me glorifie de n’avoir jamais fait. En quelques secondes, tout s’est entrechoqué dans ma tête. Le « droit à la différence », le respect de l’intégrité physique, l’intégration d’handicapés dans la vie active dont je suis un ardent défenseur ! Je sentais très fort la souffrance de ce malheureux garçon. Elle était là, palpable dans le bureau. Et je devais réagir. Piégé.&lt;br /&gt;Je comprenais pourquoi Mireille l’avait convoqué, et ne m’avait rien dit. L’assistante, depuis qu’elle était rentrée dans le bureau, ne ces-sait de parler et d’argumenter sur les évidentes compétences de son protégé. Il fallait absolument qu’il obtienne cet emploi. A plusieurs reprises je lui ai fait signe que je lisais. Plaçais deux ou trois fois un « Un instant je vous prie… ». En vain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai débuté l’entretien par une méthode que je n’utilise plus depuis bien longtemps, en « descendant » avec lui son CV. Je l’ai fait parler de ses différents postes, et bien entendu, je n’avais rien à relever. Les « trous » étaient justifiés par des hospitalisations. Il m’a parlé d’une thyroïdite de je-ne-sais-plus-quelle-moto… avec signes cliniques exceptionnels… Que répondre ? Surtout ne pas faire allusion à la COTOREP. Il ne peut ignorer son existence. D’évidence c’est son choix de répondre à des offres standard. Et je le comprends volontiers.&lt;br /&gt;Depuis tout à l’heure, je ne cesse de me dire que j’ai été lâche. Je me haïssais à la fin de l’entretien. Mais j’ai beau réfléchir. Je crois que je n’avais pas d’autre choix.&lt;br /&gt;J’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai parlé de notre métier de service aux entreprises. Bien entendu il ne le connaît pas dans sa réalité, et je leur ai expliqué patiemment, à lui et à son assistante, les contraintes et les limites de ce type de prestations. A chaque nouveau client, tout est à recommencer, dont se faire reconnaître et accepter. Que je ne pensais pas souhaitable qu’il soit ainsi mis en permanence sous tension. Que ce métier, très stressant, nécessitait une santé sans faille. Qu’il implique de nombreux déplacements, parfois longs et pénibles. Que je ne pouvais donc pas l’intégrer dans l’équipe. Il était figé. Sans un mot. Les yeux absents. Mes boyaux jouaient à faire des nœuds. Et puis je lui ai longuement parlé des autres types de prestations. Que d’autres entreprises travaillaient dans leurs propres locaux pour des clients extérieurs, ou en assurant des services à distance. C’est vers là peut-être qu’il pouvait espérer des ouvertures. J’ai essayé d’être convaincant à l’intention de cette malheureuse assistante, qui semblait faire tout son possible, mais n’avait rien compris à notre métier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai essayé d’être honnête. Mais je ne suis pas allé jusqu’au bout. Je ne suis pas content de moi. Pour être totalement fidèle à mes idées, j’aurais dû prendre en charge l’accompagnement de ce garçon, jusqu’à ce que nous lui trouvions un emploi adapté. Alors, j’aurais pu paisiblement me regarder dans une glace. Je n’ai pas eu la volonté ni le courage d’aller jusque là. Mais merde ! A chacun son métier, non ? Ce soir, je me sens vide, vide !&lt;br /&gt;Il me tarde que Domi appelle. Je vais lui faire l’amour au téléphone comme nous ne l’avons encore jamais fait. Il ne va pas être déçu du voyage ! Ah ! Si il n’était pas aussi réticent à l’informatique ! Je lui aurais offert un portable, et nous pourrions faire des « plans cam »… j’ai toujours eu horreur de ça, mais avec lui…&lt;br /&gt;J’ai soif de lui, de son image, de sa peau, de son rire, de sa ten-dresse, de sa tige dressée et agressive… La pulpe de mes doigts souffre de l’absence du satiné de son corps. Ce soir, je sauterais bien dans la voiture pour le rejoindre dans son Jura profond… Mais demain j’ai une lourde journée. Une grosse partie des bilans annuels de mes collaborateurs, avec plans de carrière à la clef. Ce qui tourne parfois à la haute voltige… J’ai soif de lui. Ce n’est pas encore l’heure du coup de téléphone ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une bonne chose de faite. Ces derniers jours, j’ai reçu tous mes collaborateurs, un à un. Même ceux qui me quittent à la fin du mois. C’est la vie, et le métier qui veut ça. Le monde professionnel est si petit ! Sans aucun doute nous nous croiserons de nouveau un jour. J’ai d’ailleurs bien pris soin de laisser les portes grandes ouvertes. Deux des démissionnaires rejoignent les équipes des clients chez qui ils intervenaient. Ceux-ci, déjà, je vais être amené à les revoir. Pas plus tard qu’à la rentrée prochaine…&lt;br /&gt;L’entretien avec Brigitte n’a pas manqué de sel. Au lieu de l’augmenter, je lui ai proposé de lui payer des cours d’orthographe. Ce serait tout bénef pour nous deux… Elle a parlé de démissionner, qu’un concurrent lui faisait une proposition alléchante… Puis elle a ri. Je ne sais pas plaisanter paraît-il : mon nez bouge quand je mens…&lt;br /&gt;La rencontre avec Nathalie a été une autre affaire… Rien de dramatique. J’ai simplement dû puiser au plus profond de mes capacités d’argumentation. Nathalie est une excellente collaboratrice. Mais avec un doute permanent sur ses capacités. Ce qui lui a valu d’échouer à ses examens de fin d’études, alors que ses résultats tout au long de la dernière année avaient été plus que satisfaisants.&lt;br /&gt;J’ai toujours été un défenseur acharné de la parité. Je veille à ce que mon équipe soit équilibrée, autant de femmes que d’hommes, et je n’admets aucune différence entre les deux sexes, tant au niveau plan de carrière qu’au niveau rémunération. Ce n’est pas toujours facile à gérer, mais c’est un problème que j’assume sereinement.&lt;br /&gt;Un Chef de Projets me quitte, je dois le remplacer en urgence. Pour lui succéder, j’ai très vite pensé à elle, impliquée sur le même projet et qui a toutes les compétences requises. Refus catégorique. J’ai donc lancé le recrutement, et ce n’est pas évident du tout. Mais alors pas du tout ! J’attendais donc cet entretien pour relancer ma jeune collaboratrice.&lt;br /&gt;Discussion serrée. Remise en cause de mon propre fonctionnement. En travaillant trop et n’importe comment, je fais peur à mes collaborateurs. Ils s’imaginent que j’attends d’eux un investissement équivalent, un dévouement aveugle.&lt;br /&gt;Autrement dit, je me plante sur toute la ligne !&lt;br /&gt;Je travaillais trop, sans savoir gérer mes priorités. J’ai perdu Suzy.&lt;br /&gt;Je touche à tout et vais dans tous les sens. Je fais fuir mes meilleurs collaborateurs.&lt;br /&gt;Je continue ainsi, et même Dominique perdra patience !&lt;br /&gt;Non, ce n’est pas possible !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne dois pas rêver. Ce n’est pas la première fois que je traverse de semblables crises métaphysiques, remettant en cause mon investissement dans le travail.&lt;br /&gt;Chaque fois qu’une discussion difficile m’opposait à Suzy, je me tapais la tête contre les murs et me jurais de ne plus m’y laisser prendre.&lt;br /&gt;Je dis ça aujourd’hui. Mais demain ?&lt;br /&gt;J’analyse sans fard avec Nathalie ces étranges mécanismes qui provoquent une fuite en avant. Elle n’est pas concernée. C’est mon problème à moi. Rien qu’à moi ! Et j’ai toujours su faire la part des choses en ce qui concerne mes collaborateurs. Elle a la gentillesse de me croire.&lt;br /&gt;Elle accepte de tenter l’aventure. Parce qu’au final, malgré tout… Elle m’aime bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ouf ! J’ai mon Chef de Projet.&lt;br /&gt;Je vais pouvoir partir sereinement en vacances. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-viii-retour-aux-sources.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre VIII)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-6125046673635542615?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/6125046673635542615/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=6125046673635542615' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/6125046673635542615'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/6125046673635542615'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-vii-bientot-sous-le-soleil.html' title='Chap VII  Bientôt sous le soleil'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-7302124854513685653</id><published>2009-02-02T10:19:00.003+01:00</published><updated>2009-02-02T10:39:13.854+01:00</updated><title type='text'>Chap VI  De la fidélité</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;6&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Dominique a réagit, lorsque hier soir, j’ai parlé de mon rendez-vous à Torcy, près de Marne-La-Vallée. Ses parents habitent tout près, dans un recoin de Vaires, un petit pavillon presque enchâssé entre les immeubles d’une résidence cossue.&lt;br /&gt;Je prévoyais de déjeuner avec Brigitte, ma jeune chef de projet en poste chez ce client, et de toute façon, je ne me serais pas permis de m’inviter chez eux, seul, un midi de semaine, même s’ils se trouvaient être libres. Pas sans Domi. Je ne les connais pas assez. D’autre part personnellement, je trouverais assez malvenu de me laisser inviter lorsque mon temps est chronométré et que je ne peux compter sur la disponibilité indispensable pour faire honneur à mes hôtes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et heureusement. Bien entendu les choses ne se sont pas goupillées comme prévu. Une difficulté lors de la visite qui précédait, et je suis arrivé très en retard. En ayant prévenu. (Ouf, merci les portables !). Conséquences en cascade, j’ai quitté le bureau de mon client très largement après treize heures. Ma collaboratrice ne m’avait pas attendu, elle était partie déjeuner avec des collègues. J’ai eu un moment de flottement. « Avant », avant ma rencontre avec l’homme qui, de façon tellement improbable, est en train de remplir ma vie, cette configuration était celle qui m’aurait conduit sur quelque « plan Q » vite fait bien fait. Mais là, même pas envie. Même pas venu à l’esprit. Rattraper le temps perdu, rentrer au bureau, en prenant quelque sandwich au passage ? Aller quand même déjeuner dans la petite auberge où j’avais réservé ? De toute façon, il allait falloir que je les appelle. J’avais trop faim, et une chape de flemme remplace progressivement le stress de la matinée. Je n’ai pas d’obligation dans mes locaux en début d’après-midi. Va pour le restaurant.&lt;br /&gt;La gargote à deux étoiles se situe Avenue de Claye. Pas toujours facile de se garer. Je trouve une place juste à l’entrée de la rue des Cités. , Il faut que j’arrive avant la fermeture quand même ! D’un pas vif je me dirige vers mon objectif quand je m’entend interpeller avec vigueur :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Oh ! Al ! Hé, oh ! Al…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Cette voix… Oui, c’est bien lui… Thomas…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mais que fiches-tu là ? Tu n’es pas sensé être au lycée, toi ?&lt;br /&gt;- Ben, il est juste là, le bahut…&lt;br /&gt;- Ah… Excuse, je ne savais pas. C’est vrai que vous habitez le coin.&lt;br /&gt;- Et toi, tu fous quoi, là ? Tu montes en plan dans le dos de mon frangin, hé ?&lt;br /&gt;- Ben voyons… Je n’arrête pas, dès qu’il a le dos tourné !&lt;br /&gt;- Méfie-toi… Je deviens très méchant si l’on fait du mal à mon reuf !&lt;br /&gt;- Des menaces ?!!&lt;br /&gt;- Lol… Non, sérieux, j’ai été super content de la nouvelle. T’es cool, et mon reuf, je le reconnais plus. Même qu’il sourit des fois !&lt;br /&gt;- Vachard… C’est pour lui casser du sucre sur le dos que tu m’as appelé ?&lt;br /&gt;- … Non, vrai, je suis super content de te voir. J’ai un truc à te demander, sûr, ce soir j’aurais téléphoné.&lt;br /&gt;- Oui, mais si je traîne, mon restau va fermer, et j’ai comme un creux, là…&lt;br /&gt;- Oh… Scuse. T’as pas bouffé ? Je peux t’accompagner un peu ?&lt;br /&gt;- Viens, viens, et même si tu as le temps, tu boiras un pot. D’ici qu’ils me servent !&lt;br /&gt;- Du temps, ça va. Le prof de philo a la crève. Je rentrais à la maison.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après m’être excusé pour le retard important, je passe commande. Il n’y a presque plus personne dans la salle, mais je suis quand même connu et bon client. Thomas sirote son satané coca, beurk, j’ai pris un Américano. Un peu envie d’amertume, moi aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Alors, ce « truc » ?&lt;br /&gt;- Un truc de ouf ! Encore une idée super du machino… du prof d’informatique.&lt;br /&gt;- Ah… Ok… Raconte ? Si je peux t’aider ? Mais tu sais, il y a longtemps que j’ai quitté l’école, moi !&lt;br /&gt;- Ah, là, je suis mort de rire !&lt;br /&gt;- Raconte ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je souris de toutes mes dents… (Dont je ne suis pas trop mécontent…) Il est trop, ce môme. Une petite boule sur roulette, tout rond, tout jovial. Mais pas un rond mou. Non, non. Un rond vif argent. Une pièce de cent écus, en quelque sorte. Il a une tignasse invraisemblable, toute bouclée, qui entoure un visage avenant et semble vouloir mettre en valeur d’immenses yeux sombres aux longs cils recourbés. Ses sourcils, continuellement relevés font penser qu’il est en permanence étonné de ce que la vie peut lui réserver de merveilleux. Il a une tchatche pas croyable, un à propos qui décoiffe et une perpétuelle dérision des choses de la vie. Je comprends volontiers qu’à, à peine dix huit ans, il collectionne les conquêtes féminines. Toutes les filles doivent avoir envie de le choyer !&lt;br /&gt;Mais là… Ses sourcils se sont froncés et se rejoignent au dessus du nez. Les choses sont donc si sérieuses ?&lt;br /&gt;Il me présente son problème, de façon très claire, bien structurée, bien analysée. Dans le tableur Excel, il doit réaliser un tableau de bord de gestion sur douze mois glissants, avec un certain nombre de formules faisant appel à des fonctions financières et de recherche complexes. D’accord. Je suis sûr qu’il serait capable de résoudre ça, tout seul, comme un grand ! Je le lui dis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mais attends ! Le plus ouf c’est les contraintes : interdiction de faire figurer plus d’un mois par feuille, et être capable de re-construire le tableau en contrôle, en partant de rien, en moins d’une heure ! Il est tombé sur la tête, c’est pas possible ! Douze feuilles plus la consolidation, donc au moins treize feuilles mises en forme en moins d’une heure, même en faisant des copies… Ça va pas la tête ?&lt;br /&gt;- Ah, d’accord ! Jusqu’à présent, je ne voyais pas trop où tu pouvais coincer. Tu ne connais pas la technique de travail sur feuilles multiples ?&lt;br /&gt;- Ben… Je vois pas ?&lt;br /&gt;- J’adore les pédagogues qui pensent que c’est en vous laissant ramer et chercher seuls que vous mémoriserez le mieux. Seulement ils ne tiennent pas compte un seul instant de l’aspect « mauvaises habitudes prises » ! Et Visual Basic, tu connais un peu ?&lt;br /&gt;- J’ai fait des trucs sur Word, pour des formulaires dynamiques, mais pas dans Excel.&lt;br /&gt;- Ok… Ecoute, j’ai peur que ce soit un peu long pour faire ça là, maintenant. Et sans outil… J’ai laissé mon ordi dans la voiture.&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Mais… Et si tu venais pendant ce week-end passer un moment à la maison ?&lt;br /&gt;- Samedi j’ai un match, et dimanche, l’aprèm, j’ai une teuf avec ma copine.&lt;br /&gt;- Hé bien… Tu viens samedi soir, tu dors dans le canapé, et di-manche matin on règle le problème. En une heure. Hummm… Peut-être un peu plus ! Et après nous te raccompagnons à Vaires. En voiture, ce n’est pas le bout du monde ?&lt;br /&gt;- Super… Ça marche… J’en parle à mes vieux et je vous télé-phone ce soir. Cool !&lt;br /&gt;- Tes « vieux » ? Pas beaucoup plus que moi !&lt;br /&gt;- T’es trop, toi… Mes vieux, ce sera toujours mes « vieux ». Même quand j’aurai cinquante piges !&lt;br /&gt;- Logique imparable ! Ok… On attend ton coup de téléphone, alors ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rendre service et faire plaisir à un petit jeunot de dix-huit ans. Je suis tout content de moi. Je ne vais faire qu’une bouchée du reste de la journée !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Domi est très heureux de recevoir ainsi son petit frère. Leur relation est à la fois très forte, très simple, et très naturelle. Dominique a été élevé en fils unique pendant près de sept ans. Ses parents, surpris trop jeunes par son arrivée non programmée, n’étaient pas pressés d’agrandir la famille. Un fils unique qui a accueilli avec plus que de la joie, de l’enthousiasme, l’arrivée de cet avorton braillant et gesticulant, mais gage de la fin d’une solitude insupportable. Ses parents racontent encore avec émerveillement ses attentions, sa disponibilité, sa patience jamais prise en défaut.&lt;br /&gt;Thomas reçut cet amour le plus simplement du monde. Son grand frère était un demi-dieu, capable de résoudre tous ses problèmes, toutes ses difficultés. C’est Domi, plus que les parents qui a accompagné le petit dans sa scolarité, avec une vigilance de tous les instants. Domi était un brillant élève. Thomas se devait de l’être aussi.&lt;br /&gt;A l’adolescence, Thomas comprit, avant même de savoir, que son frère était différent. Alors que lui-même avait déjà, en sixième, l’esprit fort occupé par ses petites copines, son grand frère, au-delà des conditions naturelles des sports collectifs qu’il pratiquait avec passion, ne fréquentait que des copains. Souvent plus âgés que lui. Ils en ont parlé.&lt;br /&gt;Les parents eux-mêmes avaient également « senti » les choses. Ils s’étaient attachés à le verbaliser le plus tôt possible. A bien établir la distinction entre normalité et bienséance sociale. Chacun est libre de sa vie et de son corps, dans la limite du respect de l’autre. Mais la vie en société a ses règles, et ce n’est pas revendiquer une quelconque liberté que de se confronter vainement et inutilement aux limites d’acceptation de ses concitoyens. S’assumer, sans provoquer. Surtout ne jamais se renier, mais sans jamais agresser. Ils ne se sont pas contentés de prôner le droit à la différence. L’aboutissement était bien le droit à l’indifférence. Positive. « Je m’intéresse à qui tu es, je vais vers toi, mais tes choix de vie ne regardent que toi. » Fuir l’exhibitionnisme. Refuser la lâcheté.&lt;br /&gt;Dans cet état d’esprit, l’affection des deux frères s’était simplement et naturellement épanouie. J’avais été littéralement bouleversé en découvrant une telle ambiance familiale. Moi qui portais comme un fardeau douloureux la non acceptation castratrice de mon unique grande sœur. (Notre écart est beaucoup plus significatif, une dou-zaine d’années ! J’en dirai deux mots un de ces jours.)&lt;br /&gt;Personne n’aurait pu dire du mal de Domi en présence de Thomas.&lt;br /&gt;Personne n’aurait osé lever la main sur Thomas en présence de Domi.&lt;br /&gt;Cette ambiance familiale que nous nous étions évertués à construire Suzy et moi, en ayant le sentiment d’être des pionniers, en nous sentant parfois si profondément isolés. Cet état d’esprit qui, je le sais bien, n’avait pas été anodin dans la naissance de mes sentiments envers Domi. Dès nos premiers échanges, là, dans ce café près de la gare, je n’avais pu le regarder comme un simple « bon coup » possible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, Domi est très heureux de recevoir son petit frère. Mais notre jogging dominical tombe à l’eau. Déception. Je le tarabuste un petit peu. Quand même ! Pour une fois, il peut bien aller courir seul ! Il peut prendre la voiture. Je lui suggère même, pour moins sentir mon absence, de partir à la découverte d’un autre coin de forêt. La forêt de Sénart est aussi un paradis des sportifs du dimanche. Elle est immense. Je lui déconseille d’essayer d’en faire le tour, et lui suggère une zone que je connais bien, pour l’avoir fréquentée dans le temps. Il y a toujours quantité de joggeurs. Surtout le dimanche.&lt;br /&gt;Avec Thomas, nous nous mettons aussitôt au travail. Je l’installe devant mon ordinateur, sa feuille d’exercice en main, et lui demande de me montrer comment il procèderait. Je m’y attendais un peu, il commence par bâtir un beau cadre bien présenté sur la première page ! Je ne le laisse pas s’enferrer, priorité à l’analyse ! Je le fais repartir du début, par une réflexion méthodique. Déterminer, résultat attendu par résultat attendu, les différentes variables qu’il va devoir gérer. Dès lors, la problématique n’est plus qu’un enchevêtrement de solutions, faciles à démêler.&lt;br /&gt;Je lui raconte n’anecdote de mon prof de bureau d’étude, en école d’ingénieur. Lorsque nous rencontrions une difficulté, il venait près de notre table de travail, les mains derrière le dos, les sourcils froncés, très attentif. « Je t’écoute… ». Il semblait intensément absorbé dans la compréhension de notre problématique. A chaque froncement de ses sourcils, nous nous attachions, bien entendu, à mieux présenter nos difficultés, avec plus de précision et de concision. Lorsque nous avions terminé nos explications, sans prononcer une parole, il tournait le dos et se dirigeait vers un autre groupe. Au début, combien de fois mes camarades ou moi avons-nous été soufflés par son attitude et nous sommes-nous révoltés contre son apparent refus d’aide ! Nous parvenions pourtant à nous sortir seuls de l’impasse où nous pensions, au départ, être acculés. Il finit quand même un jour par nous donner son explication : « Lorsqu’une problématique est bien analysée et bien verbalisée, elle n’est plus une problématique. Il ne reste plus qu’un tout petit effort pour cueillir la solution ! »&lt;br /&gt;Bon, il y a quand même des trucs et astuces qui ne s’inventent pas, ou qui se découvrent au fil de l’expérience. Pendant près de deux heures, je n’économise pas mes efforts pour proposer à Thomas tous ces petits outils qui pourront transformer son exercice en promenade dilettante. Un vrai plaisir. Je me découvre de l’intérêt pour cette démarche de transmission du savoir, d’enseignement en fait, et jouer avec l’esprit vif et alerte de ce môme est un régal. Il a une soif de comprendre et d’apprendre qui rend l’entreprise presque enivrante !&lt;br /&gt;Il jubile :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Super ! Au top ! Je vais scotcher le prof ! Les potes vont être méchamment rageux !&lt;br /&gt;- Attend ! Ne t’enthousiasme pas trop vite ! Je ne t’ai proposé que les techniques et solutions que je connais ! Mais je suis de la vieille école, moi ! D’ici que ton prof sorte d’un chapeau des méthodes encore plus performantes ! Je suis pas prof, moi. Et il peut très bien être plus calé que moi !&lt;br /&gt;- Hey, tu m’fais flasher ! T’es un expert !&lt;br /&gt;- Possible… Mais expert prudent !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aurais bien prolongé cette petite passe d’armes, mais j’ai entendu la voiture. Domi revenait. Le temps qu’il prenne une douche, et nous allions pouvoir raccompagner Thomas.&lt;br /&gt;Mais il pose les papiers et les clefs sur la table en arrivant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Vous avez terminé votre truc ? Tiens, les papiers. J’ai pensé que c’était idiot que nous y allions tous les deux. De toute fa-çon, nous ne devions pas rester. Et je suis complètement HS.&lt;br /&gt;- Tu ne veux pas embrasser tes parents ?&lt;br /&gt;- Thomas le fera pour moi. Je vais prendre le temps d’un bon bain, et je t’attendrai.&lt;br /&gt;- Mmmm… Perspective agréable…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’étais venu lui murmurer cette invite dans le creux de l’oreille, mais il me repousse fermement, avec un ton presque sec, autoritaire…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Allez, vas-y… Et soyez prudent sur la route.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Un baiser à son frère, et il s’enferme dans la salle de bain. J’entends déjà l’eau couler. Surpris. Je suis juste surpris.&lt;br /&gt;Thomas plie donc bagages, et je le ramène à Vaires. Le temps d’un petit apéro (sans alcool pour moi, merci… Je conduis…) et je rentre vite fait à la maison.&lt;br /&gt;Tout le long du trajet je suis soucieux. Domi ne va pas bien. Je crois ne l’avoir jamais vu ainsi, aussi tendu. Quelque chose l’aurait contrarié ? A-t-il pu penser que je l’envoyais faire du sport pour rester seul avec son frère ? Non, impossible. Il sait très bien que je suis incapable d’une telle bassesse, et il connaît trop son frère. Serait-il à ce point frustré que nos petites fantaisies dominicales aient été sacrifiées ? Ridicule. Il n’a rien d’un obsédé. Je suis nerveux. Je n’aime pas me sentir inquiet ainsi. Je n’aime pas le sentir mal. C’est rare. Très rare.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’aurais pas été surpris de le retrouver à m’attendre à demi nu sur notre lit. Disons plutôt que cela ne m’aurait pas déplu. Pour la partie de galipettes bien sûr, mais surtout pour effacer d’un revers de tendresse le malaise que je ressens. Mais il est prêt, habillé, le couvert mis, il réchauffe un reste de lapin de la veille. Des radis sont sur la table pour le hors d’œuvre. Il ne me reste plus qu’à m’asseoir.&lt;br /&gt;Non. J’ai trop souffert des non-dits. Je risquerais de m’étrangler avec un radis dans l’état où je suis. Non. Non. Faire face tout de suite.&lt;br /&gt;Je le rejoins dans le coin cuisine, me place dans son dos, l’enlace en nouant mes mains sur sa poitrine. Ma tête dans le creux de son épaule, je lui murmure mon étonnement de le voir ainsi, mal et tendu, soucieux ou agressif, je ne sais pas.&lt;br /&gt;Il essaye de se dégager, de nier l’évidence : « Laisse, c’est rien… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Non, pas à moi, mon chéri. Je te connais trop désormais. Il y a un truc, je ne sais pas quoi, mais il y a un truc…&lt;br /&gt;- Mais non, je te dis…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Je l’oblige à me faire face. A me regarder. Ses yeux sont embués. Deux fines larmes glissent le long de son nez… Ses premières larmes. Même sur le quai de gare, il n’avait pas pleuré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Chéri… Chéri ! Tu le sais que je t’aime !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m’enlace maintenant à me couper le souffle. « C’est la première fois que tu me le dis… Aujourd’hui. Justement aujourd’hui ! »&lt;br /&gt;Je savais. Mais entre savoir et prendre conscience de. Maintes fois, lorsque lui me disait son amour, me faisait toucher du doigt l’intensité de ses sentiments, je savais qu’il pouvait être cruel pour lui que je ne prononce jamais ces mots : « Je t’aime ». Je n’en étais pas capable. Je savais. Mais je n’ai pas mesuré l’étendu de sa souffrance. Je n’ai pas mesuré les ravages du doute.&lt;br /&gt;Soudain, là, une évidence qui me saute au visage. Le jogging. Il était seul pour le jogging, et je l’ai envoyé dans un secteur du bois connu pour son potentiel de rencontres. Il a fait un truc. Je ne sais pas quoi, mais il a fait un truc !&lt;br /&gt;Je prends sa tête dans mes mains. Fermement. Il essaye de fuir mon regard, mais je tourne son visage vers moi. Je dépose un chaste baiser sur ses lèvres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Tu as laissé un mec t’approcher et maintenant tu es dévoré par la culpabilité, c’est ça ? C’est bien ça, hein ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m’enlace encore plus violemment, m’obligeant à libérer son visage qu’il vient blottir sur mon épaule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je ne veux pas te perdre ! Je t’aime, Al. Tu le sais bien que je t’aime ! Pardon, pardon… J’ai perdu la tête…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me libère, et l’éloigne, le tenant à la distance de mes bras tendus :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Holà, holà… Il me semble qu’il faut que l’on parle un petit peu ! Viens sur le canapé. J’ai envie d’une bière. Tu en veux une ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Nous nous installons, nos bières en main, je le cale sur mon épaule, pose un tendre baiser sur son front rendu brûlant par l’émotion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Nous n’avons jamais eu à proprement parler une discussion de fond sur ce sujet, mais tu connais quand même bien mon opinion. D’une, je ne suis pas jaloux de nature. Je ne l’ai jamais été, pas plus vis-à-vis de Suzy que vis-à-vis de toi aujourd’hui. De deux, tu ne m’appartiens pas, et je ne vois pas à quel titre tu aurais à me rendre des comptes ! De trois, je ne crois pas, je n’ai jamais cru à la fidélité des corps. Les pulsions sexuelles, le désir, sont des phénomènes oh combien naturellement humains. Sans doute doit-il être possible de les dépasser, de les sublimer. Mais à quel prix ? L’énergie phénoménale que l’on devrait y consacrer peut s’employer bien mieux ailleurs, non ?&lt;br /&gt;- Oui, tu as souvent fait des allusions à ces idées. Au sujet des relations dans votre couple avec Suzy. Mais je suis sûr que toi tu n’as rien à te reprocher, et c’est moi qui mets le premier coup de canif dans notre relation !&lt;br /&gt;- Ah non ! Pas l’histoire des coups de canifs ! Pourquoi pas une dague ou une épée ? Voyons les choses en grand ! Ridicule ! Canif ou Excalibur. Ridicule. Je trouve ton amour plus grand si tu le choisis et me reviens en connaissance de cause. Je me sens plus fort si je t’aime quand même… En tout, j’ai toujours préféré les choix « bien que » aux évidents « parce que ».&lt;br /&gt;- Pourtant, d’un coté, jusqu’à aujourd’hui, tu ne m’as jamais dit « je t’aime », et de l’autre j’ai la certitude que tu n’as jamais batifolé ailleurs depuis que nous nous connaissons.&lt;br /&gt;- C’est exact. Mais je considère n’avoir aucun mérite, ni m’être plié à quelque principe moral que ce soit. Je n’en ai jamais eu envie. C’est tout. N’ayant jamais été submergé par la vague d’un désir sauvage, je ne peux avoir la fierté d’y avoir résisté ! Je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir. Je ne le dis pas maintenant, parce que… Aujourd’hui, tout mon esprit est rempli de toi, chaque minute je suis estomaqué du bonheur qui m’est tombé dessus. Ta jeunesse, ton intelligence, ta curiosité, ta fraîcheur, ta beauté, ta sensualité. Demain sera un autre jour. Mais, maintenant que je suis parvenu à briser ce blocage face à un mot qui semblait m’avoir quitté en même temps que Suzy, je peux te le dire. Je t’aime. Je t’aime passionnément. Et jamais je ne te quitterai. Quoi que nous réserve l’avenir. Quoi que tu fasses. Quoi que je puisse faire tôt ou tard.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Domi me prend dans ses bras, cherche mes lèvres. Un long baiser nous unit. Tendre. Absolu. Optimiste. Serein.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je t’aime, Al. Oh, moi, je te l’ai souvent dit. Mais je ne me lasse pas de te le dire. Je t’aime. Et là, que toi aussi tu me le dises… Tout à l’heure, ça a été un coup de folie. Je…&lt;br /&gt;- Non ! Pas maintenant. Nous parlerons de ce qui est arrivé. Tu en as besoin, et ce sera une autre façon d’en effacer les traces… Mais maintenant, finissons cette conversation. Sans référence à ce qui vient de se passer. Au niveau principes. Seulement. Essentiellement. Prioritairement.&lt;br /&gt;- Attends ! Avant de parler de principes… Comme par hasard, aujourd’hui, pour la première fois tu viens de me dire « Je t’aime ». Et…&lt;br /&gt;- Tu doutes de ma sincérité dans l’instant ? Chéri, (reconnais que je t’appelle souvent ainsi !), chéri, bien sûr qu’il doit y avoir un lien… Je t’aime, tu le sais bien, et je viens de te faire une vraie déclaration il me semble ! Jusqu’à présent ce « je t’aime » ne parvenait pas à passer mes lèvres. Compréhen-sible, non ? Cet amour m’est tombé dessus tellement vite après ma séparation !&lt;br /&gt;- Je le sais, ce n’est pas ce que je voulais dire !&lt;br /&gt;- Ah, alors, ma position par rapport à la jalousie ? Non, chéri, il n’y a pas un pouce de jalousie ou de frustration dans ce que je ressens. Tu veux que je sois honnête ? Tu vas encore râler. Ce que j’ai éprouvé tout à l’heure, avant même que l’on verbalise quoi que ce soit, c’est connement de la peur. La peur de te perdre. Tu es tellement jeune ! Tellement beau et séduisant !&lt;br /&gt;- Grrrrr… (C’est bien cette réaction là que tu attendais ?)&lt;br /&gt;- Tu vois ? Tu m’as interrompu, alors que j’allais ajouter : je tiens tellement à toi ! Moi qui ne regarde pour ainsi dire jamais les mecs qui ont quelques petites années de plus que moi, j’ai du mal à croire définitif ton attachement à ce vieux machin là ! Peur ! J’ai eu peur Domi. Je tiens à toi. Je ne supporterais pas de te perdre !&lt;br /&gt;- Et tu n’appelles pas ça les prémices de la jalousie ?&lt;br /&gt;- Non ! Oh non ! Pour moi, ce n’est pas du tout ça, la jalousie ! Que je tienne à toi, à en crever, pour moi, ce n’est rien d’autre que de l’amour ! Un amour puissant et violent, source de vie, d’envie d’avancer ! Qui me pousse à t’écouter, à te tirer, à te porter, à te pousser au plus haut. Qui remplit mon esprit du désir de te voir rire, de te voir heureux, de te voir t’épanouir.&lt;br /&gt;La jalousie, c’est un ignoble mécanisme de possession, mé-lange d’égocentrisme et de négation de l’autre, source de sclérose, d’appauvrissement, de refus tout simplement de la vie et de l’amour même ! Je ne te reprocherai jamais, tu entends, jamais ! une aventure aussi intense qu’elle puisse être ! Mais j’aurai toujours peur de te perdre. Et c’est tant mieux.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous restons un long moment silencieux. Sans doute chacun de nous est-il en train d’imaginer ce que pourrait être sa vie si notre couple venait à se briser. Pour ma part, j’essaye de garder une respiration paisible, mais mon cœur bat la chamade. Oui, j’ai peur de le perdre. C’est vrai. Jamais je n’avais ressenti une telle chose, avec une telle intensité, pendant que je vivais avec Suzy. Notre union a tout de suite été comme une évidence, naturelle. Très vite nous avons construit tout un monde. La maison, les enfants. Notre complicité semblait sans faille. Ce fut d’autant plus dur, c’est vrai.&lt;br /&gt;Mais j’ai comme le sentiment qu’aujourd’hui rien n’est tout à fait bri-sé. Notre complicité perdure, sous une autre forme. Les enfants sont là. Et bien là. Notre couple garde une existence virtuelle, en quelque sorte.&lt;br /&gt;Mais si Domi venait à me quitter, comme ça, brusquement sinon brutalement… Il ne resterait rien. Rien. Même pas des larmes pour pleurer, mon cœur serait totalement, effroyablement, desséché.&lt;br /&gt;Il me regarde, me sourit, caresse d’un geste léger le contour de mes lèvres. Comme un hommage à l’oracle qui vient de parler ? Non ! Quoiqu’il fasse chacun de ses gestes est amour. Il reprend :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je comprends bien tout ce que tu dis. J’y ai souvent réfléchi, je voudrais tant l’assimiler, l’intégrer. Mais toujours me revient cette notion d’amour absolu, où rien ni personne ne peut et ne doit faire ombrage à l’image de l’être aimé qui nous remplit.&lt;br /&gt;- Oui, bien sûr, cette relation monolithique existe. Le temps d’une complète découverte de l’autre. Un peu plus longtemps pour certaines personnes. C’est sans doute ce que nous vivons tous les deux depuis bientôt huit mois. Mais la passion sans faille, vivre en permanence des pulsions violentes, est insupportable. Aucun couple ne peut y résister. J’en suis totalement convaincu. C’est sans doute ce qui explique tant de ruptures dans la première année. On veut l’absolu, et on perd tout.&lt;br /&gt;- Oui, j’en ai conscience. Et je pense que c’est encore plus fort pour les couples sans enfant, notamment gays, qui n’ont pas l’échappatoire, ou la contrainte, d’utiliser une partie de leur énergie dans l’éducation de leurs mômes. C’est, probable-ment, un paramètre de la sempiternelle problématique de l’adoption par les couples unisexes. Avoir des enfants à soi, ou prendre le risque d’être un couple libre ! Seulement, ton raisonnement me fait peur également. Où est la limite entre la fidélité sclérosée, et le « tout et n’importe quoi » ?&lt;br /&gt;- En me baladant sur Internet, je me souviens d’être tombé sur le site d’une blogueuse qui parlait de « biodiversité amou-reuse »… Quelque chose du genre : « La diversité amoureuse en refusant de s’approprier un être, se montre curieuse des autres, ne rejette pas un amour existant lorsqu’un autre apparaît, et s’avère par là une solution écologique ». Je n’irai pas jusque là, d’autant que l’écologie élevée au rang de chapelle, comme tu le sais, me fait plutôt grincer des dents. Pour essayer de répondre à ta question, la différence tient me semble-t-il en deux mots : respect et autonomie. Respect, c’est une évidence ! A compléter d’ailleurs par estime et confiance. Respect de la compagne ou du compagnon, respect de la personne rencontrée également. Estime et confiance réciproque. Rien ne survit au mépris ou au doute permanent. Quant à l’autonomie ! Tu sais combien j’ai été insistant pour que tu gardes des marges de manœuvre lorsque nous avons parlé de vivre ensemble. La fidélité n’est, autrefois mais encore bien souvent à notre époque, que l’habillage des obligations de l’un envers l’autre. Dit autrement, j’ai envie que tu me reviennes parce que tu choisiras de me revenir. Surtout pas par pitié ou par lâcheté. Parce que « nous deux » représente encore quelque chose. Et surtout, surtout pas, parce que sinon tu ne saurais où dormir, ou que tu n’aurais plus de chaîne Hi Fi pour écouter tes disques préférés !&lt;br /&gt;- Ouais, ça ce serait dramatique ! Et aussi, tiens, de partir sans avoir lu tous les bouquins de ta bibliothèque !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se détend, et sourit en venant quémander un autre baiser. Il s’allonge sur le canapé, sa tête sur mes genoux. Un court silence. Mais je le sais, il a besoin de tout me raconter.&lt;br /&gt;Oh, l’histoire la plus banale qui soit. La plus ordinaire. Je dirais même la plus triviale. J’en ai vécu des dizaines et des dizaines de ce genre, à l’époque de mes grandes consommations.&lt;br /&gt;Il court, appliqué à surveiller les paramètres de ses efforts, les écouteurs de son MP3 sur les oreilles, aveugle, ou presque à ce qui l’entoure. Il bouscule un mec, s’excuse d’un geste de la main et d’un sourire sans s’arrêter, remarque quand même que le gars en question est plutôt canon. Connaissant mon Domi, je ne serais pas surpris que dans sa course il ait déjà croisé ce type une ou deux fois sans le voir. Et l’autre tenait à être remarqué ! Classique. Il le croise, et le recroise, et le re-re... Ils se font un petit signe comme deux potes. Et à un moment, il voit le gars arrêté, reprenant son souffle. Effet de l’endorphine ? Désirs inconscients ? Piège de sa trop grande générosité ? Il s’arrête, échange quelques mots avec le gars, s’excuse pour la bousculade involontaire, constate plus consciemment que ce type de la trentaine environ, est effectivement très séduisant. Il peine à s’éloigner, et ne sait plus dire maintenant pourquoi. Quand le gars le plaque contre un arbre et l’embrasse il essaye de résister. Mais l’autre glisse à genoux et mord à travers son flottant son membre dressé. En prenant conscience qu’il bande, il se sait perdu. Il s’abandonne.&lt;br /&gt;Ils se réfugient à l’abri des fourrés. Le gars est très bien bâti, sensuel, directif. Ils se laissent enivrer par les fortes odeurs musquées qui émanent de leurs corps en sueur. Ces odeurs qui moi, me gênent, mais qui pour beaucoup, dont mon aimé, sont un puissant aphrodisiaque. Le jeune mec est impatient, pressé. Il sait ce qu’il veut. Sans ôter les manches, leurs tee-shirts passent derrière leurs têtes pour libérer leurs torses haletants, et Domi se laisse littéralement dévorer par cette bouche avide. Lorsque son prédateur s’attaque à sa virilité, en quelques courtes minutes il est au bord de l’explosion. Il la demande, l’appelle de ses vœux, pour en finir au plus tôt. La culpabilité est déjà en train, elle aussi, de le dévorer.&lt;br /&gt;Mais le garçon n’a pas l’intention de se contenter de si peu. Il bloque littéralement, d’un geste sûr qui trahit une expérience certaine, la montée de la jouissance de Domi, et sort un préservatif de la poche arrière de son flottant. Avant que mon doux amoureux romantique ne réalise complètement, il se retrouve avec une croupe puissamment musclée offerte à ses assauts. Son assaillant s’empale de lui-même sur sa virilité encapuchonnée. Deux temps, trois mouvements. Une jouissance simultanée, réciproque, mais sans âme. Sans cœur. Domi est sonné. Il a encore le flottant sur les chevilles et il se bat pour se débarrasser du capuchon récalcitrant quand son « partenaire » est déjà loin, lui faisant un signe de la main. Ils n’ont pas prononcé trois phrases. Ils n’ont pas dit une douzaine de mots. Ils n’ont même pas échangé leurs pré-noms.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne fais que l’écouter. Surtout ne rien dire. Ma main caresse ses cheveux, son visage. De temps en temps un de mes doigts force ses lèvres et il le mord. Ne rien dire. Le laisser terminer, le prendre dans mes bras et lui faire l’amour.&lt;br /&gt;Nous nous aimons. Je l’aime. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-vii-bientot-sous-le-soleil.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre VII)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-7302124854513685653?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/7302124854513685653/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=7302124854513685653' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/7302124854513685653'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/7302124854513685653'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-vi-de-la-fidelite.html' title='Chap VI  De la fidélité'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-3820088755208040381</id><published>2009-02-01T19:23:00.003+01:00</published><updated>2009-02-02T10:31:14.172+01:00</updated><title type='text'>Chap V  Un couple comme les autres</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;5&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Dominique lisait un livre couché sur le lit. « XY, de l’identité mascu-line » d’Elisabeth Badinter. Il l’a trouvé sur mes étagères de la thématique homosexualité. Depuis que nous sommes ensemble, il les dévore tous les uns après les autres. Cyril Collard succède à Jean-Louis Bory, Yves Navarre ouvre la voie à Roger Peyrefitte, Jean-Luc Henning précède Dominique Fernandez… C’est ce que j’appelle le mélange des genres. Dire que j’avais pré supposé au début qu’il ne s’intéressait qu’au sport. Ah ! Les clichés ont la vie dure avec moi ! Professeur de gymnastique dans un collège difficile, je l’ai découvert prodigieusement cultivé, amateur de littérature et de cinéma. Il me presse comme un citron pour se désaltérer de mes maigres connaissances. Il n’y a que l’informatique, qu’il m’abandonne bien volontiers. J’ai quand même pu lui faire ouvrir une boîte e-mail, et lui faire lire quelques uns de mes textes. Je ne les imprime jamais. Pas plus.&lt;br /&gt;Il s’est levé dès qu’il a entendu la porte. Il vient vers moi, avenant, souriant, paisible. Il se blottit quelques secondes dans mes bras, sa joue contre ma joue. Je prends une longue aspiration. Bonheur de rentrer chez soi et d’être attendu. Il s’écarte tout aussi vite, tout sourire dépose deux, trois baisers sur mes lèvres entrouvertes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Tu vas bien prendre quelque chose avant que l’on se couche ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais bien qu’il a envie de raconter… Je suis également impatient qu’il me parle de la réaction de ses parents ! Et puis, il commence à me connaître. Me coucher sans un dernier petit café… Quelque chose ne tournerait pas rond.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ben tiens ! Petit café, petite clope… Je ne vais pas déroger sous prétexte qu’il est tard !&lt;br /&gt;- Oh ! Toi ! … Ce sera un tour de parc de plus demain matin ! Je vais te les faire cracher, moi, tes ronds de fumée !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ris. « Allez, viens me raconter… Tu as souffert ? » Le café est prêt, au chaud. Il a dû appuyer sur le bouton en reconnaissant le moteur de la voiture. La cafetière lâche ses derniers gargouillis. Je me sers un mazagran et vais m’installer confortablement dans le canapé. Domi fait le détour par la chambre pour éteindre la lumière. Respect de la planète.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Pas deux minutes de stress ! Comme toujours, j’ai été accueilli comme l’enfant prodigue. Par eux, par Thomas. Et sa nouvelle copine…&lt;br /&gt;- Ton frère était là ? Un samedi ! Pas en train de cavaler comme d’habitude ? Dis donc, ton père peut être flatté !&lt;br /&gt;- Quand même, l’anniversaire du paternel ! Mais il avait amené sa conquête du moment ! Une petite brunette pleine de malice. Sympa la nana…&lt;br /&gt;- Bon, allez, on parlera de ton frère après. Tu as choisi quel moment pour leur parler ?&lt;br /&gt;- J’ai rien choisi du tout ! La première heure a été un vrai tourbillon ! Thomas était hyper excité, il semble super heureux, je ne l’avais jamais vu comme ça !&lt;br /&gt;- Attends… Il respire la joie de vivre ce môme ! Comment crois-tu qu’une petite boule courte sur patte avec son énorme ti-gnasse bouclée, accumule les succès féminins comme il le fait ? Par l’humour et la dérision. Il les fait toutes craquer !&lt;br /&gt;- Oui, mais là justement… Il ne parlait pas beaucoup… Il riait aux éclats ou avait la bouche occupée… Alternativement… Je ne crois pas l’avoir vu réussir les deux en même temps.&lt;br /&gt;- Domi…&lt;br /&gt;- Ben voilà... On s’est installés pour l’apéro sur la terrasse. Et mes parents ont profité d’un moment d’accalmie pour me de-mander « Et toi, parle-nous de toi ? »&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Voilà, ça a été tout simple. J’ai parlé du boulot, de l’année qui se terminait plutôt bien, que j’étais très pris par les épreuves sportives des examens, par la préparation du camp d’ados que l’allais faire en juillet, je leur ai dit pour le stage de voile début Août. Et puis, j’ai senti qu’ils attendaient… Ils n’osaient pas me presser de questions… Alors j’ai fini par « Ah ! Et puis… J’ai donné mon préavis pour le studio. J’ai décidé d’aller vivre avec Al… Enfin, je veux dire, il me l’a demandé. » Maman a poussé un cri, a tapé dans ses mains et m’a sauté au cou en disant « Je suis contente, je suis contente ! ». Voilà, c’est tout.&lt;br /&gt;- C’est tout ? pas une réaction, pas une allusion au fait que je sois beaucoup plus âgé que toi, que je suis plus près de leur âge que du tien ?&lt;br /&gt;- N’exagère pas !&lt;br /&gt;- C’est mathématique !&lt;br /&gt;- T’es lourd ! Et bien non ! Ils ont dit qu’ils s’en doutaient, enfin qu’ils l’espéraient un peu, qu’ils t’avaient beaucoup apprécié lorsque tu étais venu, Qu’ils me trouvaient plus calme et plus épanoui depuis que je te connais, mais ils n’ont fait aucune allusion à ton âge !&lt;br /&gt;- Et ton frère ?&lt;br /&gt;- Il m’a demandé si j’allais signer un PACS !&lt;br /&gt;- Sacré môme ! (Je ris) Et tu as répondu ?&lt;br /&gt;- Qu’il fallait être deux pour signer un PACS, et qu’aux dernières nouvelles tu étais toujours marié.&lt;br /&gt;- Je sens comme un regret dans ta voix ?&lt;br /&gt;- Al, nous n’en sommes pas là… Comme disait Mitterand, lais-sons le temps au temps… Mais pour répondre à ta question, oui, je crois que je t’aime assez pour en avoir envie.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m’enlève la tasse des mains, la pose sur la table basse, et viens se blottir dans mes bras. Cette grande carcasse. Ce bon mètre quatre-vingt et ses soixante dix kilos blottis dans mes bras comme un enfant sur le sein de sa mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je t’aime, Al… Tu ne peux pas savoir comme je t’aime !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’est pas du genre à se laisser aller dans la mièvrerie. Il se redresse très vite, et, de nouveau assis, avec un coup de poing sur mon épaule : « Bon, et toi, la petite famille ? ».&lt;br /&gt;Je lui narre la journée qui s’est déroulée sans surprise. J’omets l’incident avec les enfants et l’insulte « pédé ». J’ai honte devant un pédagogue. Mais l’émotion a été trop forte avec l’histoire du PACS… Je veux le charrier un peu, tourner les choses en dérision :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ah ! Et puis le mignon Nicolas est resté toute la journée… Nous avons beaucoup parlé… Il est mimi ce cochon ! Sacrément canon ! Mais je veillerai à ce que tu ne le rencontres pas… Chasse gardée…&lt;br /&gt;- Attends… Tu veux essayer de me rendre jaloux ? Raté mon vieux ! Il est bien trop hétéro celui-là !&lt;br /&gt;- Oh, tu sais… Des hétéros purs et durs, j’en ai mis plus d’un dans mon lit.&lt;br /&gt;- Tu en mettras sans doute d’autres, je te fais confiance. Mais celui-là ! Il t’a quand même beaucoup côtoyé, et longtemps, avant de séduire ta femme… Et rien. Il a fini par la choisir, elle. .Alors… Il n’a aucun goût ce mec là. Il ne connaît rien à rien !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’éclate de rire. Je n’ai pas réussi à le piéger. D’accord, la ficelle était un peu grosse. Et je suis fatigué. Je l’attire vers la chambre. Surtout que, comme tous les dimanches où nous sommes ensemble, demain matin il m’entraînera dans un footing effroyable dans le bois de Saint Eutrope. Pour cracher mes ronds de fumée.&lt;br /&gt;Il m’aime comme j’aime. Tout en douceur et en tendresse. Dans un abandon total. Sans urgence. Sans vainqueur ni vaincu. Il me dit avec son corps qu’il est à moi. Corps et âme. Et je le crois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le bois de Saint Eutrope jouxte l’hippodrome. Le dimanche matin, c’est le rendez-vous des joggeurs. Et des chercheurs de champi-gnons, à la saison. Et à certaines heures un lieu de rencontres… Bucoliques. Nous y allons tôt. En général nous ne voyons pas grand monde.&lt;br /&gt;Il a fallu que je rencontre Dominique pour me mettre à courir comme ça, comme un dératé. Je n’aime pas le jogging pour le jogging. Je n’aime pas le jogging.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais bien que le corps est un instrument comme les autres. Il doit être entretenu. Je ne sais que trop que sinon le temps se charge, à la vitesse dans «V» de le réduire en une masse informe, gros tas de gélatine et de poils grisonnants… Tiens, ce matin j’ai repéré un poil blanc dans l’élégante toison qui hésite entre mes pectoraux avant de plonger en une fine et gracieuse flèche vers mon nombril et au-delà vers ma fierté d’homme. J’ai réussi à l’arracher. Ça fait mal.&lt;br /&gt;Je sais que je n’ai plus un splendide corps d’athlète comme celui que je serrais dans mes bras à l’étouffer hier au soir. Je sais, je ne sais que trop que l’écart entre Domi et moi ne cessera de grandir si je ne prends pas garde. Il le nie avec trop de violence pour ne pas en être lui-même intimement conscient.&lt;br /&gt;Je sais que, quoi qu’en disent les intellectuels de haut vol, quelles que soient les dénégations forcenées et limite extrémistes des défenseurs du droit à la différence, être bien fait est un sésame pour une vie plus facile. Tout le monde peut bien le nier. Je sais qu’un physique agréable donne toujours un à priori favorable. Je trouve ceci injuste, certes, mais indiscutable. Je veille à ne pas me laisser piéger par ces mécanismes inconscients, par exemple en phase de recrutement. Mais je suis bien obligé aussi d’en tenir compte un minimum en pensant aux clients chez qui ce collaborateur ou cette collaboratrice va intervenir. C’est dégueulasse. Je suis bien d’accord. Mais c’est.&lt;br /&gt;Aurais-je seulement écouté Dominique sur le quai, ne l’aurais-je pas purement et simplement envoyé bouler, dans l’état où j’étais, si tous mes sens n’avaient été mis en éveil par son charme et un physique attachant ?&lt;br /&gt;Suzy aurait-elle seulement prêté attention au compagnon de son collègue, apparemment « hors course », si ma simple vue ne l’avait pas, dès le premier abord interpellée ?&lt;br /&gt;Aurais-je moi-même également été aussitôt branché, si elle avait banalement été un gentil petit tas sympathique ?&lt;br /&gt;Nicolas aurait-il si vite emporté la mise, s’il avait été un petit chauve bedonnant ?&lt;br /&gt;Dégueulasse ce que je dis. Je sais. Mais lucide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ignore donc pas que ce bel organisme, source de tant de plaisirs doit être attentivement préservé. Mais je n’aime pas le jogging.&lt;br /&gt;Tous ces mecs qui courent, le plus souvent sans élégance, sans technique, levant à peine les genoux et les talons, leur tee-shirt collé par la sueur sur un torse malingre, ou sur une poitrine qui ballotte comme celle d’une femme sans soutien-gorge, suivis par un popotin qui dodeline ou qui tremblote comme un paquet de guimauve… Même pas beaux… Oui, ok… Il nous arrive quand même de croiser des gars bien faits. Mais j’ai l’impression qu’alors ce ne sont que des paquets de muscles, tendus, figés, raidis par l’effort, obstinés, sclérosés. « Je suis beau et je le resterai, na… ». Quant aux femmes… Tiens, c’est vrai ? Etrange. En écrivant je réalise que je n’ai pas souvent vus de petits ou gros tas, avec des cylindres en guise de mollets, des cuisses qui se frottent comme les meules d’un moulin, la poitrine pendante, tirant péniblement derrière elles la masse informe qui leur sert d’arrière train. J’ai quelques vagues souvenirs d’en avoir croisées deux ou trois… De belles jeunes femmes sveltes et dynamiques, là, si ! Dans un jogging judicieusement choisi ou parfois à la belle saison vaguement protégées par un mini, mini short qui, de part les mouvements, a tendance à se replier entre des lobes fessiers bien fermes et sensuels. Un marcel bien échancré pour éviter de se charger trop vite de la sueur des aisselles, humide simplement sous les seins et dans le dos, juste ce qu’il faut pour prouver que l’effort est réel. Quand ils ne sont pas courts, les cheveux attachés en queue de cheval balancent amplement au rythme d’un trot très aérien. C’est vrai ça… J’ai l’impression que nous ne croisons que de jolies filles et des mecs imbaisables. Les intentions et objectifs ne seraient-ils pas les mêmes ?&lt;br /&gt;Je n’aime pas le jogging. Je n’aime pas les montées d’endorphine liées à des efforts prolongés. J’ai la volonté farouche de conserver la maîtrise de mon être entier. Sans drogue naturelle ou artificielle.&lt;br /&gt;Je n’aime pas le jogging. Je lui préfère la salle de musculation, où je dispose de tous les appareillages nécessaires au travail que j’ai besoin d’accomplir… J’exerce ma belle mécanique au niveau où elle a besoin d’être travaillée... Mes jambes sont plutôt pas mal, bien dessinées et fermes. Je ne m’y attarde pas. Mes activités quotidiennes leur suffisent. Mon travail devant écran laisserait mes bras s’atrophier, mon ventre s’arrondir. Je travaille mes abdos et la puissance de mes biceps. Les dorsaux ne sont pas à proprement parler utiles dans la vie courante, mais sacrément esthétiques. Je les exerce aussi. Avec un programme établi et suivi par un coach. A chacun son métier. J’en suis satisfait. Autre avantage de la salle : elle est proche de mes bureaux, et lorsque je ne suis pas en clientèle ou en repas d’affaire, je peux facilement m’offrir une séance à la pause déjeuner. Au moins deux fois par semaine. Parfois plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’aime pas le jogging. Mais il semble bien que j’aime Dominique. Je ne peux rien lui refuser.&lt;br /&gt;Et puis, je dois le reconnaître, cette balade bucolique dans cette forêt à demi sauvage, même à un rythme soutenu, est fort agréable. Nous courons l’un près de l’autre, presque à se toucher. Je sens ses efforts et son odeur. Je laisse lentement s’éveiller mon instinct animal. Quand le sentier devient trop étroit, Domi prend toujours la tête. Comme s’il m’ouvrait la voie. En éclaireur protecteur. Et dans l’effort, il est beau comme un jeune Dieu. C’est lui aussi qui définit et ajuste le rythme. C’est un professionnel, que diable ! Je fais plus que lui faire confiance. Je m’abandonne entre ses mains.&lt;br /&gt;L’esprit dégagé de toute vigilance, j’ouvre tous mes sens pour savourer le grand air et les paysages de sous-bois. Je me laisserais bien enivrer par les odeurs, mais je perds aussitôt le rythme. Ces forêts de la région parisienne sont bien loin des vastes forêts landaises de mon enfance. Peu de grands arbres. Quelques chênes noueux et centenaires, de ci, de là. Sinon, de fins bouleaux à la maigre chevelure, des châtaigniers poussés trop vite, et quelques arbustes sauvages et indisciplinés. Même en pleine frondaison, le sous-bois reste relativement clair. Au sol, en revanche, les ronces, fougères, chèvrefeuilles et autres lianes empêchent de quitter les sentiers tracés, naturellement entretenus par la foulée des joggeurs et autres promeneurs… A mi-parcours, à l’orée du bois, nous apercevons les immenses murs et bâtisses de la prison de Fleury-Mérogis. A chaque fois j’ai un frisson. Je n’aime pas cet endroit. Je n’aime pas la symbolique qu’il représente : priver un individu de liberté. Pourquoi pas le priver d’eau et d’air ? C’est insupportable. Pour qui que ce soit.&lt;br /&gt;Pas pour moi, Grand Dieu, ceci est si loin de mon univers ! A son approche, je demande toujours à Dominique de bifurquer, de penser au retour. Mais le temps imparti n’est pas écoulé. Juste un peu têtu le bonhomme. Je n’ai pas encore eu le courage de lui parler de cette ridicule phobie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous rentrons épuisés et en nage. Heureux. Il est heureux. Je suis heureux de son plaisir et d’être avec lui. Si proches. Dans les pre-miers temps, ses sens étaient émoustillés par l’effort. Il avait tout de suite envie de faire l’amour. Je n’aime pas l’odeur trop âcre de d’effort. Je n’aime pas les odeurs soutenues. J’aime la fraîcheur, la douceur d’une peau satinée. J’aime enfouir mon visage au plus profond de son intimité, et là, j’aime quand même mieux retrouver le parfum de la savonnette au miel.&lt;br /&gt;Naturellement, spontanément, nous avons trouvé notre équilibre. Nous prenons la douche ensemble dans la grande baignoire. Pen-dant qu’il fait couler le bain bien chaud et commence à s’y plonger, je réchauffe et bois un café sans lequel je ne serai plus tout à fait Al. Je le rejoins vite. Il est extatique dans son bain de mousse, le visage trempé, les yeux clos, le menton dans la mousse qui effleure ses lèvres.&lt;br /&gt;Je me glisse doucement dans l’eau, comme pour ne pas le réveiller. Mais il m’attend, ses jambes s’écartent pour me faire un peu de place, ses bras enserrent mon torse, sa bouche cherche la mienne. Il bande déjà. Nos sexes se croisent et s’entrechoquent sous l’eau, la douceur du bain moussant rend leur rencontre encore plus sensuelle. Nous restons souvent de longues, longues minutes ainsi, ne faisant plus qu’un. J’écoute sa respiration profonde, j’enfouis mon visage dans son cou où l’âcreté de la sueur se fond dans le parfum des essences exotiques du bain pour former un élixir aphrodisiaque.&lt;br /&gt;Enfin je me redresse pour libérer mes bras et pouvoir laisser mes mains inventorier chaque parcelle de ce buste dont les muscles durcis par l’effort se relâchent lentement dans le bain. J’aime ce torse aussi imberbe que le mien est velu. J’aime ces bras puissants, presque noueux, muscles en cascades, en collines et vallons mouvants et frémissants. J’aime que mes deux mains ensemble rejoignent sa poitrine si bien dessinée, que mes doigts titillent simultanément ses tétons en éveil… Puis, de ses aisselles à ses hanches étroites, mes mains redessinent le « V » gracile de son torse, en inventorient la moindre des aspérités. Je reste à genoux et le tenant fermement par la taille, je l’invite à se relever. Il se prête, oh combien, au jeu et son membre dressé et agressif vient me narguer juste sous mon nez.&lt;br /&gt;En hommage préalable, je le prends en bouche pendant que ma main gauche se repaît des ondulations de ses abdominaux et la droite pétrit à l’envie un fessier ferme et frémissant. Mes lèvres ne peuvent se contenter de si peu. Chaque millimètre de peau est léché, mordillé, vénéré. Le canal de la longue hampe est suçoté, énervé, éprouvé, jusqu’à ce que mes lèvres rencontrent les bourses et leur précieux contenu, que je prends, un par un, pour les honorer en douceur, tandis que ma main visite sensuellement le pli fessier…&lt;br /&gt;Je n’ai rien à conquérir à cette heure. Il s’offre à moi. Sans un mot, mais ne pouvant maîtriser quelques gémissements, il se tourne et se penche pour me faciliter l’accès à son intimité. Ma bouche, mes lèvres, ma langue, lui rendent les honneurs dus à une place qui se livre aussi volontiers. Ses gémissements deviennent plus profonds, plus haletants. Il m’accroche par le bras en m’invitant à me relever. « Viens… ».&lt;br /&gt;Il se donne à moi comme si sa vie en dépendait. Il s’offre, oui, mais en fait, maîtrise. Il semble subir mes assauts mais en fait guide mon plaisir. Le même éblouissement nous laisse sans souffle. Je m’effondre sur son dos, et pendant un long moment j’entends son cœur qui répond au mien. Au même rythme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir fini une toilette, prétexte initial, mais devenue encore plus indispensable, nous nous retrouvons enlacés sur le lit, dans une plénitude qui me tire les larmes des yeux. Je l’aime de plus en plus ce petit con ! Il s’est réfugié sur ma poitrine, dans la position qu’il affectionne pour s’endormir. La tête sur mon torse, son bras gauche autour de ma taille, sa jambe gauche sur ma cuisse droite. Mais il ne dort pas. Ses doigts effleurent ma peau radoucie par le bain, son genou joue par moments avec mon sexe, de temps en temps il redresse légèrement sa tête pour mordiller et tirer les poils de ma poitrine. Un long silence… « Je t’aime, Al, je t’aime ! ».&lt;br /&gt;Pour toute réponse, je passe ma main dans ses cheveux, je dépose un tendre baiser sur son front. J’ai encore du mal à les dire, ces putains de mots… « Je t’aime »… Je les ai si longtemps crus strictement réservés à Suzy ! &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-vi-de-la-fidelite.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;(Chapitre VI)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-3820088755208040381?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/3820088755208040381/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=3820088755208040381' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/3820088755208040381'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/3820088755208040381'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-v-un-couple-comme-les-autres.html' title='Chap V  Un couple comme les autres'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-2161226785433517246</id><published>2009-02-01T19:15:00.003+01:00</published><updated>2009-02-01T19:32:00.900+01:00</updated><title type='text'>Chap IV  Rencontre a la gare</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;4 &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je dois bien le reconnaître, quitter il y a un an tout ce qui avait été ma raison de vivre pendant près d’une quinzaine d’années ne m’a pas été facile. J’avais beau rouler des mécaniques et veiller à ce que, surtout, surtout, ma souffrance ne transparaisse pas et n’engendre pas pour Suzy une culpabilité que je n’aurais pas supportée, la douleur effroyable était là. Heureusement anes-thésiante.&lt;br /&gt;J’avais joué avec le feu, j’étais brûlé. Au quinzième degré.&lt;br /&gt;J’avais, avec une totale inconscience, joué avec les sentiments de Suzy. Elle avait coupé le fil trop distendu. Et re-bobiné sa pelote.&lt;br /&gt;J’avais joué avec mes sentiments. Je n’avais plus d’âme.&lt;br /&gt;J’avais cru que Suzy ne pouvait aimer que moi. Erreur préten-tieuse ! La preuve par neuf. La preuve du neuf.&lt;br /&gt;J’avais sans doute cru, sans le verbaliser, que mes enfants étaient un bouclier invincible. Je n’ai pas vu que lassés eux aussi de m’attendre, ils avaient posé les armes.&lt;br /&gt;J’avais cru que tout m’était acquis. Je n’avais plus rien.&lt;br /&gt;J’avais joué au con. J’étais un con. Seul.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains ont dû penser, d’autres ont dit, que je ne m’étais pas suffi-samment battu. Que j’avais levé le drapeau blanc trop tôt. Ceux-là n’ont pas vu les yeux de Suzy lorsqu’elle a accueilli Nicolas, ce jour où il venait me parler. Un regard qui n’était qu’à moi. Un regard que je me croyais strictement réservé. Le regard qui me faisait tout accepter, tout, depuis quinze ans. Un regard que je ne peux pas partager. Il ne m’appartient plus, je me retire. Sans bruit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup ont dit que je n’avais que ce que je méritais. Que l’on paye toujours, un jour ou l’autre, les infidélités à répétition. Que les coups de canif dans le contrat ne sont jamais sans conséquence. Que l’on n’a pas le droit de distribuer à la volée la tendresse qui n’appartient qu’à une seule personne. Qui lui revient de droit. On a dit tant de choses. Un couple hors normes dérange. Fait peur. Chacun se sent agressé dans son petit cocon douillet. J’ai toujours chassé ces murmures et grincements de porte d’un revers de main. Je n’ai jamais trompé Suzy.&lt;br /&gt;Nous nous sommes connus alors que je vivais avec Jean-Yves, mon compagnon depuis près de deux ans, et accessoirement l’un de ses collègues. Nous nous sommes aimés dès le premier regard. Et nous n’avons rien dit et rien fait pendant des mois.&lt;br /&gt;Je n’ai jamais cru à la fidélité des corps. Je ne crois qu’à la fidélité des âmes. Mes aventures hors couple n’étaient pas rares. Mais avoir une relation avec une femme, qui plus est une des collègues de mon compagnon, me semblait impensable. C’eut été une double trahison. Les relations sexuelles entre gays peuvent être, sont souvent, sans conséquence. Tu me plais, je te plais, youp là boum… Au revoir, à la prochaine. Je ne connais pas ton prénom, tu ne connais pas le mien ? Pas grave. La prochaine fois peut-être ?&lt;br /&gt;Une femme attend un minimum d’investissement personnel. Oh, bien sûr, j’ai aussi connu des aventures féminines sans engagement et sans lendemain. Les mœurs de nos jours sont quand même plus libres que du temps de nos vieux. Mais des ren-contres fortuites. Des délires de fin de « teuf ». Pas des collègues de mon mec.&lt;br /&gt;Comme je n’ai jamais mélangé sexe et travail. Mecs ou filles. Ce n’est jamais sain. Ce n’est jamais sans conséquence.&lt;br /&gt;Jean-Yves a rompu sans le savoir le nœud géorgien qui finissait par m’empêcher de respirer. Il m’a quitté sans état d’âme pour une rencontre de sauna. Qui avait un boulot plus pépère que le mien et donc plus de disponibilités.&lt;br /&gt;Suzy a voulu et su me consoler. Sa fraîcheur et sa jeunesse, elle a quand même plus de deux ans de moins que moi, auraient seules suffit à me faire oublier la brûlure du soufflet. Mais son intelligence, sa finesse, son ouverture d’esprit, sa gaieté ! Tant de qualités qui aujourd’hui encore me tordent les boyaux !&lt;br /&gt;C’est elle qui la première a parlé de mariage. A cause de ses parents tellement rigides et obtus. Je lui demandais alors si elle réalisait réellement qui j’étais. Et cette conversation dont les phrases sont à jamais gravées dans ma mémoire :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Je t’aime pour ce que tu es et non pas pour ce que je voudrais que tu sois…&lt;br /&gt;- Mais tu te rends compte de ce que j’ai vécu avant de te con-naître ?&lt;br /&gt;- Ce n’est pas ce que tu as vécu qui compte, mais ce que nous allons vivre !&lt;br /&gt;- Mais je ne pourrai jamais avoir, sur la durée, une vie de pépère ranplanplan… Tu sais ce que je pense de la fidélité des corps ?&lt;br /&gt;- Je ne veux pas être une femme possessive. Je respecterai ta vie personnelle comme tu respectes la mienne.&lt;br /&gt;- Chacun notre petit jardin secret en quelque sorte ?&lt;br /&gt;- Dans mon jardin, je ne cultiverai que des fleurs pour toi. Mais tu feras pousser ce que tu veux dans le tien.&lt;br /&gt;- Tu réalises ce que tu dis, et, quand nous aurons des en-fants ?&lt;br /&gt;- Je ne veux pas d’autre père que toi pour eux. Nous en aurons trois.&lt;br /&gt;- Heureux de l’apprendre ! Des garçons ou des filles ?&lt;br /&gt;- Idiot ! Je ne te demande qu’une chose, lorsque nous en au-rons… Promets-moi de ne jamais rester avec moi à cause d’eux, ou parce que tu auras pitié de moi. Si tu ne m’aimes plus, tu me quittes. Point.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah, elle n’avait pas encore mis de « point » au bout de ses phrases. C’est un mot qu’elle chéri particulièrement. Il n’a rien d’équivoque : « C’est à prendre ou à laisser ». Point.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je te le dis, chérie, sans vouloir y mettre aucune solennité. Je t’aime. Je ne te quitterai jamais de mon fait. Jamais. Je ne peux pas te promettre de n’être qu’à toi. Ce serait hypocrite et malhonnête. Mais mon âme est à toi. Entièrement et pour toujours. Je ne l’entrouvrirai à personne d’autre. Alors, la promesse que tu me demandes, je te la fais. Sur ce que j’ai de plus cher. Sur la tête de mes enfants à venir…&lt;br /&gt;A une condition : toi, de ton côté tu me diras si un jour je suis de trop. Honnêtement. Sincèrement.&lt;br /&gt;- Honnêtement, sincèrement, je ne crois pas que cela puisse arriver. Mais si la vie fait que… Tu le sauras. Sans aucun doute possible.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son regard. Son regard sans équivoque ce jour de Pâques l’an passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai trouvé sans grande difficulté un appartement agréable dans le centre ville. Aux « Glycines ». Une résidence originale, très proche de la gare RER, de petits immeubles de quatre étages maximum, avec de grands balcons judicieusement protégés des regards des voisins. Le seul hic, c’est que le prix de l’immobilier ne m’a permis d’acquérir qu’un deux pièces, avec cuisine américaine. Il est très spacieux, confortable, agréable, et tout et tout… Il s’avérait parfait pour moi seul. Mais…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Heureusement, le travail m’absorbait presque totalement. Ma petite affaire marche plutôt bien, mais à ce moment là je n’avais pas encore pu recruter l’ingénieur supplémentaire qui devenait indispensable. Quelques mois plus tôt, j’avais décroché un contrat inespéré. Un gros chantier avait débuté, toute une équipe développait des outils spécifiques autour d’une comptabilité. Le vieux PDG de cette moyenne entreprise voulait prendre sa retraite et s’équiper au préalable d’outils performants, pour pouvoir suivre à distance les premiers pas du fiston qui devait prendre sa suite. Je n’avais pas encore eu jusque là la charge suffisante pour recruter le consultant qui me faisait alors défaut. J’assurais donc directement la partie refonte du système d’information, j’ai même dû retravailler avec le patron certains circuits physiques des matières et produits dans deux usines. Ça et la supervision des rapports, des analyses fonctionnelles et organiques, les contacts commerciaux, les repas d’affaire, le management du personnel… Ça et quelques escapades dans des saunas, la salle de muscu, quelques courtes virées dans le Marais… Question d’hygiène.&lt;br /&gt;Rencontres d’une nuit. Rencontres d’une soirée. Rencontres d’une heure. Rencontres d’un quart d’heure. Amours éphémères. Pas d’amour du tout. Baiser. Niquer. Sauter comme une puce. Se vider les burnes. Pas aimer. Ne plus pouvoir aimer. Douter de tout et sur-tout de l’amour. Déprime ? Défonce ? Auto destruction ? Ce qui au-trefois était un jeu égoïste et sans conséquence, était devenu mi-nable. Vain. Dépravation. Sans âme. N’importe quel mec qui me prêtait attention était aussitôt pris d’assaut. Je ne faisais plus dans le détail. Je ne sélectionnais plus. J’ai fait l’amour à de braves gar-çons que je n’aurais même pas remarqués quelques mois auparavant. Plaisirs sordides parfois. Jamais violents. Je ne suis pas descendu jusque là. Déprime. Connement une déprime non maîtrisée…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon appartement me servait plutôt de base arrière, de dortoir. Il était très rare que j’invite un garçon à y dormir.&lt;br /&gt;Le petit Sylvain a eu cette faveur. Ou m’a fait cet honneur. Comme on veut. Qu’importe. Il m’avait contacté sur un site de rencontre internet. Il a l’écriture facile, un esprit vif et alerte. Ce garçon est malentendant, très handicapé malgré son appareillage, mais il s’est avéré une véritable bombe sexuelle. Nous avons passé un week-end entier de délire. Il ne parle pas, mais il a très bien su me faire comprendre ce qu’il voulait et ce qui lui plaisait… Je me sais plutôt agréable physiquement. Malgré le boulot j’entretiens scrupuleusement ce corps qui, je le sais bien, est mon passe pour l’enfer des aventures éphémères. La nature m’a plutôt bien pourvu. Mon endurance est très honorable. Cette fois là pourtant, j’ai bien cru que j’allais mettre les pouces. Le môme m’a laissé sur les rotules.&lt;br /&gt;Quelques temps plus tard lorsque j’ai revu son profil apparaître à l’écran, j’ai eu comme … ? Disons, une grosse bouffée d’envies. Je pouvais libérer la fin de semaine. Je l’ai contacté. Il était partant. Je devais passer le prendre à la gare de Corbeil, où arrive son train direct, le samedi vers seize heures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je l’attendais. Tout émoustillé. Pire qu’un collégien à son premier rendez-vous ! Le train est arrivé. Il n’était pas à l’intérieur. J’ai consulté les panneaux. Un autre arrivait de la même direction dans trois quarts d’heures. Je consultais ma messagerie. Rien. Je décidais de patienter jusqu’au train suivant.&lt;br /&gt;Les toilettes des gares sont des lieux occasionnels de rencontre. Celles des grandes gares parisiennes ont même leur renommée, et leurs histoires célèbres. « L’homme blessé » de Patrice Chéreau en a immortalisé quelques scènes qui malheureusement sont à ravaler maintenant au rang des souvenirs. Tout a été aseptisé… Les gares de banlieue ne sont guère fréquentées, mais des fois… Je vais y faire un tour. Rien. En sortant, j’observe mieux un jeune qui fait les cent pas le long du quai. Je l’ai entraperçu à aller, et il ne m’aurait pas déplu qu’il me suive !&lt;br /&gt;Il semble absorbé dans une profonde méditation. Grand, mince, un long imperméable gris, entrouvert, ceinture pendante, traîne presque jusqu’au sol Ses longs bras maigres pendent le long du corps, l’un d’eux se relevant régulièrement pour que la main re-pousse la longue mèche rebelle et bouclée qui lui tombe sur les yeux. Des yeux qu’il a en permanence baissés, comme s’il cher-chait quelque chose sur le sol. Il a un visage décomposé.&lt;br /&gt;Oh, oh ? Chagrin d’amour ? Je vais, je viens, je passe et repasse auprès de lui. Il ne me voit pas. En le croisant, je racle ma gorge, tousse. Rien. Je devrais lui adresser la parole. Je fais à nouveau demi-tour et je le frôle à presque le bousculer en retournant vers les toilettes. Rien. Je ne fais qu’entrer et sortir de l’édicule. Quand je le vois, il est presque au bout du quai, à la fin du trottoir. Cette fois je vais vers lui, bien décidé à lui adresser la parole. Il ne va pas ce môme. Il faut que je lui parle.&lt;br /&gt;Il a fait demi-tour, revient sur ses pas, et me croise de nouveau sans que je sois capable d’ouvrir la bouche…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je l’observe, rêveur, frustré, démuni. Soudain, mon sang quitte mon visage, mon corps. Non ! Ce n’est pas vrai ? Il descend sur les rails ! Et le train express qui arrive à grande vitesse ! Je me mets à courir en hurlant : « Attention ! ». Rien, je ne peux rien faire.&lt;br /&gt;Je n’ai que le temps d’entr’apercevoir sa longue silhouette couchée en travers de la voie.&lt;br /&gt;Le vacarme du train, sifflet strident bloqué à son maximum.&lt;br /&gt;Les roues bloquées dans un bruit assourdissant.&lt;br /&gt;Un éclair.&lt;br /&gt;Le train s’arrête péniblement, loin après sa sortie de la gare.&lt;br /&gt;Les gens qui crient. Qui courent dans tous les sens.&lt;br /&gt;Une femme hurle plus fort que tous les autres, les mains sur son visage. Une tête est posée, entière, là sur le quai auprès d’elle.&lt;br /&gt;Le personnel de la gare qui se précipite vers les gens les plus affolés.&lt;br /&gt;Les secours qui arrivent très vite. Ridiculement vite.&lt;br /&gt;Des employés qui se précipitent sur les voies avec des sacs pou-belles. Pour récupérer les déchets humains.&lt;br /&gt;La tête prise par la mèche rebelle. Mise dans un sac.&lt;br /&gt;La police, partout.&lt;br /&gt;Une ambulance des pompiers est montée sur le quai. On y fait entrer les gens traumatisés. Une cellule psychologique se met en place.&lt;br /&gt;Je ne veux pas.&lt;br /&gt;Je deviens fou. Non. Pas fou. Je ne suis plus. Je suis vide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis un criminel.&lt;br /&gt;Une énorme carapace de culpabilité s’abat sur moi.&lt;br /&gt;Ma lâcheté et mes blocages psychologiques m’ont empêché de parler à ce garçon. C’est sûr. Si je lui avais adressé la parole il aurait laissé passer le train. Mais j’ai toujours du mal à engager la conversation.&lt;br /&gt;Il faut que l’on me regarde, que j’ai l’air de susciter un intérêt. Alors, alors oui, je peux devenir enjoué, bavard, effroyablement saoulant même.&lt;br /&gt;Mais si l’on ne me voit pas,&lt;br /&gt;je n’existe pas,&lt;br /&gt;donc je ne suis pas,&lt;br /&gt;donc je ne vis pas.&lt;br /&gt;Je me tais.&lt;br /&gt;Je suis criminel.&lt;br /&gt;Pendant une demi-heure, j’ai vu un mec baisable. Je n’ai pas vu le désespoir.&lt;br /&gt;Je suis responsable de sa mort.&lt;br /&gt;Je suis brutalement assailli par tout. Suzy. Les enfants. Notre famille éclatée. Ma dépravation. Mon égoïsme. Mon incapacité à tendre la main. Jusqu’à mort d’homme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me dirige vers la sortie. Vers le camion des pompiers ? Non, je ne veux pas.&lt;br /&gt;Je bifurque et m’engage dans l’escalier du souterrain. Je vais vers le troisième quai. Celui où passent les trains de marchandises qui ne s’arrêtent pas.&lt;br /&gt;Je suis décidé. Juste un saut. Un petit saut, et puis plus rien. Enfin le vide. Enfin le silence. Un train arrive. Il roule au pas. Tout le trafic est perturbé.&lt;br /&gt;J’attends. La circulation va bien reprendre. Il faut que le convoi roule vite. S’il était capable de s’arrêter à temps, je serais ridicule. S’il s’arrêtait presque à temps, je pourrais seulement être blessé. Gravement. Mais en vie. S’il ne s’arrêtait pas tout à fait à temps, je pourrais souffrir, effroyablement. L’idée des lourdes roues de fonte pénétrant lentement dans mes chairs me fait frissonner.&lt;br /&gt;J’attends. Mon regard est hypnotisé par le brillant des rails. Je fris-sonne. De froid cette fois. Je l’avais oublié. Nous sommes fin no-vembre. Ici, sans la protection du bâtiment principal de la gare, le vent est glacial. Je tremble, mais reste figé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sens des mains se poser sur mes épaules. Et cette voix…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Vous n’y êtes pour rien... J’ai tout vu. Ce n’est pas de votre faute.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me retourne. Un garçon qui doit être très beau me fait face, avec un sourire triste. Je dis qu’il doit être beau parce que là, dans l’instant, ses yeux lui mangent la moitié du visage. Ses traits sont tirés. Il est blême. Il s’efforce à sourire de nouveau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- J’ai tout vu. J’étais assis, là-bas, sur le banc. C’est vous que je regardais. Depuis votre arrivée. Je me demandais si vous alliez lui parler, partir ensemble… Vous êtes passé six, huit fois devant moi. Vous ne m’avez pas vu. Vous ne m’avez même pas regardé. Moi aussi, j’aurais dû comprendre et intervenir. Je suis sensé comprendre et aider les jeunes dans mon métier. Mais je ne voyais que vous. Moi aussi c’est de ma faute…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’essaye d’atterrir, de me poser. J’ordonne à ma tête de cesser de bourdonner. J’oblige mes sentiments à rentrer sous le boisseau. Je m’intime l’ordre d’être objectif. La vie vient de me toucher l’épaule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Merci…&lt;br /&gt;- … … (Sourire. Masque ? Douceur infinie...)&lt;br /&gt;- … … (Je reste figé. Tétanisé.)&lt;br /&gt;- Venez. Nous avons tous les deux besoin d’un petit remontant. Il y a des cafés sur la place de la gare.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous marchons de concert. Je jette de petits coups d’œil en biais pour le regarder. Pour le découvrir. Je me surprends à penser « belle pièce ». La culpabilité manque de m’étouffer. « Ah ! Non ! Pas maintenant ! Je suis donc incorrigible ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Je me prénomme Albert. Al, pour les intimes…&lt;br /&gt;- Moi, c’est Domi. Ou Dominique, comme vous préférez.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Domi ne m’a plus quitté. Rencontre romantique, s’il se peut. Quand je veux le taquiner, je lui dis que je l’ai rencontré dans un roman de gare. Et quand je veux faire semblant d’être fâché, je précise : un roman de gare à quat’ sous !… &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#000066;"&gt;&lt;em&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-v-un-couple-comme-les-autres.html"&gt;(Chapitre V)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-2161226785433517246?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/2161226785433517246/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=2161226785433517246' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2161226785433517246'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2161226785433517246'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-iv-rencontre-la-gare.html' title='Chap IV  Rencontre a la gare'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-2017985227203467980</id><published>2009-02-01T19:04:00.003+01:00</published><updated>2009-02-01T19:23:47.835+01:00</updated><title type='text'>Chap III  Les enfants</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;3 &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les enfants ont dévalé les escaliers en hurlant et en se cha-maillant, et ils se sont jetés sur le fauteuil, et moi, par la même occasion… Tous les trois enserrant simultanément mon cou de leurs bras potelés, j’ai cru un instant que je n’allais pas y survivre… Une voix exsangue s’est échappée de ma gorge martyrisée :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Au secours ! J’étouffe ! Je me meurs !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aime leur joie et leurs éclats de rire en réponse à la plaisanterie attendue. Le rituel est incontournable, comme lorsque étant petits, après avoir écouté pour la énième fois l’histoire qu’ils connaissaient par cœur, ils me disaient : « Vas-y Papa, raconte-la encore ! ». Et ils n’ont desserré l’étreinte que pour couvrir mon visage de bisous, chacun ne voulant pas être en reste. Je nageais dans un bonheur rococo. Bien qu’ils me téléphonent presque chaque jour, parfois plusieurs fois par jour, ils me manquent sans doute plus que je ne veux bien le reconnaître ! Les serrer là, dans mes bras…&lt;br /&gt;Nadège, s’est relevée la première. Les bras croisés sous sa poitrine naissante, les sourcils froncés, la grande observe ses petits frères avec la moue d’une mère regardant ses rejetons batifoler. Elle est trop. Pas encore douze ans, et elle voudrait déjà être une petite femme ! Pourtant, ses frères ont seulement dix huit mois de moins. Nous avions décidé avec Suzy de ne pas perdre de temps. Nous voulions profiter tout de suite de nos enfants, et que eux aient à l’adolescence des parents encore jeunes. Suzy et moi étions passablement marqués par le fait d’avoir eu des parents âgés. Trop âgés. En plus, la nature s’était montrée complice : après Nadège, ce sont deux petits gars qui sont arrivés ensemble. De vrais jumeaux.&lt;br /&gt;Bonheur total.&lt;br /&gt;Les petits s’étant enfin apaisés, Nadège est venue s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil, m’a repassé un bras sur les épaules, et a posé sa tête sur la mienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Papa, pourquoi Domi il est pas venu ?&lt;br /&gt;- Lui aussi avait, de son côté, une réunion de famille. Son papa à lui fête son anniversaire.&lt;br /&gt;- Il a quel âge ?&lt;br /&gt;- Heu… Quarante-six, quarante sept ans je pense… Oui, dans ces eaux là… Ils étaient très jeunes quand Dominique est arrivé. Mais c’est idiot ma chérie, je ne sais pas exactement. Je n’ai même pas posé la question. Moi !&lt;br /&gt;- C’est vieux ! Oh… Non… Papé il est plus vieux, lui.&lt;br /&gt;- Beaucoup plus ! A la fin de l’été nous fêterons les soixante-quinze ans de Papé et Mamé !&lt;br /&gt;- Pourquoi ils sont si vieux ?&lt;br /&gt;- Parce qu’ils sont nés il y a longtemps !&lt;br /&gt;- Idiot !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s’est redressée, et en riant donne des coups de poings dans mon épaule. Les garçons, eux, sont déjà partis vers autre chose. La généalogie, ce n’est pas trop leur truc. Ils préfèrent s’installer avec leurs joysticks devant la télé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Allez, dis-moi…&lt;br /&gt;- Tu le sais ma puce. Papé a longtemps travaillé à l’étranger, dans les pétroles, et il n’a épousé Mamé que très tard. Alors Maman est également arrivée tard, et c’est pour ça qu’ils n’ont pas eu d’autre enfant. Et pour ça aussi que tu as des grands parents très âgés. Enfin… Agés…&lt;br /&gt;- Mais Domi, il va revenir ici ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut suivre. On croit qu’ils ont abandonné la piste et sont partis vers autre chose, mais non, mais non !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mais bien sûr mon ange que Domi va revenir. Il viendra avec moi la prochaine fois, promis. Mais dis donc, j’ai l’impression que tu aurais préféré le voir lui, plutôt que moi.&lt;br /&gt;- Mais non ! Mais je l’aime bien tu sais… Il est gentil…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà. Encore piégé ! Je m’attendais à un nouvel « Idiot ! » et un éclat de rire, et elle accepte ma remarque avec beaucoup de sérieux. Ça ne lui semble pas idiot d’envisager qu’elle préfère l’un à l’autre.&lt;br /&gt;Et les deux loupiots, qui semblent absorbés par leur jeu de foot sur écran. Tu parles… Cyril s’est retourné vers nous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Oui, il est gentil Domi ! Moi aussi je veux le revoir !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est vrai que c’est assez neuf pour eux tout ça. Je ne connais Dominique que depuis un peu plus de six mois. Il est venu très vite ici. Je voulais que mes enfants le connaissent. Et que les choses soient claires dans leur tête : « Papa a un copain ». Suzy et moi n’étions pas très inquiets. Nous les avons élevés dans le respect du droit à la différence. A toutes les différences. Ils ont su très tôt que deux hommes ou deux femmes peuvent s’aimer et former un couple. Et que leur Papa avait aimé un autre monsieur avant de connaître Maman. Mais du concept à la réalité… Voir leur Papa tenir un autre homme par le cou, lui caresser la joue…&lt;br /&gt;Il n’y avait eu aucune difficulté. Aucune réticence. Les adultes autour d’eux ne semblaient y voir aucun inconvénient. Pourquoi, eux, réagiraient-ils différemment ?&lt;br /&gt;Et Domi est tellement gentil…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suzy est redescendue de l’étage, après avoir probablement remis la salle de bain en état. C’est que, après le passage des trois tourbillons…&lt;br /&gt;Elle prépare les amuse-gueules. Souriante, elle m’apostrophe :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- La prochaine fois, tu viendras un peu plus tôt, et c’est toi qui leur donneras le bain… C’est dommage que tu n’aies plus ce plaisir… Avec le rangement qui suit, bien sûr…&lt;br /&gt;- Tu ne crois pas qu’ils commencent à être un peu grands pour que tu leur fasses tout et que tu passes derrière eux ? Les ju-meaux vont avoir dix ans, non ?&lt;br /&gt;- Oh lala ! Mais je ne peux plus plaisanter, c’est pas vrai ! Mais tu crois que je passe derrière eux tous les jours ? Aujourd’hui, alors qu’ils avaient entendu que tu étais arrivé, j’aurais eu du mal à les faire ranger, tu ne crois pas ?&lt;br /&gt;- Amène l’apéro, tiens, au lieu de dire des bêtises. On dirait un vieux couple qui se chamaille ! Nadège, donne un coup de main à ta mère, tu veux bien ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;J’ai un petit sourire en coin en me voyant me comporter de façon aussi machiste. Lorsque nous étions ensembles, je n’aurais pas supporté de rester ainsi, assis, à attendre que l’on me serve. Suzy non plus d’ailleurs. Mais c’est vrai que je ne suis qu’un invité. Je ne suis plus chez moi. Nicolas me tient compagnie. Sans en faire davantage. Peut-être n’est-il pas encore tout à fait chez lui ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le repas est simple et excellent. Comme d’habitude. Suzy a préparé la poule au pot de mon enfance. Un autre petit clin d’œil. Et elle réussit la sauce poulette aussi bien que ma mère. Ce n’est pas un mince compliment. Je les soupçonne d’ailleurs d’échanger toutes les deux leurs petits secrets. Oui, elles se voient toujours. Suzy aime beaucoup mes parents. Elevée dans la rigidité la plus triste, sous un régime quasiment paramilitaire, elle avait été bouleversée la première fois que je l’avais amenée à la maison à Mimizan. Maman l’avait prise discrètement à part. « Je ne sais pas exactement où vous en êtes avec Al, alors, j’ai fait le grand lit et les lits jumeaux de la petite chambre. Vous vous organisez comme vous voulez… ».La gorge nouée, Suzy n’avait su que répondre. Dans le même temps, ses parents continuaient à me présenter aux visiteurs de passage comme « un copain à Suzy… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suzy va régulièrement voir Papa dans sa maison de retraite où la maladie d’Alzheimer l’a enfermé. Pas un mois sans qu’elle ne lui rende visite, avec Maman ou seule. Elle y va plus souvent que moi. Ceci expliquant peut-être cela.&lt;br /&gt;Lorsque les premiers symptômes de la maladie ont inquiété Maman, je les ai fait venir ici, à Evry. Je voulais que Papa rencontre les plus grands spécialistes de la place de Paris. Et le verdict est tombé. Diagnostic sans appel. Et pas grand-chose à faire. Quand je pense aux progrès phénoménaux de la thérapie ces dernières années ! Mais c’était il y a dix ans. Un peu plus même, Suzy attendait les garçons.&lt;br /&gt;Maman n’a pas voulu retourner seule au fin fond des Landes avec Papa malade. Ma sœur vit comme moi en région Parisienne. Je voulais qu’ils soient près de nous, mais pas trop. Maman elle-même disait d’ailleurs : « Ce n’est pas bon que les jeunes et les vieux vivent trop rapprochés. Ils n’ont pas la même façon d’appréhender la vie. »&lt;br /&gt;Nous avons alors pensé aux cousins de Papa qui tiennent une boulangerie dans Orléans. Sensiblement plus jeunes que mes parents, mais les deux couples s’entendent bien. Les prix plus raisonnables de l’immobilier, à cent kilomètres de Paris, ont précipité la décision. Nous avons trouvé un appartement adorable en rez-de-chaussée, avec petit jardin privatif. L’idéal.&lt;br /&gt;Nous n’avions pas pensé que la perte de repères accélèrerait l’aggravation de l’état de mon père. Dix huit mois plus tard nous avons dû l’hospitaliser. Il se mettait en danger. Partait seul dans cette ville qu’il ne connaissait pas, ou en voulant aider ma mère, ouvrait le gaz sans l’allumer.&lt;br /&gt;Il est dans une très bonne maison spécialisée. Il est bien. Mais nous ne savons pas combien de temps nous pourrons tenir financièrement. Je serais, nous serions tristes d’être obligés de vendre la maison de Mimizan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous venons de fêter les soixante-seize ans de Maman… Je réalise… Elle avait l’âge que j’ai maintenant lorsqu’elle m’a eu… Je n’aurai plus jamais d’enfant quoi qu’il advienne... Nicolas a trente trois ans et Suzy trente cinq. Il faut qu’ils se dépêchent s’ils en veulent un à eux.&lt;br /&gt;Je regarde Nicolas. Il est béatement souriant. Soulagé que la journée se passe aussi bien. Il range le lave-vaisselle pendant que Suzy prépare le café. J’avais tord tout à l’heure. Il semble bien avoir pris ses marques.&lt;br /&gt;Les enfants ont quitté la table et jouent dans le jardin. De temps en temps, l’un d’eux entrouvre la porte pour me faire part d’une information de la plus haute importance : « C’est moi qui ai aidé Nico à tondre la pelouse hier… » ; « La chienne de la voisine va bientôt avoir des petits ! » ; « T’as vu, le saule, il a bien pris maintenant ! ». Le saule… Ah, ces souvenirs qui m’assaillent ou me chatouillent selon les moments ! J’avais eu beaucoup de mal à faire prendre un bout de branche récupéré au cours d’une promenade. Autour, j’avais fait une large cuvette que je veillais à maintenir en permanence en eau. Revenant d’un déplacement professionnel de trois jours, je demandais à Suzy :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Tu as pensé à arroser le saule ?&lt;br /&gt;- Le sol ? Pourquoi voulais-tu que j’arrose le sol ?&lt;br /&gt;- Non, pas le sol, le sau-le !&lt;br /&gt;- Ah ! Le saûle ! Mais oui, je lui ai donné de l’eau !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Combien de fois ai-je été charrié pour mon accent du sud-ouest que je m’enorgueillis de conserver, plus de dix-huit ans après avoir quitté le pays. Tous les amis ont depuis eu droit à l’anecdote du sol-saule… Suzy apporte le café.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Oui, tu as vu comme il est beau le sôôôle ?&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me disais aussi…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les garçons se chamaillent dans le jardin… S’ils ne le font pas à cet âge là !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- C’est pas vrai ! C’est moi qui l’ai vu le premier !&lt;br /&gt;- C’est pas vrai ! T’es qu’un menteur ! Redonne-le !&lt;br /&gt;- Sale menteur ! Voleur ! Rend me le !&lt;br /&gt;- AAAAArrrch…(cri indéfinissable !) T’es qu’un sale pédé !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon sang ne fait qu’un tour. Je ne prends pas le temps de réfléchir. Je me précipite dans le jardin et les admoneste sévère-ment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ah ! Non ! Pas ça les garçons ! Pas de ça ici, dans cette mai-son ! A l’école, c’est peut-être un langage que vous employez, mais pas ici !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Je suis blême. Je n’ai pas fini de hurler que je réalise que je suis en train de faire une bourde monumentale. Je sens la honte m’envahir. Mais je reste droit comme un i en retournant me poser dans le fauteuil.&lt;br /&gt;Suzy vient s’asseoir sur l’accoudoir, comme Nadège tout à l’heure. Je la devance :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- J’ai fait le con ! Encore une fois j’ai fait le con ! Putain d’orgueil !&lt;br /&gt;- Disons que tu es en train d’oublier que tu as été enfant toi aussi… Ce sont des enfants, Al ! De petits enfants. Même si les premiers signes de la puberté apparaissent chez Nadège, ce ne sont encore que des bébés…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je le sais bien. Je le sais bien ! Nous n’avons pas à engager la dis-cussion. Les jumeaux rentrent, penauds, suivis de leur soeur. Ils se jettent dans mes bras en pleurant. « Pardon, Papa, pardon… » Je dois affronter mes démons. Ne pas les leur refiler en douce.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Non, mes chéris, non. Vous n’avez pas à vous excuser. C’est moi qui me suis comporté comme un imbécile. Nous en parlions avec votre mère. Moi aussi à votre âge j’ai utilisé toutes les insultes de la terre, y compris celle-là… Pour vous c’est comme si vous disiez « Trou du cul ! » (Ils rient). On dit parfois des choses que l’on ne pense pas…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Je me redresse, les fais me regarder dans les yeux, abandonne mon air contrit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mais après tout, j’ai peut-être eu raison. C’est important que vous sachiez que des paroles peuvent faire très mal… Beau-coup plus mal que ce que l’on pense…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ils se blottissent de nouveau dans mes bras, sans un mot. Oh ! Pas longtemps ! Cinq minutes après ils cavalent de nouveau dans le jardin. Nadège reste. Très sérieuse, sombre même, elle s’est assise sur le canapé. Elle veut assister à la discussion, s’il y en a une.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant le repas nous parlons des vacances. Finalement, Nico a un « trou » entre deux festivals à la fin Juillet. Suzy aimerait passer cette semaine au bord de la mer avec les enfants et son compagnon. Aline et Olivier pourraient se joindre à eux. Elle me demande si j’accepterais de leur prêter la maison de Mimizan. Si elle est libre. Quelle question ! Ma sœur n’y va que les quinze premiers jours de vacances avec ses petits enfants. Tradition bien établie. Une idée en entraînant une autre, je leur propose de faire la jonction avec nous. Je dois prendre quelques congés début Août. C’est la période où, la plupart de mes clients ayant fermé boutique, je puis m’absenter sans trop de difficulté. Domi a un stage de voile la première semaine d’Août. Il pourra me rejoindre après. Les enfants resteront avec nous pendant notre séjour. Je me doutais bien que cette organisation emballerait tout le monde ! Les enfants exultent. Marché conclu.&lt;br /&gt;La journée est trop belle pour rester enfermés. Nous prenons les voitures pour aller sur le bord de Seine. Suzy et Nicolas se promènent en amoureux. Les enfants m’entourent et veulent tous me donner la main. J’aurais dû être un Shiva Nataraja… Ou ne procréer que deux rejetons !&lt;br /&gt;Lorsque, après quelques petits grincements de dents, les enfants sont finalement couchés, nous parlons longuement tous les trois. Préciser l’organisation des vacances, apprendre aussi, tout simple-ment, à nous connaître. C’est peu dire que je connais bien les deux personnages qui me font face ! Pourtant, je dois tout découvrir chez ce nouveau couple. Suzy semble vraiment très heureuse. Bateau de dire qu’elle a rajeuni. Pourtant. Il y a des rides que je ne vois plus.&lt;br /&gt;Nico a un humour décapant. Où est passé le garçon mal dans ses baskets de l’été dernier ? Bien loin et oubliée, l’ancienne compagne volage ! Il égrène les anecdotes, parfois croustillantes, glanées sur les plateaux des salles de spectacle… Souvent, Suzy a du mal à s’empêcher de rire aux éclats… « Chut… Les enfants dorment… » Qu’elle est heureuse ! Un petit pincement au cœur. Juste un petit… Je suis grand et fort ! La page est tournée… Tournée… Au secours monsieur Coué !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque je rentre chez moi, la nuit est bien avancée. Domi doit m’attendre depuis un bon moment déjà. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-iv-rencontre-la-gare.html"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;(Chapitre IV)&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3846911233206521178-2017985227203467980?l=al-romandegare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://al-romandegare.blogspot.com/feeds/2017985227203467980/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3846911233206521178&amp;postID=2017985227203467980' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2017985227203467980'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3846911233206521178/posts/default/2017985227203467980'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://al-romandegare.blogspot.com/2009/02/chap-iii-les-enfants.html' title='Chap III  Les enfants'/><author><name>Boby</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17979161425471355769</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='21' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_opGkAfjIFR0/SYRn6DgzN0I/AAAAAAAAACg/LUz_SxTETnk/S220/Robert071227pt.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3846911233206521178.post-7818450934530133127</id><published>2009-01-31T18:56:00.003+01:00</published><updated>2009-02-01T19:14:30.202+01:00</updated><title type='text'>Chap II   Retour dans la famille</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;2&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je dois sourire un peu bêtement. Je suis bien là, assis dans ce fau-teuil confortable, que j’affectionnais particulièrement. Suzy me fait face, sur le canapé, souriante elle aussi. Elle est splendide. L’amour lui réussit. D’un ample et harmonieux mouvement de tête elle rejette ses longs cheveux derrière ses épaules.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- C’est vraiment dommage que Domi n’ait pas pu venir avec toi. Les enfants l’aiment beaucoup tu sais. Mais c’est bien décidé, vous vous installez ensemble ?&lt;br /&gt;- Oui, oui… J’avais oublié que c’est l’anniversaire de son père aujourd’hui, sinon, je t’aurais proposé une autre date. Et il compte leur annoncer, pour nous, au cours de cette journée.&lt;br /&gt;- Tu vas garder cet appartement ?&lt;br /&gt;- On ne sait pas encore. Lorsque je l’ai pris quand nous nous sommes séparés, je pensais qu’il serait largement suffisant pour un début… Je ne pouvais pas imaginer que les choses iraient aussi vite ! Il manque une pièce. Le bureau et l’ordi sont dans la chambre, avec mes horaires décalés, c’est gênant pour moi de travailler quand Domi cherche à s’endormir…&lt;br /&gt;- Vous pourriez l’installer dans la pièce à vivre…&lt;br /&gt;- Avec la cuisine américaine je n’y tiens pas trop. Les vapeurs de cuisine ne sont pas très compatibles avec le matériel électronique !&lt;br /&gt;- Exact… Bah ! Vous allez bien trouver une solution !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout en parlant, je me suis de plus en plus penché vers elle, parlant tout doucement, comme si nous nous faisions des con-fidences. Je suis bien là. C’est dingue que je sois aussi bien. Comme si je n’étais jamais parti…&lt;br /&gt;Nicolas, qui était debout derrière le canapé, ses avant-bras appuyés sur le dossier s’est redressé. Très naturellement, il a posé sa main droite sur l’épaule de Suzy, avec un adorable petit air protecteur… Je regarde la scène et souris plus franchement. Mon ex femme lit aussitôt dans mes pensées. Elle pose sa main gauche sur celle de Nico après l’avoir gentiment tapotée. J’adore ces non-dits… D’un geste, « Mais oui mon chéri c’est toi le plus beau, le bien-aimé », et « Hé ! Oui, mon pauvre Al, ne l’oublie pas, tu es hors-jeu, ce n’est plus toi que j’aime »…&lt;br /&gt;Je me redresse et me cale de nouveau dans le fauteuil quand les enfants appellent :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;- Maman, on a fini, tu viens ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;Suzy, comme toujours, réagit promptement. Avec vivacité elle zig-zague entre les fauteuils et la table basse, pirouette pour le plaisir de sentir flotter sa jupe longue autour de sa taille si fine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- J’arrive mes chéris !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, oui, Suzy, j’ai vu que tu avais mis une jupe aujourd’hui. Petit clin d’œil nostalgique ? Bah ! Voilà que je ramène tout à moi. Nico aussi, peut-être, aime bien la voir en jupe ! En tout les cas, voici une belle opportunité pour échanger quelques mots avec ce charmant jeune homme qui semble quelque peu mal à l’aise dans la situation présente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Alors Nicolas, mes enfants ne t’en font pas trop voir ?&lt;br /&gt;- Non, pas du tout ! Ils sont vraiment adorables, et en plus Suzy s’occupe de presque tout.&lt;br /&gt;- Allez, profitons de ce petit moment de tête à tête. Tu ne me sembles pas très à l’aise aujourd’hui ?&lt;br /&gt;- Oh ! Vous êtes très gentils tous les deux… Mais la situation est particulière, reconnais-le… C’est la première fois que tu reviens ici alors que j’y suis.&lt;br /&gt;- Question de hasard. Avec ton job, tu es souvent absent quand moi je suis libre. Je suis content que ça se passe comme ça aujourd’hui. Ben, quoi ? Tu nous connais bien tous les deux, non ?&lt;br /&gt;- C’est une pique ?&lt;br /&gt;- Mais arrête d’être sur la défensive ! Je te l’ai dit il y a un an, quand tu es venu m’affronter pour m’annoncer votre amour. Je n’ai aucune raison de t’en vouloir. Aujourd’hui même, je peux dire que je te dois beaucoup, dont mon bonheur actuel !&lt;br /&gt;- Ouais, mais l’ami qui pique la femme de l’autre, c’est assez boulevard. Ça doit jaser sec dans les chaumières aujourd’hui, après qu’ils t’aient vu arriver !&lt;br /&gt;- Ne t’occupe pas des autres. D’ailleurs, tu n’étais pas à proprement parler mon ami. C’est ton frère qui est mon collègue et ami. Même si je t’aime bien aussi, j’entends ! Rends Suzy heureuse, c’est tout ce que je te demande.&lt;br /&gt;- N’empêche que c’est zarbi cette situation…&lt;br /&gt;- Elle était également spéciale avant. Tu le sais bien.&lt;br /&gt;- J’ai parfois l’impression de m’être attaqué à une partition trop difficile à jouer pour moi…&lt;br /&gt;- Allons… Ne joue pas… le modeste !&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je le regarde un moment en silence. C’est vrai que nous ne lui avons pas fait un cadeau facile à ce type. Un môme, presque. Il a quoi ? Cinq ans de moins que moi. Ça compte, dans cette tranche d’âge. Il n’y a pas si longtemps, il faisait partie de ces jeunes de moins de trente ans. Dans pas plus longtemps, j’entrerai dans le lot des quadras. Bouffée d’angoisse. « Le bel âge » pour les hommes qu’ils disent… Engagez-vous, rengagez-vous dans la Marine Marchande… Tu parles !&lt;br /&gt;Il a eu un sacré cran, le môme. Ce ne devait pas être si facile que ça de tomber amoureux d’une femme mariée, avec trois gosses.&lt;br /&gt;Il a bien manœuvré, c’est sûr. Il a pris son temps. Toujours là quand on avait besoin de lui. Il ne demandait rien. Il ne cherchait même pas à jouer de son physique. Il aurait pu… Comment ça, ça aurait été prendre le risque de plaire au mari avant la femme ? C’est vrai. Il me plaisait un peu. Enfin, assez… Mais son frère m’avait vite mis au parfum. Pas pour moi le rugbyman ! Il avait raison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aime beaucoup Olivier. C’était l’un de mes plus proches collaborateurs lorsque je dirigeais la société d’ingénierie. Quand j’ai démissionné pour me mettre à mon compte, il a naturellement pris ma suite. Et nous avons été encore plus proches. Il n’était pas rare qu’il m’appelle pour me demander mon avis, comment j’aurais réagit face à tel ou tel problème. Nous déjeunions souvent ensemble. C’est à ce moment là que je lui ai confié la réalité de ce que j’étais et de ce que je vivais. Du merveilleux niveau de confiance qui nous unissait, Suzy et moi. Nous sommes devenus de plus en plus intimes. Le fait qu’il n’était pas du tout mon genre d’homme a sans doute facilité le développement de notre amitié. Nos couples se sont vus de plus en plus souvent. Nos femmes ont étonnamment sympathisé à leur tour. Je dis étonnamment, parce qu’entre mon intello enseignante et militante d’épouse et son artiste faussement futile, nous avions eu quelques craintes, avant leur rencontre. Mais Aline est tellement subtile et sensible, et beaucoup plus fine psychologue que je ne l’avais perçu dans un premier temps. Après m’avoir demandé mon accord, « ce sera tellement plus simple ! », il lui avait révélé la réalité de mon vécu. J’avais été surpris et quelque peu suspicieux quand elle lui avait alors dit : « Je m’en doutais ».&lt;br /&gt;Et puis je n’avais pas percuté sur le fait que Suzy adorait la musique. Alors la rencontre avec une violoncelliste professionnelle était devenue une évidence. Il avait suffit d’assister à l’un des concerts de son orchestre. Elles étaient devenues inséparables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est au cours de vacances prises en commun chez moi, à Mi-mizan, un petit village de la côte landaise, que son jeune frère Nicolas s’était joint à nous. Il avait le moral à zéro après la rupture mouvementée et douloureuse d’avec sa jeune compagne. Ils étaient ensemble depuis, je crois, plus de trois ans. Une lamentable histoire de coucherie. Sordide même. Bref. Comme quoi un super beau mec n’est pas à l’abri de cornes !&lt;br /&gt;J’ai voulu dédramatiser la situation en lui montrant que tout n’est pas toujours rose et idyllique dans un couple. Je lui ai parlé de moi. Je me suis longuement confié, lui ai dit ma profonde admiration pour ma femme qui affrontait cet état de fait avec la volonté farouche de construire notre bonheur, envers et contre tout. « Je t’aime pour ce que tu es, et non pas pour ce que je voudrais que tu sois… ». Cette phrase d’elle que je lui citais l’a profondément troublé. Et j’étais troublé de le voir autant troublé. C’est à ce moment là qu’Olivier avait cru bon de me mettre en garde :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ne te prends pas à rêver, Al. Je connais mon frangin, il ne va pas virer sa cuti sur un quelconque chagrin, aussi violent soit-il ! C’est un pur, un dur ! J’en suis sûr, il va très vite rebondir… Prends-le pour ami, n’en espère pas autre chose. S’il te plait.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’entendais et écoutais Olivier. D’autant que c’était bien la première fois qu’il me disait autant de choses personnelles en aussi peu de temps. Je mesurais son émoi. Et prenais conscience de ma rêverie ridicule.&lt;br /&gt;Je m’attachais donc à n’être que le deuxième grand frère. Quelques jours plus tard, une nouvelle longue et intime conversation nous absorbait. J’aurais pu me méfier. Ou, plus justement, me montrer davantage clairvoyant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Il y a un truc qui me gêne, Al, dans tout ce que tu me dis…&lt;br /&gt;- Vas-y, je t’écoute ?&lt;br /&gt;- Tu parles de couple libéré. Du besoin de l’un comme de l’autre d’avoir un « jardin secret ». Du respect de la vie privée et intime de chacun des deux. De confiance, et du fait qu’il n’y a de tromperie que dans le mensonge. Que l’amour a besoin de sexe, mais que le sexe n’implique pas obligatoirement l’amour… C’est ça ?&lt;br /&gt;- Oui, je confirme. Je dis bien l’Amour avec un grand « A »… La difficulté vient, entre autre, que dans notre parler courant, baiser et aimer utilisent la même expression : « Faire l’amour »…. Mais je dis parfois que l’on ne fait pas l’amour. On le vit. Sinon, on « baise », on « nique », on « se vide les burnes »… Ou toute autre expression que tu veux.&lt;br /&gt;- Ok… Et tu dis que toi, tu ne fais que baiser, que tu n’as jamais aimé, je dis bien, aimé, l’un de tes partenaires ?&lt;br /&gt;- Pas depuis que je suis avec Suzy, non. Je n’ai jamais laissé l’amour s’installer. Parce que je ne crois pas vraiment au coup de foudre, tu sais. L’Amour, ça se construit. Et je n’ai jamais accepté de dépasser la pose de la première pierre.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous étions confortablement installés un peu à l’écart sur la dune, profitant béatement du soleil. Un peu plus bas, les deux femmes se font des confidences et rient aux éclats. Elles sont à plat ventre, le soutien-gorge détaché, pour faciliter le bronzage. Dans les vagues, Olivier joue avec les enfants. Il fait penser à un animateur, avec les cinq qui piaillent autour de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Ok, ok… J’ai bien compris… Et tu penses qu’aucun de tes partenaires n’a, lui, été amoureux de toi… Amoureux, vraiment mordu, quoi !&lt;br /&gt;- Ça…&lt;br /&gt;- Ça… Je réponds pour toi, Al… Ça, tu t’en fous. C’est son pro-blème au mec n’est-ce pas ? Il peut crever la gueule dans le ruisseau le mec ! Du moment que toi tu as pu prendre ton pied ! Egoïste, Al, tu es un putain d’égoïste !&lt;br /&gt;- Hé, tu ne vas pas m’engueuler, non ? Ouais, je sais, Nico. Ce n’est pas la première fois que je rencontre ce genre de raisonnement ! Un bon copain, un jour, m’a même violemment accusé d’avoir fait souffrir des dizaines et des dizaines de gugusses. Parce que c’était de ma faute aussi de plaire assez facilement ! Putain, Nico, toi aussi, avec ta belle petite gueule et ton splendide corps d’athlète, tu as dû en faire souffrir des dizaines et des dizaines de petites nanas. Et quelques femmes mariées, aussi, sans doute… Et peut-être bien également quelques mecs… Et tu serais responsable de ce qu’elles ou ils se fourrent dans le crâne ? Alors que le plus souvent tu en ignores les tenants et les aboutissants ?&lt;br /&gt;- … …&lt;br /&gt;- Je ne peux pas penser à la place de celui qui est en face de moi ! Je m’attache à être le plus honnête possible. Je n’ai ja-mais fait de promesse mensongère pour aboutir à mes fins. Quand l’aventure dépasse la vulgaire partie de jambes en l’air dans les bosquets d’un chemin creux (oui, ça marche comme ça aussi, tu le sais bien !), quand on dépasse le stade d’échanger nos prénoms, je pose toujours cartes sur table. Je suis marié et père de famille. L’autre le sait. Si nous allons au-delà, c’est à ses risques et périls. Pas aux miens !&lt;br /&gt;- C’est à prendre ou à laisser… Un peu facile, non ?&lt;br /&gt;- La vie est toujours dans le « à prendre ou à laisser ». Ou dans les choix difficiles, comme tu veux. Qui a dit « Choisir, c’est mourir un peu. » ?&lt;br /&gt;- Gide, je crois.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m’énerve, ce petit con. Quelle idée aussi, d’accepter de nous iso-ler tous les deux ! Presque à poil, en plus. Fallait que je me calme, sinon, ce n’était pas ce ridicule petit bout de chiffon qui me servait de maillot de bain qui pourrait longtemps cacher mon trouble ! Faut dire qu’il est drôlement craquant, le petit rugbyman… enfin, petit… Un bon troisième ligne quand même. En taille, je ne dois pas le dé-passer de beaucoup. Quant à la carrure… Boudiou… La totale. Des pecs bien dessinés, des épaules puissantes, un ventre… Ouille ouille ouille… et une taille incroyablement étroite ! Outre le sport, son boulot de machino, très physique, lui permet de garder ce corps de rêve… Comment a-t-elle pu laisser échapper tout ça, son ex ? Et j’ai cru comprendre pour un mec de la cinquantaine ? Le pognon… Lamentable !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;- Mmm… Moi aussi, j’ai été amené à faire des choix difficiles. Et pardonne cet égoïsme, c’est d’abord les choix qui me sont posés qui éveillent mon attention. Tu crois que ça ne m’est pas arrivé de flasher sur un bel éphèbe, ou un jeune étudiant au point de me sentir perdre pied ? Mais les décisions n’ont jamais été longues à prendre. Rien ne peut avoir plus d’importance que Suzy et les enfants.&lt;br /&gt;- Bon, ok, j’ai mes réponses… Pour le moment… Mais…&lt;br /&gt;- Mais ?...&lt;br /&gt;- Ce que tu t’autorises si facilement, tu accepterais que Suzy se le permette ?&lt;br /&gt;- Ah, oui… C’est vrai. Sacro sainte règle de la réciprocité…&lt;br /&gt;- Et pourquoi ne tiendrait-elle pas le même discours ?&lt;br /&gt;- Je vais te surprendre, Nico. Je ne suis pas du tout jaloux. Je n’ai jamais été capable de l’être. Je dis bien : je n’en suis pas capable. Et je considère ce trait de caractère comme un handicap. La plupart des gens pensent qu’on n’aime pas vraiment, si l’on n’est pas un minimum jaloux !&lt;br /&gt;- Suzy est donc libre de faire ce qu’elle veut ?&lt;br /&gt;- Elle n’a pas à être libre ou empêchée. Suzy EST. Et je l’aime et la respecte telle qu’elle est. Mais pour répondre à ta question, non, elle n’applique pas du tout mon raisonnement à son avantage. Elle ne m’a jamais « trompé », puisque c’est le terme consacré…&lt;br /&gt;- Comment peux-tu être aussi affirmatif ?&lt;br /&gt;- Simplement parce que, si elle avait eu une aventure, je le saurais. Elle me l’aurait dit.&lt;br /&gt;- Tu as une confiance totale en elle ?&lt;br /&gt;- Totale. Inconditionnelle, si tu veux. Mais, 
